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Le groupe anglais Archive, 25 ans déjà

Rédaction : le 13 avril 2020

En sortant du concert d’Archive à l’automne dernier au Transbordeur à Lyon, j’étais vraiment soufflé par la qualité impressionnante du son et la maîtrise tout aussi impressionnante du groupe dans la gestion des différentes ambiances, du quasi-silence au déluge sonique, mais aussi par leur capacité à réactualiser des titres de différentes époques, retraçant la déjà longue carrière du groupe, le tout dans un set irréprochable et d’une grande cohérence artistique.

Heureuse coïncidence donc que cette tournée des 25 ans puisque me voilà rendu avec la rubrique « Mes disques de A à Z » précisément à Archive ce groupe anglais originaire de Londres à l’effectif mouvant mais ancré autour de ses deux cerveaux inamovibles que sont Darius Keeler et Danny Griffiths. C’est avec excitation que je me replonge donc dans mes albums d’Archive dont la musique a beaucoup évolué du trip hop au rock progressif en passant par l’électro.

Archive londinium

1996, un groupe inconnu, constitué d'inconnus débarque avec un chef d’œuvre mystérieusement appelé "Londinium". Archive livre ici son premier album, rempli de chansons irrésistibles. Empruntant le meilleur de Portishead, de Massive Attack et de Morcheeba ils font une entrée fracassante. Difficile de cataloguer cette musique qui emprunte au hip-hop, à la soul, au jazz, à la pop, au rap sans jamais se laisser enfermer dans un tiroir. Sans leader, sans visage presque, Archive cultive le mystère et cet album aux tonalités souvent crépusculaires constitue une entrée en matière en forme de coup de maître. Plus jamais le groupe ne tutoiera de tels sommets sur un album entier, et pourtant sa carrière ne fait que commencer. Préparez-vous pour le trip de l'extraordinaire "Nothing Else" porté par la voix sublime de Roya Arab ci-dessous :

Archive disc

1999, 2ème album d'Archive après le chef d'oeuvre "Londinium", voici que sort « Take My Head » et c’est la plantade absolue. Abandonnant le trip hop pour une production mastoc et bien peu subtile, le groupe se vautre dans les plus grandes largeurs. Cependant, on mesure aujourd’hui la difficulté voire l’impossibilité qu’il y avait à donner une suite à la hauteur de « Londinium ». Archive a choisi de changer de direction. Il s’avère que ce n’était pas la bonne mais la prise de risques si. On peut quand même sauver la belle "Cloud In The Sky" ci-dessous :

Pour ce 3ème album en 2002 intitulé "You All Look The Same To Me", Archive semble avoir pour ambition de devenir le Pink Floyd des années 2000. C'est partiellement réussi, en particulier sur les très bons titres de 15 minutes que sont "Again" et "Finding It So Hard" devenus des classiques du groupe. Cependant sur la longueur, on n'évite pas les pesanteurs et parfois l'ennui dans ces arrangements aux croisements du rock progressif et de l'électro planante. Grand succès public, l'album est celui avec lequel Archive trouvera sa voie musicale. "Finding It So Hard" ci-dessous pour un long trip ambitieux :

Archive you all look the same to me
Archive you all look the same to me

En 2004 l’album « Noise » est un must. Celui-là je l’aime sans réserve. Archive trouve la bonne formule avec un son à la fois crasseux, rageur, teigneux tout en restant Floydien dans l’âme. Cet équilibre, rehaussé par une inspiration sans faille, en fait de loin le meilleur album du groupe période post « Londinium ». Le fantastique « Get Out » ci-dessous en est l’illustration parfaite :

Impressionnante cathédrale de noirceur que ce « Controlling Crowds » de 2009 dans lequel Archive pousse sa formule au point limite. Car c’est aussi souvent un album ampoulé, boursouflé rappelant dans ce registre un certain Roger Waters.
Éprouvant sur la longueur, il n’en recèle pas moins des passages captivants comme ce sombre et frénétique « Bullets » ci-dessous :

Archive controlling crowds
Archive controlling crowds part iv

Enregistré en même temps que l’album précédent, « Controlling Crowds Part IV » se distingue cependant nettement de son grand frère. Il faut passer les deux premiers titres anecdotiques pour découvrir un disque étonnement sobre, loin des envolées lyriques et parfois pompeuses du disque précédent. Archive retrouve ainsi de la fraîcheur, de la simplicité sur cet album très attachant. Un bel exemple avec « The Empty Bottle » ci-dessous :

« Axiom » album d’Archive sorti en 2014 est à double tranchant. Rock progressif sans génie et plutôt ennuyeux sur la face A, il devient passionnant en face B, retrouvant l’esprit du « Wish You Were Here » du Floyd. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter ce fabuleux « The Noise Of Flames Crashing » en apesanteur ci-dessous :

Archive controlling crowds
Archive the false foundation

Enfin nouveau virage en 2016 avec « The False Foundation » dont la couleur sonore se rapproche fréquemment d’un rock à la fois industriel et truffé d’expérimentations électroniques, le tout sur des rythmes souvent frénétiques et puissants.
L’album est très inégal voire mauvais par moments mais comporte à partir du 2ème morceau, l’incroyable et hypnotique « Driving In Nails », un carré magique digne de celui de Platoche et consorts. 4 morceaux sur les 10 que comptent l’album, placés à la file indienne atteignent de véritables sommets, alors que les 6 autres sont soit banals ou franchement des purges. Il faut donc lancer à la queue leu leu « Driving In Nails/The Pull Out/The False Foundation/Bright Lights », extraordinaire ensemble de titres enchainés, s’imbriquant à la perfection, avec ses montées (les fins de « Driving In Nails » et « The False Foundation » ) d’une intensité sonore et d’une beauté très noire, et ses moments de calme aux arrangements technoïdes hyper travaillés.

Archive est certainement le Pink Floyd des années 2000, capable du pire de certaines lourdeurs qu’on peut trouver dans « The Wall » parfois, mais aussi d’atteindre les cîmes de « The Dark Side Of The Moon ». Cependant il faut leur reconnaître ce goût du risque qui accouche parfois du pire mais aussi du meilleur, en particulier en live qui leur aura permis de durer au moins 25 ans. Et ce n’est pas donné à tout le monde !

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


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