Alors, les Rolling Stones ont-ils vraiment imité les Beatles ?

Plusieurs similitudes existent dans les œuvres respectives de deux groupes anglais : les Rolling Stones et les Beatles. Au cours de leurs sept années de route commune (1963 à 1969), nombreuses sont les innovations expérimentées par les Beatles, reprises par les Stones peu de temps après. Alors les Rolling Stones ont-ils vraiment imité les Beatles ?

En 1963, les Rolling Stones sont devenus des stars grâce... à un titre des Beatles. Si à compter de cette date, on n'a cessé d'évoquer leurs courses respectives dans les classements des meilleures ventes de disques, chaque groupe se retrouvant, en alternance, n°1 au hit-parade, c'est d'émulation dont il convient de parler plutôt que de rivalité.

1965, les Beatles font un immense pas en avant

Jusque là, de "She Loves You" à "Help", leurs succès étaient tous rythmés. Pourtant, les britanniques vont prouver qu'un groupe peut obtenir un succès colossal avec une chanson d'amour gentillette, idéale pour faire couler les larmes des midinettes anglaises. Cette chanson c'est "Yesterday". Les Rolling Stones répliquent alors en enregistrant deux slows, "Lady Jane" et "As Tears Go By" ce, au désespoir de certains fans, qui ne manqueront pas de leur reprocher ces apparentes mièvreries.

À lire : The Beatles Le Making Of + Argus - La discographie définitive

Auteur : Daniel Lesueur
Editions : Camion Blanc
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The Beatles argus Daniel Lesueur

Des orchestrations originales

Pour la première fois sur un disque 45 tours, "Paint It Black", puis sur leur 33 tours "Aftermath", tous deux datés de l'année 1966, les Stones utilisent le sitar. Or cet instrument oriental avait été ramené en occident par le Beatle George Harrison et pratiqué sur le 33 tours "Rubber Soul" à la fin 65. Donc, les Beatles avaient encore quelques mois d'avance sur les Stones (en réalité, le tout premier à avoir joué du sitar était les Yardbirds début 1965). Un gadget dont les groupes rock feront assez bon usage durant quelques mois... mais avec parcimonie et modestie car leur maître à tous, l'Indien Ravi Shankar, aimait à rappeler qu'il fallait compter environ 35 ans pour véritablement apprivoiser l'instrument.

Deux groupes concurrents ? Parfois !

Contrairement à leurs fans, il n'éclatera jamais d'affrontement entre les deux titans, au cours de ces sept années de route (1963-1969). Chacun est au sommet des classements, à son propre sommet. Malgré la peine que les médias se donnaient à les présenter comme d’implacables adversaires, Beatles et Stones étaient en fait très amis. Fréquemment, ils se sont retrouvés en studio, sur disque où à la télé :
Welcome to the Rolling Stones- printemps 1967 : le Rolling Stone Brian Jones vient jouer du saxophone sur "You Know My Name", une chanson des Beatles qui sortira trois ans plus tard, en face B du 45 tours "Let It Be"
- durant l'été 1967, les Rolling Stones participent à l'enregistrement d'un titre des Beatles, le célèbre "All You Need Is Love"
- quelques jours plus tard, c'est au tour des Beatles de venir faire les chœurs sur "We Love You", 45 tours des Rolling Stones
- toujours en 1967 mais cette fois il s'agit de pochette d'albums, une bannière "Bienvenue aux Rolling Stones" trône sur celle de "Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band" des Beatles... ces mêmes Beatles qui, eux, sont présents bien que flous sur celle de "Their Satanic Majesties Request" des Rolling Stones
- en 1968, le Beatle John Lennon prend une part active au Rock'n'Roll Circus, show télévisé des Rolling Stones.

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Quant à la vie privée... ?

Dès 1971, le professeur Olievenstein rappelait que, si la jeunesse américaine se droguait, c'était dû en partie aux chansons de ses idoles, Bob Dylan au premier rang. Tandis qu'en Angleterre, c'est le Beatle Paul McCartney qui, en 1967, annonça publiquement user de stupéfiants. Pourtant ce sont trois Rolling Stones (Mick, Brian et Keith) qui se retrouveront en prison, comme de vulgaires boucs émissaires. À l'instar de Sherlock Holmes, Paul McCartney utilise la drogue "à bonnes fins" : elle excite et affine ses capacités intellectuelles et artistiques. Pour les bien pensants, les Stones, eux, se droguent par pur esprit de débauche, débauche aggravée par leur goût de la luxure.

Une note discordante

Beatles et Rolling Stones, main dans la main ad vitam æternam? Pas si sûr si l'on en croit cette déclaration de John Lennon "Quand les Beatles éternuaient, ce sont les Rolling Stones qui s'enrhumaient". Sauf qu'il est recommandé de prendre ces propos avec des pincettes car ils ont été recueillis après la séparation du groupe, lorsque le Beatle semblait en vouloir à la Terre entière.
Quant à cette fameuse chanson, "I Wanna Be Your Man", que John lui-même et Paul McCartney avaient confiée aux Stones et qui donna matière à leur premier succès populaire, John expliqua que "si ça avait été une très bonne chanson, on l'aurait gardée pour nous" !

Daniel Lesueur