Nouveaux albums : la sélection des sorties de janvier 2026
Écrit par Christophe Billars le 2 février 2026
C'est reparti pour un tour, ou plus exactement un an, d'« En 4ème vitesse », la rubrique consacrée aux sorties d'albums mensuelles agrémentée d'un petit flashback des sorties du mois d' il y a 10, 20, 30, 40, 50 et même 60 ans en arrière. Je renouvelle donc mes vœux de bonheur pour cette année 2026 avant de retourner en janvier … 1966.
Des artistes passés depuis à la postérité sortent à cette époque leur 2ème album. C'est le cas de Simon & Garfunkel avec le fantastique « Sound Of Silence » mais également du Them de Van Morrisson sur « Them Again » surtout constitué de reprises. « 2nd Album » également pour le Spencer Davis Group avec Stevie Winwood alors que le gallois Tom Jones en est déjà à son 3ème avec « A-Tom-ic Jones » gorgé de cuivres. Impossible de passer sous silence enfin le « Let It All Out » de la grande Nina Simone.
En janvier 1976, la moisson est riche également avec surtout l'immense album de David Bowie « Station To Station » entre funk/soul blanc et krautrock qui annonce la trilogie dite « Berlinoise ». Bob Dylan prouve qu'il a de sacrés beaux restes sur « Desire ». Les Flamin' Groovies, quant à eux, sur « Shake Some Action » semblent démodés alors que « How Dare You ? » des flamboyants 10cc, sera le dernier album de Godley et Creme avant de quitter le groupe. Enfin l'ultra suave Barry White cartonnait avec « Let The Music Play ».
Au début de 1986, pas grand-chose à se mettre sous la dent si ce n'est « Heyday », 5ème album des australiens de The Church, honnête, sans plus. Janvier 1996 sera plus prolifique avec les sorties du 3ème album de Tori Amos « Boys For Pele » plein de clavecins, de cloches, de choeurs et d'harmonium et inspiré par la déesse Hawaienne Pélé. Beaucoup plus intéressant est le second album des américains de Tortoise « Millions Now Living Will Never Die » et ses dérives sonores et hallucinées, considéré comme fondateur du post rock. Lambchop, de Kurt Wagner est au sommet sur « How I Quit Smoking » et LFO le fameux groupe de musique électronique anglais fondé par Mark Bell sort son 2ème album « Advance ».
Les années 2000 ne sont pas en reste puisqu'en janvier 2006, débarquent sur la scène internationale les Arctic Monkeys avec « Whatever People Say I Am, That's What I'm Not » un album bourré d'énergie mais parfois brouillon. Ce n'est absolument pas le cas de Chan Marshall alias Cat Power sur le somptueux « The Greatest ».
Enfin en 2016, Rihanna sort en janvier « Anti » qui est je crois son dernier album à ce jour. Mais surtout, le 10 janvier 2016, disparaissait David Bowie, 2 jours après ses 69 ans et la sortie du chef d'oeuvre « Blackstar ». Alors bien entendu, à tout seigneur tout honneur, de tous ces albums, je choisis un extrait de cet album crépusculaire.

« Lazarus » est une chanson sublime et glaçante à la fois dans laquelle Bowie, au sommet de son art, annonce sa mort prochaine : « Look Up Here Man, I'm In Danger » qu'il met en scène dans un clip qui fait date.
Single du mois : Bruce Springsteen – Streets Of Minneapolis

Bruce Springsteen vient de rappeler au monde entier qui il est et ce qui est au fondement de son art, en un mot pourquoi il est le Boss. Réagissant à chaud aux tragiques événements de Minneapolis, il ressuscite la protest song en 4'35'' comme aux plus belles heures des sixties et répond aux insultes Trumpistes de la plus simple des manières, par de la musique sèche comme un coup de trique et des mots qui touchent le cœur de cible. Il offre ainsi leur hymne aux citoyens américains qui s'opposent à la politique ignoble menée par l'extrême droite américaine au pouvoir et rentre dans l'Histoire. « Streets Of Minneapolis » fixe à jamais les événements de ces dernières semaines et installe encore plus son auteur en chroniqueur incontournable de l'Amérique contemporaine.
À travers la glace et le froid de l’hiver
En descendant Nicollet Avenue
Une ville en flammes a combattu le feu et la glace
Sous les bottes d’un occupant
L’armée privée du Roi Trump venue du DHS
Pistolets à la ceinture de leurs manteaux
Est venue à Minneapolis pour faire respecter la loi
Ou du moins c’est ce que dit leur histoire
Contre la fumée et les balles en caoutchouc
Aux premières lueurs de l’aube
Les citoyens se sont levés pour la justice
Leurs voix résonnant dans la nuit
Et il y avait des empreintes sanglantes
Là où la pitié aurait dû se tenir
Et deux morts laissés à l’agonie sur les rues enneigées
Alex Pretti et Renee Good
Oh notre Minneapolis, j’entends ta voix
Chanter à travers la brume sanglante
Nous prendrons position pour cette terre
Et pour l’étranger parmi nous
Ici, dans notre maison, ils ont tué et rôdé
Durant l’hiver 26
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Les voyous fédéraux de Trump l’ont frappé
Au visage et à la poitrine
Puis nous avons entendu les coups de feu
Et Alex Pretti gisait dans la neige, mort
Ils ont plaidé la légitime défense, monsieur
Ne croyez simplement pas vos yeux
C’est notre sang et nos os
Et ces sifflets et téléphones
Contre les sales mensonges de Miller et Noem
Oh notre Minneapolis, j’entends ta voix
Pleurer à travers la brume sanglante
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Maintenant ils disent qu’ils sont ici pour faire respecter la loi
Mais ils piétinent nos droits
Si ta peau est noire ou brune mon ami
Tu peux être interrogé ou déporté à vue
Dans les chants de « ICE Dehors Maintenant »
Le cœur et l’âme de notre ville persistent
À travers le verre brisé et les larmes sanglantes
Dans les rues de Minneapolis
Oh notre Minneapolis, j’entends ta voix
Chanter à travers la brume sanglante
Ici, dans notre maison, ils ont tué et rôdé
Durant l’hiver 26
Nous prendrons position pour cette terre
Et pour l’étranger parmi nous
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Album du mois : Dry Cleaning – Secret Love

