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Coral Island, l'ile de la perfection

rédigé par le 15 juin 2021

En 20 ans de carrière et 10 albums jusqu’à ce « Coral Island » (2021) paru au printemps, on peut dire que le groupe de James Skelly, malgré le départ en 2008 de Bill Ryder-Jones, aura marqué ce début de millénaire de son empreinte.

Il faut dire qu’être originaires de Liverpool les prédisposait à n’en pas douter à se lancer dans la pop music. Le succès fut, depuis l’inaugural « The Coral » (2002), immédiatement au rendez-vous. Dès lors les albums, tous aussi impeccables les uns que les autres vont s’enchaîner et les collaborations se multiplier. On note bien sûr celle avec Geoff Barrow de Portishead qui viendra produire « The invisible Invasion » en 2005. The Coral tournera également avec les Arctic Monkeys, jouissant d’un double succès critique et public amplement mérité mais certainement pas cependant à la hauteur de leur talent. Ce paradoxe en fait à la fois un groupe qui connaît un réel succès mais qui peut être considéré comme sous-estimé au regard de la qualité de sa discographie.

The Coral nouvel album 2021

Musicalement, The Coral déroule une pop solaire très british, aux accents sixties mais qui souvent se teinte d’accents plus inquiétants, presque fantastiques et légèrement psychédéliques. Témoignent de ces inflexions plus noires les pochettes et les titres des albums tels que « The Invisible Invasion» déjà nommé, « Magic And Medicine »(2003) ou encore « Nightfreak And The Sons Of Becker » (2003) où l’on peut voir spectres et créatures nocturnes et inquiétantes. De ce fait, jamais The Coral ne sombre dans une pop trop sucrée car sous la joliesse des mélodies, sourd toujours un monde plus étrange, peuplé de monstres qui viendraient hanter nos nuits.

The Coral album The Invisible Invasion
The Coral album Magic and Medicine

James Skelly fait preuve d’une régularité impressionnante en ce qui concerne la qualité des compositions et les arrangements sont toujours inventifs, installant des ambiances qui servent les chansons sans jamais les alourdir : la batterie y est légère, l’orgue plus inquiétant et les guitares tissent des arpèges virevoltants. Il n’est dès lors pas étonnant que les singles se suivent ; promenez-vous dans la discographie de The Coral, il suffit de se baisser pour ramasser les perles.

Autant le dire tout de suite, « Coral Island » s’inscrit dans la droite lignée d’une discographie exemplaire poussant même le plaisir à être double. Le premier disque s’intitule « Welcome To The Coral Island » et le deuxième « The Ghost Of Coral Island » ce qui annonce que l’on risque d’y retrouver ces touches fantastiques décrites plus haut. Le disque se présente comme un concept album centré sur le thème des fêtes foraines du nord de l’Angleterre auxquelles la pochette, curieux assemblage hétéroclite et coloré fait référence à sa façon. Sur les 24 morceaux qui composent l’album, il faut mettre à part 6 courts interludes sur lesquels le grand-père des frères Skelly tient le rôle du narrateur sur fond d’étranges instrumentaux. Mais entre ces récits, c’est le bonheur absolu.

Sur le premier des deux disques, « Welcome To The Coral Island », la facilité déconcertante avec laquelle le groupe enfile les perles pop est impressionnante et confirme que James Skelly est décidément un des grands songwriters anglais et l’égal des meilleurs. À coup sûr le temps lui rendra la place qu’il mérite. On ne sait que choisir parmi les bijoux qui s’enchaînent. Que ce soit « Lover Undiscovered », lumineuse pop song aux arpèges de rêve, évidente à la première écoute, qui confine à l’orfèvrerie, « Change Your Mind » dont les guitares me font penser aux Feelies, dont les arrangements et la mélodie plus-que-parfaits s’envolent sur les refrains aux chœurs sucrés, « Vacancy » dont l’orgue croise le fer avec des arpèges de guitares absolument merveilleux ou encore « My Best Friend » tube folk passé à la moulinette pop certifié en or massif.

Même les titres plus apaisés ne rompent pas l’impression de perfection qui se dégage de l’ensemble. « Mist On The River » est une superbe chanson nocturne à la tonalité subtilement fantastique, « The Game She Plays » nous emballe avec ses nappes de violons et la belle « Autumn Has Come » est une ballade country folk dépouillée et acoustique. S’il fallait un bémol, c’est l’impression, paradoxalement, d’une trop grande perfection sur ce disque, sur lequel rien ne vient perturber l’impeccable enchaînement des mélodies. Mais les écoutes successives balaient bien vite cette impression.

« Ghost Of The Coral Island” le deuxième disque, est certainement plus aventureux et varié, et un poil plus sombre comme la tonalité du premier interlude le montre. Mais en aucun cas on ne peut noter quelque faiblesse sur la longueur dans la qualité des compositions. On est tout de suite émerveillé par « Golden Age », un bijou de mélodie subtilement assombri par un orgue qui semble chuter en vrille mais aussi par « Faceless Angel » qui évoque un train lancé dans un paysage de western crépusculaire, peuplé de fantômes errants, de villes désertes et qui, pour le coup, renvoie aux albums des années 2000.

Plus loin, « Take Me Back To The Summertime » constitue un autre sommet de l’album avec sa mélodie aussi parfaite qu’évidente, rehaussée de claps et de chœurs et qu’on ne peut s’empêcher de fredonner.

« Old Photographs » trimballe sa mélancolie légèrement désuète à la manière d’un vieux cliché jauni par les années, mais on remonte dans le train fantôme avec « Watch You Disappear » et ses accents country freak avant de quitter le disque sur un « The Calico Girl » Beatlesien de fin de soirée ; on n’est pas de Liverpool pour rien.

Avec ce disque quasi parfait, The Coral s’est inventé son île à soi, elle porte même leur nom. Mais c’est une île aux trésors, un Éden pour amateurs de pop anglaise. Le groupe y déroule sans coups férir, avec une impressionnante science de la mélodie et des arrangements, son savoir-faire qui atteint ici un niveau et une maturité inégalés. Pour son 10ème essai, voici un album-somme, comme un condensé idéal de tout ce que le groupe a su faire de mieux.
Chapeau bas !

The Coral nouvel album 2021Écoutez des extraits du nouvel album de The Coral dans la programmation de Poptastic Radio.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


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