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Le jour où le rock a bien failli disparaître

Rédaction : le 15 août 2020

La date du 14 août est particulière à la fois dans l'univers de la radio et du rock. En 1967, le 14 août à minuit, une nouvelle loi britannique "The Marine Broadcasting Offenses Act" signée par le premier ministre anglais Harold Wilson, obligea les radios pirates anglaises a fermer leur antenne, de manière définitive, à minuit.

Une à une, les radios pirates, seules stations à diffuser du rock, ont donc cessé leurs émissions. Cependant, les "postes de radio" de l'époque ont pourtant continué à cracher le son des guitares électriques des Who, des Beatles, des Kinks et autres Rolling Stones, grâce à une radio qui, elle, a décidé de ne pas obéir. Plus précisément, juste après minuit, ce fameux 14 août 1967, la chanson des Beatles "All You Need Is Love" retentit sous les toits des maisons anglaises. À l'autre bout des ondes, le DJ Johnnie Walker entre dans l'histoire, en direct du bateau de Radio Caroline.

Depuis l'histoire de Radio Caroline continue, malgré un parcours plus que chaotique raconté par Daniel Lesueur dans son livre "L'histoire des radios pirates". Et, bonne nouvelle, est que ce livre très complet à la fois sur les radios de haute-mer et la période "radios libres" des années 80, vient tout juste d'être ré-édité par les éditions Camion Blanc pour célébrer un autre anniversaire lié aux radios "pirates" : les 50 ans de la victoire de Radio Caroline / Radio North Sea International qui appela ses auditeurs à voter en masse dans le but de virer Harold Wilson, ni plus ni moins.

Extrait :

"Après la fermeture des radios pirates le 14 août 1967, on attendit, on attendit …
Le retour des pirates...
R.N.I. (Radio North Sea International), lancée en janvier 1970, s'ancra à quelques kilomètres des côtes anglaises. En juin de la même année, elle s'engagea dans la campagne électorale, en étroite collaboration avec la F.R.A., Free Radio Association. En anglais, "free" sous-entend, à la fois, la notion de "radio libre", dans le sens de liberté d'expression, et celle de "radio gratuite", contrairement aux radios d'Etat pour lesquelles l'auditeur paye une redevance.
Le poids d'un média d'opposition dans la balance du scrutin
Le 13 juin 1970, les fans de R.N.I. eurent un coup au cœur : en se portant à l'écoute de leur station pirate, ils constatèrent qu'elle s'appelait désormais Radio Caroline International. Ils constatèrent également que la station faisait l'objet d'un brouillage intense. Tellement intense que sur plusieurs kilomètres autour du site émetteur, les riverains avaient grand peine à capter les émissions régulières de télévision et de radio de la BBC !

Une campagne électorale rocambolesque

A partir du 13 juin, RNI-Caroline diffuse en permanence les noms des candidats locaux du parti conservateur pour lesquels les auditeurs sont appelés à voter dans chaque circonscription. Les Tories menés par Edward Heath se sont engagés à "libérer les ondes" s'ils accèdent au pouvoir. Tout le monde croit qu'il s'agit, ni plus, ni moins, d'autoriser les radios pirates. Cela serait trop simple ! Les jeunes Anglais, néanmoins, avaient changé le cours de l’Histoire.
Le 19 juin, les conservateurs gagnaient les élections.
Les animateurs de Radio Caroline (qui redeviendra Radio North Sea dans la nuit) exultaient, leur radio avait rempli sa mission. Radio Caroline était parvenue à renverser le gouvernement en place. Les instituts de sondage ne l'avaient pas prévu ! Harold Wilson n'avait pas soupçonné le poids, dans la balance des scrutins, des voix des jeunes Anglais qui se rendirent aux urnes en masse. Au moins cette fois, ils avaient eu le sentiment de voter utile.
La presse conclut benoîtement à ce qu'elle appela "un brutal mouvement d'opinion de dernière heure" pour minimiser l'impact de la campagne menée par la jeune station radiophonique. Une campagne électorale mouvementée qui conduisit Radio North Sea à être soupçonnée d'espionnage et même à avoir pris part à un vaste complot ourdi par les pays de l'Est pour déstabiliser la Grande-Bretagne... voire toute l'Europe, car on apprendra plus tard qu'une dizaine de bateaux radio du même type étaient en construction à Gdansk. Rien de neuf : le scénario d'une radio pirate utilisée à des fins d'espionnage international avait servi de trame à Not So Jolly Roger, 45ème épisode de la série télévisée britannique Destination danger / Danger Man, diffusé en France sous le titre Les Pirates, et dont le copyright avait été déposé dès 1964, c'est-à-dire l'année même de la naissance de Radio Caroline. Un engagement qui porta ses fruits R.N.I., hélas, n’y gagna rien : toujours brouillée malgré le changement de gouvernement, elle dut quitter la côte anglaise pour s’ancrer au large de la Hollande et y subira l'année suivante une attaque à la bombe. Et, pied de nez à l'Histoire, Harold Wilson fut réélu en février 1974.
Les jeunes Anglais, cependant, constatèrent que les Tories, durant leur exercice du pouvoir, avaient tenu leur promesse en rendant effective la libération des ondes : au cours des mois et des années qui suivirent, des centaines d’autorisations d’émettre furent accordées, aussi bien à des petites stations locales qu’à de puissantes radios commerciales."

Extrait du livre de Daniel Lesueur "Histoire des radios pirates de Radio Caroline à la bande FM" aux éditions Camion Blanc.

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