Nouveaux albums : la sélection des sorties de février 2026
Écrit par Christophe Billars le 3 mars 2026
Nous revoici en piste pour un nouveau tour des sorties d'albums du mois de février 2026, tour que nous effectuerons « En 4ème Vitesse » bien entendu. Mais avant cela, comme il est désormais de coutume, replongeons-nous dans les mois de février des années en 6 passées.
En février 1966, The Sonics avec « Boom » faisait entendre un rock rageur et teigneux alors que John Lee Hooker se montrait en bluesman accompli sur « It Serve You Right To Suffer ». Mais je leur préfère l'album « If You Can Believe Your Eyes And Your Ears » des Mama's And Papa's de John Phillips dont les tubes intemporels que sont « Monday Morning » ou « California Dreamin' » n'ont pas pris une ride. Sur « The Orbison Way », Roy Orbison croonait de sa voix inimitable et les harmonies vocales de The Supremes faisaient merveille dans l'écrin soyeux qu'est « I Hear A Symphony » sur lequel elles reprennent le « Yesterday » des Beatles. Je ne serais pas complet sans citer, côté jazz, l'immense et immortel « Maiden Voyage » d'Herbie Hancock.
En février 1976, Genesis doit repartir de l'avant après le départ l'année précédente de son leader Peter Gabriel. Ce sera à l'album « A Trick Of The Tail » moins complexe mais toujours dans un style progressif de convaincre que le groupe peut y survivre, ce qu'il réussira. Dans un tout autre genre, le collectif The Residents sort «The Third Reich'n'roll » composé uniquement de deux longs morceaux comprenant des réinterprétations de standards du rock déformés, triturés. Une curiosité. Enfin il ne faut pas oublier « Shamal » du groupe Gong qui s'oriente désormais vers un jazz rock accessible, mâtiné d'influences world.
En février 1986 c'est le jackpot. Qu'on en juge. Tout d'abord les Talk Talk de Mark Hollis sortent « The Colour Of Spring », leur 3ème album, qui marque déjà une évolution annonciatrice du saut dans le vide du suivant. Declan McManus alias Elvis Costello avec « King Of America » publie l'un de ses plus grands disques à ce jour qui m'a renversé à l'époque. Mais ce n'est pas tout car ce mois-là, Stan Ridgway, ex Wall Of Voodoo propose son premier album solo « The Big Heat », un bijou trop méconnu. Enfin je n'oublierai ni Poison Ivy ni Lux Interior qui, au sein de The Cramps, jouaient un rockabilly déjanté dans leur 4ème album « A Date With Elvis ».
En février 96, deux albums retiennent l’attention : tout d’abord le merveilleux « Murder Ballads » de Nick Cave & The Bad Seeds aux ballades en platine puis dans un tout autre genre « The Score » par The Fugees qui avec Lauryn Hill allaient décrocher la timbale. Il faut aussi mentionner l’album « All Eyez On Me », dernière production du regretté 2PAC et pierre angulaire du rap 90’s.
Nous voici déjà en février 2006 avec le lumineux « The Life Pursuit » de Belle And Sebastian, extraordinaire album d’une pop 5 étoiles alors que les Sparks avec « Hello Young Lovers » poursuivaient leur chemin excentrique. Par chez nous, l’imbuvable Booba sortait « Ouest Side ».
Enfin en février 2016, c’est Kanye West, alors au sommet de son art, qui faisait étalage de son talent dans « The Life Of Pablo ».

Alors choisir un titre parmi tous ces albums d'époques différentes n'est pas aisé car c'est forcément laisser sur le côté des merveilles mais il faut tout de même rendre hommage au génie du regretté Mark Hollis qui a su embarquer Talk Talk vers des horizons inconnus dont la première étape était bien ce « The Colour Of Springs » de 1986 dont voici un extrait, peut-être pas le plus connu de l'album mais d'une qualité hors normes et intitulé « I Don't Believe In You » et en live s'il vous plait.
Album du mois : Ulrika Spacek - Expo

Si on m’avait posé la question, je crois que j’aurais répondu qu’Ulrika Spacek était au choix une écrivaine tchèque du début du 20ème, une marathonienne slovaque médaillée olympique ou peut-être la ministre polonaise des affaires étrangères. Mais répondre qu’il s’agit d’un groupe de rock alternatif originaire de Reading en Angleterre, alors ça j’avoue que ça ne m’aurait pas effleuré. Et pourtant c’est bien le cas puisque Rhys Edwards, Joseph Stone et Ben White ont collaboré au sein de différents projets depuis 2002 avant, en 2016, de sortir le premier album d’Ulrika Spacek intitulé « The Album Paranoïa ». A ma décharge, je n’avais jamais entendu parler d’eux avant leur 4ème album paru ce mois-ci et nommé « Expo ».
