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Le Star Club, une légende bien vivante

Écrit par Daniel Lesueur le 4 septembre 2025

« Ce n’est pas à Liverpool, que j’ai grandi, mais à Hambourg », déclara John Lennon.
C’était il y a soixante-cinq ans...
En 1960, les Beatles étaient à Hambourg... mais pas au Star Club puisqu’il n’ouvrit qu’en 1962.

1960...
Hambourg renaît de ces cendres...

Et il ne s’agit pas d’une vaine formule : quatrième plus grand port du monde et, évidemment, le plus important d’Allemagne à l’orée de la Seconde Guerre mondiale, Hamburg avait été ratiboisé par l’opération Gomorrhe qui s’était déroulée du 24 juillet au 3 août 1943, un des bombardements stratégiques les plus meurtriers du conflit. La première « tempête de feu » (Feuersturm), alimentée notamment par du napalm, avait entraîné la mort d’environ 40 000 résidents et la destruction d’une grande partie de la ville. L’année suivante, à compter du 3 mai, la ville avait été placée sous contrôle britannique.

Sans la présence sur leur sol de soldats anglais et américains, les Allemands n’auraient certainement pas été plus « rock’n’roll » que les Français. Il n’empêche que cette musique qui faisait transpirer et couler la bière, était bien vue (et bien entendue !) par les tenanciers de bistrots et de night clubs, dont les dimensions, bien que fort modestes, ne l’étaient pas assez pour pouvoir les sonoriser avec un simple juke-box ; il fallait des musiciens en live. Mais quand on n’a pas encore trop bu, le « hic » (oh pardon !), c’est l’accent guttural des rockers teutons - Ich bin a hart dez nacht ! - sans parler des paroles en yaourt, comme on a coutume de dire chez nous, avec des textes du style « traduction Google ». Leur matériel était primitif, les amplis en lambeaux bricolés à la maison par plusieurs générations de musiciens faisaient leur affaire. D’où ce paradoxe inquiétant pour les autochtones : à la fin des fifties et au début des sixties, il était quasiment impossible pour les groupes et artistes de rock allemands de trouver des engagements dans leurs clubs locaux ! C’est pour cette raison qu’au printemps 1960 le promoteur Bruno Kochmider prit l’initiative d’« importer » des artistes anglais. Une espèce de British invasion avant celle de 1964 aux États-Unis. Et pas qu’en artistes : les spectateurs allemands étaient plutôt isolés dans ces night-clubs envahis par un public de militaires majoritairement anglais et américains.

Kochmider était un pionnier dans un pays où tout était à reconstruire... et beaucoup à construire, comme la culture rock.

Le concept du Star Club

Horst Fascher, cofondateur et directeur du Star-Club, avait eu une étincelle de génie : jusqu’alors les clubs étaient animés par une ou deux formations qui devaient assurer la nuit entière. Fatalement, la fatigue aidant (aidant, vraiment ?) la qualité s’en ressentait au fil des heures. L’étincelle de génie consista à proposer une affiche d’au moins trois ou quatre artistes différents qui joueraient à tour de rôle, l’idéal étant sept formations. Tous seraient moins fatigués ; le public, quant à lui, pourrait rester plus longtemps pour comparer les diverses performances... Rester plus longtemps signifiant consommer davantage.

Rester plus longtemps... Pas toujours, bien sûr. Pour des venues spéciales comme celles de Jerry Lee Lewis pour lesquelles les fans attendaient dans la rue, pas question d’en laisser assister à deux concerts pour le prix d’un.

Daniel Lesueur devant la plaque souvenir du Star Club à Hambourg
Daniel Lesueur devant la plaque souvenir du Star Club à Hambourg (Août 2025)

Il s’agirait de vider le club pour le re-remplir de chair fraîche. Fraîche, car dans les boîtes de Hambourg, l’ambiance était surchauffée, électrique, survoltée... au point qu’on dit que le premier à avoir fracassé sa guitare sur scène n’est pas Pete Townshend, mais Tony Sheridan.

Il ne faut cependant pas croire que, d’un coup de baguette magique, Hambourg était devenu le centre du monde... rock : même si, dans son édition du 29 février 1964, le Melody Maker écrit que la ville est devenue « Beat capital of Europe » (et le Star Club « Beat Cathedral », faisant la nique à Liverpool). Le même engouement était constaté dans d’autres grandes (ou moins grandes) villes allemandes.

Malgré son incroyable notoriété, la faillite menaçait le club ; elle devint inévitable en 1969 ; le Star Club fermera définitivement ses portes le 31 décembre : la fin sent le soufre, au point d’accueillir des Go Go Girls4 dans un nouveau concept : mi-discothèque, mi-salle de concert avec une scène rapetissée. Le bâtiment va ensuite abriter un « théâtre du sexe », le Salambo. En 1986, après un incendie, il sera détruit et transformé en parking.

Photo couverture de l'article : ThomasFHH

À lire : "La légende du Star Club d'Hambourg".


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Auteur
daniel lesueur 2025 poptastic radio

Auteur infatigable, journaliste de la presse musicale, homme de radio, collectionneur passionné, producteur d'artistes...


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