Un rythme métronomique, des soupirs en pulsations, une basse noueuse, une voix blanche et neutre qui fait du spoken word puis des traits de guitare qui zèbrent le tout. Ainsi débute « Secret Love », le 3ème album du groupe anglais Dry Cleaning par l'excellent « Hit My Head All Day ». Ce titre donne le ton de ce qui va suivre, à savoir 11 titres d'une grande cohérence qui ne se donnent pas facilement, misant sur l'atmosphère et la tension en lieu et place de mélodies, mais se révèlent au fil des écoutes jusqu'à devenir indispensables.
Il est vrai que Dry Cleaning possède un univers très particulier mais très difficilement classable dans un genre défini. Ce quatuor originaire du sud Londonien est déjà identifiable par la voix de Florence Shaw ici mise en valeur par son spoken word omniprésent. Si cela a tendance à conférer un côté monotone de prime abord à « Secret Love », cette première impression est assez vite balayée par la qualité et l'originalité de ces titres en grande partie expérimentaux, qui parfois ressemblent à un post punk alangui, apaisé, mais peuvent aussi se montrer plus abrasifs comme sur le triplé central « Blood » ; « Evil Evil Idiot » et le plus énervé « Rocks ».
Cependant les plus grandes réussites sont à chercher dans les titres sur lesquels la production de Cate Le Bon a su le mieux apprivoiser, envelopper la noirceur du groupe. Un des sommets de l'album s'appelle « My Soul / Half Pint », irrésistible titre sur la condition féminine et sa part de noirceur « I′m A Woman And I Think If I Clean, Then I / I Feel Resentment In My Soul / Je suis une femme et je pense que si je fais le ménage, alors je ressens du ressentiment dans mon âme (...) Maybe It′s Time For Men To Clean For Like Five Hundred Years / Peut-être est-il temps que les hommes fassent le ménage pendant cinq cents ans. ».
On s'arrêtera ensuite sur le fantastique « The Cute Things » où Florence Shaw est parfois à la limite du chant sur un riff de guitare impeccable et sur « I Need You », titre atmosphérique, en suspension, somptueux - dans lequel les guitares la mettent en veilleuse - presque jazzy et spatial à la fois. Florence Shaw y traite de manière poétique du thème du désir, du besoin de l'autre. Fermez les yeux, on décolle.
« Joy » clôt l'album de la plus belle des façons et sur ce titre, Florence Shaw chante vraiment quasiment du début à la fin, ce qui augure peut-être d'une évolution. L'avenir le dira. Quoiqu'il en soit « Secret Love » semble être comme le bon vin, il gagnera en profondeur, en subtilité avec le temps.
Sassy 009 – Dreamer +
Sassy 009 est le nom du projet musical d'une norvégienne nommée Sunniva Lindgård. D'abord en trio, elle publie aujourd'hui « Dreamer + », son véritable premier album seule aux commandes, sur lequel elle travaillait depuis 4 ans. J'avoue la découvrir, un peu par hasard, mais j'ai été impressionné par ce disque, qui mérite le titre d'album du mois ex-aequo, dès la première écoute.