Constatant la hauteur à laquelle plane cet « Expo », il est fort probable que je ne sois pas prêt de les oublier. On ne voit guère en effet que Radiohead pour produire une musique aussi expérimentale qu’accessible et pourvoyeuse d’émotions. D’ailleurs c’est bien à la période « Kid A / Amnesiac / Hail To The Thief » du groupe de Thom Yorke que fait fréquemment penser cet « Expo » qui renvoie, par son titre et sa pochette, à un concept artistique, à une installation sonore qui n’aurait pas oubliée d’aguicher son public.
Mais la musique qui irrigue cet album est aussi très savante tant les multiples couches instrumentales (samples, guitares, nappes électro) se marient à la perfection avec des rythmiques complexes (batteries flirtant avec le jazz, percussions subtiles) et la voix de Rhys Edwards qui rappelle irrésistiblement celle de Thom Yorke même si elle ne monte pas autant dans les aigus. Il en résulte une atmosphère musicale difficile à étiqueter mais passionnante, d’une richesse extraordinaire, toujours surprenante, hypnotique sur des titres qui s’enrichissent à chaque nouvelle écoute.
Des 11 titres que comporte « Expo », c'est simple, il n'y a rien à jeter. Passée l' « Intro » qui fait office de sas de décompression, c'est un festival. Les puissantes guitares de « Picto », morceau tout en ruptures, en imposent dès le début. L'immense « Build A Box And Break It » est un sommet incontestable de l'album avec ses percussions hypnotiques, des nappes de claviers planantes et un refrain où la voix et les arpèges de guitares emmènent le titre vers les hauteurs.
Ensuite c'est « This Time I'm Present » qui impressionne, en élévation permanente avec ses guitares comme des nuées d'insectes ou « Showroom Poetry » plus lent mais tellement beau et intense avec des guitares qui tournoient. Les compositions d'Ulrika Spacek ne sont jamais conventionnelles ni faciles et c'est bien ce qui les rend passionnantes à l'image de « Square Root Of None » qui évoque un Sonic Youth qui serait coincé en orbite. « Weights & Measures » et son psychédélisme nous maintient dans une bulle sous-marine et « Incomplete Symphony » termine l'album sur une note presque bucolique.
Vous l'avez compris, par n'importe quel bout qu'on le prenne, « Expo » émerveille. La qualité des compositions, le génie des arrangements, les idées qui fourmillent en font un album inépuisable qui devrait faire date même s'il est peut-être un peu trop complexe pour toucher le grand public. Mais comment en être sûr ? Radiohead a montré qu'on pouvait être artistiquement sans concession et à la fois procurer des émotions intenses et avoir un succès mondial. Alors pourquoi pas Ulrika Spacek ?
Asgeir - Julia

Un beau jour de 2013, débarquait sur ma platine cet album d’un inconnu venu d’Islande et nommé Asgeir. « In The Silence » était un coup d’essai et de maître. Asgeir renouvelait le folk en le drapant d’arrangements aussi discrets qu’électroniques, de l’électro folk donc, tout en écrivant des mélodies belles à tomber. Rajoutez-y sa voix d’une pureté céleste et vous aviez un des grands albums des années 10. Depuis, j’avoue n’avoir suivi sa carrière que de loin ce qui ne m’a pas empêché d’aller vérifier sur scène la splendeur de cet album. Bingo ! Le concert fut un moment intense d'émotions.
Alors aujourd'hui que sort « Julia », le 4ème album d'Asgeir, je me dis qu'il est temps d'aller vérifier que la magie opère toujours. On sait que le feu et la glace sont les éléments dominants de l'Islande, des forces incontrôlables qui imposent le respect aux hommes par leur puissance. Or ici de puissance il n'y a pas, tout n'est que délicatesse, subtilité au fil de titres d'une folk-pop apaisée qui nous caressent dans le sens du poil. Pourtant la nature y occupe une grande place comme en témoignent ces paroles extraites du somptueux « Against The Current » : « Stare into the water / See myself swimming in the sky / Every part of me comes to light / Vulnerable and naked / I've been tossed around by every wind / Trying to fit into what you want me to be / Floating down the stream - Je fixe l'eau du regard / Je me vois nager dans le ciel / Chaque parcelle de mon être se révèle / Vulnérable et nue / J'ai été ballotté par tous les vents / J'essaie de me conformer à ce que tu attends de moi / Flottant au fil du courant ».
