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Mes disques de A à Z : Bauhaus "In The Flat Field"

rédigé par le 16 septembre 2021

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ « In The Flat Field » (1980) du groupe anglais Bauhaus originaire de Northampton, ne s’apprivoise pas facilement malgré ses 41 ans au compteur.

Premier album du groupe dont le nom – Bauhaus - est aussi celui d’un célèbre mouvement artistique allemand du début du 20ème, il se situe à la charnière des 70’s, que le punk a littéralement mises en pièces, et du début des 80’s qui vont connaître, avec des groupes tels que Joy Division ou Siouxsie and The Banshees, une période de glaciation.
On peut dire que cet album se situe dans ce mouvement, à cheval entre le post punk dont il possède la violence froide et la cold wave naissante.

Bauhaus - In the flat field

La pochette « Homage To Puvis de Chavanes » par le photographe Duane Michals, représentant un nu masculin en noir et blanc, montre le souci du groupe de soigner également le visuel et me fait par certains aspects penser à la pochette de l’album « Closer » (1980) de Joy Division. Bauhaus a repris certains codes du punk dans sa musique mais y ajoute une dimension plus intellectuelle, plus « artistique ».

Cependant Bauhaus ne fait rien pour arrondir les angles et caresser l’auditeur dans le sens du poil. Dès « Double Dare » – et son sombre riff introductif, on marche sur les braises encore chaudes du punk. Le titre en conserve la rugosité mais le tire vers les ténèbres. On est en cela bien plus proche de Joy Division que des Ramones ou des Sex Pistols. La voix souvent caverneuse de Peter Murphy crée cette atmosphère que l’on qualifiera dès lors de « gothique » - guitares torturées, broyées, batterie martiale et plombée, voix d’outre-tombe scandant, crachant ses textes. Le titre est d’une puissance impressionnante, un déluge de noirceur et de colère rentrée.

« In the flat field », le morceau-titre fait entendre des textes d’un romantisme peut-être un peu maniéré, trop théâtral par sa volonté de rester obscurs mais la basse énorme et l’influence de David Bowie en particulier dans certaines intonations de Peter Murphy en font un morceau très impressionnant qui sait alterner des instants calmes et des explosions mais reste une implacable machine menée par une batterie à la fois puissante et subtile.

Avec « A God In An Alcove” le groupe s’aventure, tout est relatif, sur les pistes de danse et sur “Dive”, s’énerve à nouveau avec ce titre tendu caractéristique du post punk mariant les guitares en furie et une basse presque funk mais un funk glaciaire. « The Spy In A Cab » - conjugue une rythmique ultra minimale que viennent lézarder des guitares distordues vrillant en tous sens. Le titre montre à quel point le groupe, à partir d’influences identifiées sait creuser son propre sillon et contribue à emmener le rock anglais vers de nouvelles contrées.

La face 2 démarre avec l’excellent « Small Talks Stinks », très sombre et pourtant assez accessible qui se terminera dans une ambiance quasi-dub. « St Vitus Dance » s’emballe sur une batterie un peu folle sur coussin de guitares saturées pour terminer sur les cris hystériques de Peter Murphy dans une fin quasi expérimentale. On enchaine avec le terrifiant « Stygmata Martyr » et son ambiance oppressante qui devrait décourager les claustrophobes et ressemble à un défilé des souffrances et des terreurs les plus profondes alors que la guitare bruitiste nous lacère.  On terminera par les 7 minutes de « Nerves » dont la longue et lente et lourde introduction ressemble à du Black Sabbath concassé avant que deux notes de piano répétées prennent la relève et que Peter Murphy entame son chant comme une incantation ou la longue plainte d’un esprit dérangé. L’album se termine dans une ultime accélération, une fuite en avant vers la folie.

« In The Flat Field » rebutera ceux qui sont plus habitués aux platitudes d’un Ed Sheeran qu’au bruit froid et terrifiant de Bauhaus. Sans doute. Et pourtant, comment nier la place essentielle que tient, aux côtés de ceux de Joy Division, ce disque ? Il faut passer ses épines, supporter tout ce qui le rend aussi coupant qu’un morceau de verre pour en saisir toute la beauté sombre, la puissance et la folie qui en émanent. On n’écoute pas cet album en fond sonore, on s’y confronte, voire on l’affronte mais s’il n’est pas et ne sera jamais « agréable », il est source de sensations rares.

Je n’ai pas encore écouté les albums suivants de Bauhaus, n’ayant finalement découvert ce groupe que sur le tard. Mais comme souvent, bien entendu, j’ai tort.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


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