Difficile de définir le genre musical de l'album qui puise dans différentes influences mais se révèle d'une modernité, collant parfaitement à l'époque voire la devançant. Sa tonalité électronique n'occulte nullement les émotions tant l'esprit est entrainé dans un trip hypnotique, sensoriel, par cette musique qui joue sur les textures sonores, entre rêve et réalité, cauchemar et extase.
L'ambiance se fait parfois vaporeuse, aquatique ou ouatée sur des titres tels le dépouillé « In The Snow » ou bien étrange sur le bien nommé « Dreamer » parcouru de sons presque irréels. Elle se fait accompagner par Devonté Hynes alias Blood Orange sur un « Tell Me » tout en suspens, à la fois angoissant et aérien.
Mais le tempo s'accélère sur « Edges » ou « Someone », variant ainsi les plaisirs et évitant toute monotonie à l'album, jusqu'à flirter avec une pop complexe mais accrocheuse avec des titres comme « Mirrors » ou l'enlevé « Enemy ».
L'album se termine sur le très beau « Ruins Of A Lost Memory » où la voix haut perchée de Sunniva Lindgård plane au-dessus d'un simple piano, débarrassée de tout artifice avant de laisser la place et le dernier mot à un chant d'oiseaux.
« Dreamer + » est une véritable expérience sonore, émotionnelle et sensorielle dans laquelle il fait bon s'immerger.
Sleaford Mods – The Demise Of Planet X

Voici déjà 13 albums et 19 ans que le duo originaire de Nottingham Sleaford Mods, composé de Jason Williamson et Andrew Fearn, déverse sa bile non sans humour sur les maux que connait leur pays et même aujourd'hui le monde entier.
Suivant la formule d'une musique dépouillée, voire décharnée, à coups de grosses basses sur des beats incisifs, le flow inimitable de prolo anglais énervé (on compte parait-il 84 occurrence du mot « fuck » sur l'album!) à la voix cassée, est la signature sonore du groupe. Cette musique respire les pubs, les fish and chips, l'Angleterre d'en bas qui subit les difficultés économiques et sociales, les informations qui passent par le filtre trompeur des réseaux sociaux, les dégâts du Brexit.
Dès l'irrésistible « The Good Life » qui débute par un éclat de rire déjanté, le ton est donné : ce disque sera sous le signe de la colère mâtinée d'humour et gouverné par un esprit punk typiquement anglais. Le titre est emmené par une basse énorme comme si le Massive Attack de « Angel » avait décidé d'accélerer le tempo et sa rage contrebalancée par la douceur du duo Big Special sur le refrain.
Ce contrepoint, avec une voix féminine cette fois-ci, se retrouve sur « Elitest G.O.A.T » sur lequel c'est Aldous Harding qui vient pousser la chansonnette et sur « No Touch » où le duo a invité Sue Tompkins.
Sleaford Mods regarde désormais également hors de ses frontières et adresse à l'extrême droite américaine un « Flood The Zone » plein d'inquiétude devant ce qui se passe aux USA depuis l'élection de Donald Trump « Much Hasn't Come In The Way Of Good Shit Now MAGA's On The Tightrope, MAGA's Off Their Tits / Peu de choses se sont opposées aux bonnes choses. Maintenant, les MAGA sont sur le fil, les MAGA sont complètement défoncés . »
L'album évite, grâce à des arrangements discrètement variés, la monotonie : nappes de synthés sur « Bad Santa », violoncelle à la fin de l'excellent « Double Diamond », choeurs soul en boucle sur « Don Draper ». L'album s'achève sur le presque dub et charge anticapitaliste « The Unwrap » établissant un lien à distance avec le « Sandinista » (1980) de The Clash.
Ce disque groove et distille une colère bienvenue dans le monde inquiétant qui est le nôtre.
The Cribs – Selling A Vibe

Pour terminer ce premier « En 4ème vitesse » de 2026, voici « Selling A Vibe » le nouvel album de The Cribs, groupe familial anglais composé des trois frères Jarman et qui a la particularité d’avoir compté parmi ses rangs, entre 2008 et 2011, rien moins que l’ancien guitariste des Smiths, Johnny Marr lui-même. « Selling A Vibe » est le 9ème album d’un groupe qui, par le passé, a été produit par Dave Fridmann, Steve Albini Ric Ocasek (The Cars) et a tourné avec Death Cab For Cutie, Arctic Monkeys, Franz Ferdinand ou The Libertines. On le voit donc, ils ont côtoyé le haut de l’échelle sans jamais vraiment y trouver leur place, restant à la porte du grand succès.
Il n’est vraiment pas certain que cet album leur permette de se faire une place au soleil tant il manque d’originalité, de personnalité malgré l’énergie indéniable qui s’en dégage. Paradoxalement, il est également difficile de détester ce disque qu’on a déjà entendu mille fois par ailleurs. En effet, la formule batterie, basse, guitare, voix distille une power pop efficace, aux riffs et aux mélodies qui restent en tête. Parfait pour se réveiller en fanfare le matin ou pour rouler vitres grandes ouvertes cheveux au vent, « Selling A Vibe » est un excellent euphorisant, un shoot de vitamines. Cependant il n'est pas certain que l'effet se prolonge sur la longueur ni qu'on écoute encore cet album dans quelques mois. Mais ça fout indéniablement la pêche !
Mais c'est déjà la fin du mois de janvier, il est temps de se quitter et que je vous donne rendez-vous pour un prochain « En quatrième vitesse ».
Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.