Très intimistes dans la forme et le fond, ces chansons révèlent une grande qualité de composition sur des arrangements majoritairement acoustiques agrémentés d'un violoncelle qui leur donne une ampleur supplémentaire. Mais c'est bien entendu la voix angélique d'Asgeir qui fait la différence comme en témoigne le sublime refrain de « Ferris Wheel » ou l'interprétation en suspens sur « Universe Beyond » qui n'est pas sans rappeler un certain Jeff Buckley. On ne peut résister à la beauté de ces « Quiet Life » ou « Sugar Clouds » plus-que-parfaits. Asgeir confirme ici son immense talent, humble et modeste artisan capable de produire tant de beauté avec si peu. C'est en cela qu'il nous est précieux.
U2 - A Days of Ash EP

Après Bruce Springsteen le mois dernier et son formidable « Streets Of Minneapolis », voici que la bande à Bono se rappelle qu'ils furent, jadis, un groupe engagé, exalté même, et à la surprise générale publie cet EP de 6 titres originaux nommé « Days Of Ash » - « Les jours de cendres » donc – en réaction à la politique Trumpiste mais également aux divers événements tragiques secouant la planète actuellement.
Si on ne peut que souscrire à l'initiative, salutaire, prouvant que la musique peut servir d'intermédiaire pour exprimer un engagement, il s'agit ici tout de même de juger de la qualité de ces 6 nouveaux titres. Il faut dire que la production de ces dernières décennies des Irlandais n'engage pas à l'optimisme car enfin, depuis quand U2 n'a-t-il pas sorti un très bon album ?? Ce n'est que mon avis personnel mais je considère que le dernier grand album de U2 date de 1993 avec « Zooropa » qui fut la dernière fois où le quatuor prenait véritablement des risques, faisant suite au chef d'oeuvre « Achtung Baby » (1991). Il faut ensuite remonter beaucoup plus loin pour trouver deux autres albums de ce calibre avec « The Joshua Tree » (1987) et « The Unforgettable Fire » (1984). Mais depuis, plus rien ou pas grand chose. Le succès ne s'est cependant jamais démenti mais qui écoute encore ces albums, honnêtes bien entendu, mais dans lesquels U2 semble avoir perdu la grâce ?
On a assez vite une idée de l'objet avec le premier titre et single de cet EP, qui se veut un brûlot anti ICE suite aux événements de Minneapolis intitulé « American Obituary ». Au menu, gros son, riff mastoc, productions à la truelle, des « whoooo » en pagaille et des paroles parfois d'un simplisme confondant « We love you more than hate loves war / Nous vous aimons plus que la haine n'aime la guerre ». Il y a longtemps que U2 s'est enferré dans un rock qui se voudrait encore héroïque et puissant mais qui n'est que lourd et pataud. Qu'il est loin le lyrisme d'« I Will Follow » ! Loin le feu sacré qui irriguait « The Unforgettable Fire » ! Loin la tension somptueuse de « The Joshua Tree » ! « American Obituary » est plus assommant qu'exaltant et prouve encore que les bonnes intentions ne font pas forcément de grandes chansons.
Heureusement la suite s'avère meilleure bien qu'anecdotique en grande partie. Passons sur « Wildpeace », poème de l’auteur israélien Yehuda Amichai, lu sur une nappe sonore minimaliste par la musicienne nigérianne Adeola Fayehun. Fuyons le très pénible « Yours Eternally » en duo avec Ed Sheeran, titre d'une banalité confondante qui pourrait – c'est dire – être du Coldplay. Ce sera peut-être un tube...
Mais alors que reste-t-il ? D'abord le plus acoustique « Tears Of Things » plutôt réussi dans sa première partie guitare / voix. Bono y est sobre et la mélodie, sans être renversante, tient la route. Les paroles évoquent de façon métaphorique le conflit Israelo-Palestinien sans prendre véritablement parti mais se désolant de la violence des hommes : « My eyes were burned from all I learned / Mes yeux sont brûlés par tout ce que j'ai appris / There were things I can't unsee / Il y a des choses que je ne peux pas oublier / In this, your holy war / Dans ça, votre guerre sainte / There's nothing holy here for me / Il n'y a rien de sacré ici pour moi ». La deuxième partie est un peu « forcée » mais le titre passe la rampe, pour la postérité c'est une autre affaire. C'est à la jeunesse iranienne et en particulier aux femmes en révolte qu'est consacrée « Song Of The Future ». peut-être le meilleur titre du lot, un peu au-dessus de la moyenne d'un ensemble assez quelconque. « One Life At A Time » ne restera pas non plus dans les annales mais s'écoute sans déplaisir avec le son caractéristique de la guitare de The Edge.
