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Crazy Itch Radio le 4ème album de Basement Jaxx

Rédaction : Christophe Billars le 28 mai 2021

Il est de certains albums comme des vêtements que l’on ne porte qu’une fois avant de les remiser au fond du placard puis, au hasard d’un rangement, que l’on redécouvre en s’apercevant qu’on avait complètement oublié les posséder. En ce qui me concerne « Crazy Itch Radio », 4ème album de Basement Jaxx sorti en 2006, fait partie de cette catégorie de ceux que j’ai sans les écouter jamais. C’est un des intérêts de cette rubrique que de permettre justement de les redécouvrir avec des oreilles toutes neuves et sans à priori.

Mais tout d’abord qui est Basement Jaxx ? C’est un groupe formé par deux producteurs anglais, Simon Ratcliffe et Félix Burton, en 1994 à Brixton, célèbre quartier londonien (Tout le monde connaît les « Guns of Brixton » popularisés par The Clash) qui a toujours été un creuset musical d’influences diverses et principalement reggae. Ils se produiront durant la deuxième partie des 90’s dans des clubs et acquerront progressivement, en travaillant par exemple sur des remixes des Pet Shop Boys, une vraie notoriété dans les milieux house et électro.

Leur premier album « Remedy » sort en 1999 et contient l’efficace et addictif « Red Alert » qui sera utilisé pour une publicité pour Coca-Cola.

En 2001, l’album “Rooty” est boosté par le tube « Where’s Your Head At”, rouleau compresseur assez pénible construit sur un sample de Gary Numan. Il sera suivi en 2003 par « Kish Kash » qui voit le duo collaborer entre autres avec Siouxsie Sioux.

On peut, si on cherche des comparaisons, trouver des similarités musicales entre Basement Jaxx et des artistes emblématiques de cette période tels que Prodigy ou encore Fatboy Slim qui ont popularisé la musique de dance électronique à coups de beats massue.

Et me voici donc avec ce « Crazy Itch Radio » entre les oreilles, 4ème album de Basement Jaxx. Le chien ghetto blaster de la pochette flashy y semble se gratter les puces, espérons que les 14 titres, dont 3 interludes, de l’album ne provoqueront pas chez moi la même réaction.

La première impression est celle d’un album fourre-tout simulant, comme son nom l’indique, une radio un peu dingo qui diffuserait des titres d’influences très variées entrecoupées de jingles. On passe en effet, après une intro aux chœurs d’opéra pompiers et pompeux à « Hush Boy», un titre très funk mâtiné de hip hop influencé par Prince avec des chœurs masculins accrocheurs qui répondent à la voix féminine principale. Quelques influences latino striées de cuivres rendent ce titre assez efficace sans qu’il soit inoubliable pour autant.

Plus loin, « Take Me Back To Your House » est un curieux titre taillé pour le dance floor qui voit un banjo côtoyer des sons électro et une basse efficace. Le genre de morceau qui rentre en tête malgré soi.

Ça se gâte sérieusement avec « Hey You », insupportable rengaine sur fond de fanfare des Balkans qui donne juste envie de débrancher la sono. Ambiance fête à neuneu assurée. La rythmique jazzy ne sauve en rien « On The Train » de la banalité et dans « Run 4 Cover », des filles rugissent, grognent et affrontent encore une fanfare pour un titre au genre indéfinissable et festif. La rythmique s’affole comme si tout le groupe était sous excitants. Sans intérêt, on passe. Heureusement le félin « Smoke Bubbles » relève le niveau d’un album qui commençait à s’embourber sérieusement. Plus dépouillé et inspiré que tous les morceaux précédents avec ses gimmicks de claviers accrocheurs, il peut prétendre, sans être renversant, au titre de meilleure chanson de l’album.

« Lights Go Down » confirme que l’on est dans la bonne partie du disque mais sans jamais impressionner. Malheureusement, l’embellie est de courte durée car si on a compris que le duo vise la piste de danse, c’est pour ne l’investir qu’avec « Everybody », un titre sans grand intérêt si ce n’est celui de faire taper du pied … d’impatience qu’il se termine. Et ce n’est pas l’exercice entre la soul et le hip hop qu’est « Keep Keep On » qui rattrapera le coup tant il ne laisse aucun souvenir en tête. C’est finalement « U R On My Mind » avec ses élégantes nappes de claviers et sa rythmique entêtante qui permet de terminer sur une bonne impression et confirme que la 2ème partie de l’album est la meilleure. Mais c’est finalement le morceau caché pour ceux qui auront la curiosité d’aller le dénicher qui se révèle le plus convaincant même si on est à des années-lumière des expérimentations géniales de Massive Attack à qui ce morceau peut faire penser.

Bric à brac d’influences diverses, mixtape de musiques festives, dansantes et internationales « Crazy Itch Radio » tente de jouer dans le même registre que « Since I Left You » (2000) de The Avalanches, abordé précédemment dans cette même rubrique mais sans son inventivité, sans sa géniale folie. Il en serait plutôt la version plouc aux grosses ficelles. Ici la faiblesse des compositions et des arrangements souvent pénibles rendent cet album très vite fatigant. On frise l’indigestion et ce ne sont pas les quelques titres tout à fait honnêtes qui font passer le tout. Mais après tout, chacun ses goûts. Quant à moi, je remets l’album dans le placard d’où je l’ai sorti. Sûrement pour très longtemps.

Basement Jaxx - Crazy Itch Radio

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles

Auteur
christophe billars

Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.