Lloyd Cole en concert à Paloma
Écrit par Gilbert Miot le 19 novembre 2025
Flashback
Nous sommes en 1984, Lloyd Cole affublé de The Commotions, backing band de luxe, sort le merveilleux et surprenant "Rattlesnakes", un premier album encensé par la critique, gros succès commercial avec une poignée de singles remarquables qui serviront de locomotive, le disque reste une des meilleures œuvres des années 80. Un énorme succès porté essentiellement en partie grâce à la personnalité de Cole, brillant auteur / compositeur : interprète doté d’une voix suave et d’un physique aussi ténébreux que sexy, le charismatique garçon serait aussi plutôt du genre intello, il a un cursus scolaire d’étudiant en droit et en philosophie. Les textes des chansons sont du genre poétiques et mélancoliques. Quant à la musique, l’inspiration du côté de la pop et du rock sixties, voire du folk, mais aussi de la soul et du post punk. Les deux albums de Lloyd Cole And The Commotions qui suivront, "Easy Pieces" et "Mainstream" auront également beaucoup de succès même si la critique se montre un peu moins enthousiaste.
Le groupe se sépare en 1989, Cole après s’être marié s’installe aux Etats Unis pour enchaîner sur une carrière solo avec un premier opus simplement baptisé "Lloyd Cole", porté par le somptueux single "No Blue Sky" avec une tonalité plus américaine. J’ai l’honnêteté d’avouer qu’après ce disque, je l’ai quasiment perdu de vue, je pense ne pas être le seul, sa carrière devenant beaucoup plus confidentielle. Concrètement l’artiste reste prolifique même si le succès devient plus confidentiel, privé de contrat avec des majors, il se réfugie vers de petits labels indépendants avant de se faire financer par ses fans via Internet pour enregistrer des albums avec l’aide de quelques fidèles pour la réalisation. Dans les années 2000, il se produit essentiellement sur scène dans de petites salles en s’accompagnant à la guitare acoustique en prenant plaisir à interagir avec le public. Pour l’anecdote, Lloyd Cole est un fervent pratiquant du golf, il lui arrive souvent de programmer ses concerts dans des lieux à proximité de 18 trous pour pratiquer son sport de prédilection.

Un concert minimaliste
La salle Paloma de Nîmes était une première pour moi ! En plusieurs occasions j’avais pu remarquer que leur programmation musicale était plutôt alléchante, on me vantait aussi la qualité de l’acoustique, force est de constater que cette réputation n’est pas usurpée. Fan de la première heure de Lloyd Cole période Commotions, je l’ai un peu perdu de vue après son premier album solo, je n’ai pas pu résister à la tentation de voir ce qu’était devenu une des légendes de la scène britannique. Poptastic, par le biais de son boss Claude, m’a alors suggéré d’assister à ce concert, histoire de tâter l’ambiance et de glaner quelques clichés de la soirée. Il ne pouvait y avoir meilleure proposition.
Le public dans la salle avait majoritairement l’âge de l’artiste, soit la soixantaine bien entamée soit beaucoup de cheveux blancs parfois accompagnés de leurs progénitures. J’avais été prévenu par le staff que je devais me faire extrêmement discret avec mon appareil photo, me poser dans mon coin sans trop me faire remarquer, le musicien exigeant ne pas être déconcentré pendant son set. Et comme je suis un gars très discipliné, je ne me suis pas fait prier en m’interdisant un matraquage photographique trop hystérique. La scène d’une sobriété absolue avec deux guitares électro acoustiques posées sur leurs pieds, un pupitre ainsi qu’une petite table ronde avec un verre et une carafe d’eau, plus minimaliste, tu meurs…
Lloyd Cole débarque sur scène à 21 heures pétantes, silhouette et coiffure impeccable, tout de blanc vêtu il embarque une guitare et se lance dans un premier titre que le public écoute religieusement dans un silence de cathédrale. La superbe voix du chanteur anglais est restée intacte, il chante sans forcer un peu à la manière d’un crooner, sa maîtrise de l’instrument force également le respect. Avant l’entame du second morceau il salue le public et s’autorise à balbutier quelques mots en français, il en profite pour nous sensibiliser sur le fait que, pour sa concentration, il préférait le plus de calme possible, ce que le public respectera pendant toute la durée du concert. De toute façon, ça n’est pas Iggy pop sur scène non plus, le répertoire n’incitant pas non plus à pogoter ou slamer.

Les chansons s’enchaînent entrecoupées parfois d’un petit joke du musicien. Après que ce dernier se soit rincé le gosier il gratifie le public d’un court "Thank yo"u ou parfois d’un "Merci". Certains pourraient le trouver insipide voir sinistre, mais il n’en est rien. Cole fait preuve d’un sens de l’humour so british, pince sans rire... et moi je suis preneur. Une pause de 20 minutes vient entrecoupée le récital, moment bien venu pour se rincer le gosier à mon tour.
Pour être tout à fait honnête, je ne connaissais pas la moitié des chansons et par bonheur, à la reprise, quelques classiques du répertoire période Commotions se font plus fréquentes, enthousiasmant pour le coup votre serviteur et un public qui aurait été déçu de ne pas entendre "Lost Week End", "Forest Fire" ou "Cut Me Down". Le somptueux "No Blue Sky" entame avec bonheur le rappel en nous gratifiant de deux chansons supplémentaires avant de tirer sa révérence, en toute simplicité et modestie.
Si vous me demandez, "c’était bien", hé bien je vous répondrais que j’ai pris plaisir à voir et entendre un authentique artiste sans concession, ma modeste compréhension de la langue anglaise ne me permettant pas réellement d’apprécier à sa juste valeur la qualité des textes et la poésie du songwriter. Un peu d’électrification n’aurait pas nuit à l’affaire, mais reconnaissons que Lloyd Cole est un artiste à part dans le paysage musical et qu'à ce titre il se fait plaisir dans un format minimaliste tout en faisant plaisir aussi à un public d’amateurs éclairés avec ses mélodies indémodables. Alors, oui, c'était bien.
Textes et photos : Gilbert Miot
Gilbert "Gigi" Miot est à l'origine de la création du groupe Facebook de la radio, le bien nommé "Le Pub Poptastic". Bon vivant, volontaire pour aider la cause "Rock anglais", il agit en permanence avec ses acolytes du Pub et notamment Franck Commarmond, modérateur également, pour fire vivre et animer notre groupe de passionnés.