U2 annonce un nouvel album à venir. Des grands groupes britanniques des 80's que sont The Cure ou Depeche Mode, U2 est le seul à avoir mal vieilli, incapable de se renouveler depuis 30 ans ou de retrouver la flamme passée. Ils ont alourdi leur son, peut-être pour masquer les carences d'inspiration, et sorti des albums sans grande saveur. Le prochain sera-t-il enfin le bon ? On ne peut que l'espérer.
Apparat - A Hum of Maybe

C'est avec une réelle excitation que j'attendais ce nouvel album de Sasha Ring alias Apparat, DJ et producteur allemand, référence de la scène électro de ces dernières années. Je l'ai découvert avec son album « Walls » (2007) dans lequel son électro empruntait des sentiers pop avec de nombreuses parties chantées pour une réussite incontestable. Avec « The Devil's Walk » (2011) somptueuse cathédrale de titres électro à la fois complexes et accessibles, il prenait le chant à son compte. Nombre de titres de l'album allaient être utilisés au cinéma et dans des séries, leur offrant une audience encore plus large. Enfin en 2019 son album « LP5 » obtenait une nomination aux Grammy dans la catégorie musique de dance / électronique en guise de reconnaissance officielle. Rarement un artiste électro m'avait autant touché, ses chansons étant génératrices d'émotions puissantes et profondes.
C'est donc avec d'autant plus d'intensité que je ressens la légère déception à l'écoute de ce nouveau « A Hum Of Maybe ». Non qu'il s'agisse d'un mauvais album, on va voir que certains titres – trop rares – sont même très bons, mais il m'inspire, à de nombreux moments, un ennui tenace.
Mais commençons par le meilleur de l'album. Tout d'abord ce titre introductif qu'est « Glimmerine » qui débute sur quelques notes de piano avant de prendre de l'ampleur. Les sons électroniques, minutieux, multiples, y côtoient des instruments traditionnels dont un trombone (je crois) fou, en échappée free jazz. Le morceau s'arrête, repart, surprend toujours.
« A Slow Collision » juste après est aussi un des sommets de l'album. Ce titre délicat fait entendre la voix de Sasha Ring qui survole des nappes synthétiques aux textures variées et vibrantes. L'album tout entier privilégie d'ailleurs les sonorités plus organiques qu'électroniques ou en tout cas parvient à les entremêler sans qu'on puisse vraiment toujours les différencier. Plus loin, se trouve ce qui est à mon avis le plus grand morceau de l'album au titre éponyme « Hum Of Maybe » à l'intro absolument magique et quand débarque la voix de Sasha Ring, la batterie se fait légère, les nappes synthétiques enveloppent l'auditeur et le morceau devient stratosphérique au sens premier du terme. Le meilleur de Radiohead n'est pas très loin.
Je dois dire qu'au fur et à mesure des écoutes – au casque – de cet album d'orfèvre, je ne suis plus si certain de m'ennuyer tant que cela. C'est ce qu'on appelle une critique évolutive. Cet « An Echo Skips A Name » par exemple, un peu barbant lors des premières écoutes, est en train de me rentrer sournoisement dans la tête, obsédant, entêtant, avec ses pulsations électroniques hypnotiques. Les détails émergent, les sons superposés se mêlent, s'emmêlent et à l'image de la pochette du disque, bâtissent un paysage sonore et mental envoûtant.
Bon OK, l’instrumental « Enough For Me » et « Lunes » placés au centre de l’album sont effectivement ennuyeux et semblent longs malgré l’irruption d’un violoncelle mais la fin du disque est d’un autre calibre. La triplette « Williamsburg » ; « Pieces, Feeling » et « Recallibration » quasi ambient, en suspension, évoque parfois Peter Gabriel. Apparat y montre sa capacité à faire naître la beauté et l’émotion de l’immobilisme. Finalement encore un peu et « A Hum Of Maybe » finissait album du mois.
Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.

