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Mes disques de A à Z : Björk "Debut"

Rédaction : Christophe Billars le 4 mars 2023

En ces 80’s finissantes, je profite de ma vie étudiante grenobloise, entre les bancs de l’Université Stendhal, les cafés, les soirées entre copains, occasions multiples et toujours renouvelées de découvrir des disques, des artistes, dans une quête incessante de nouvelles émotions musicales.

La vague Mano Negra de l’époque me laisse assez froid, leur musique pourtant bouillonnante et festive ne me touche pas, ne m’intéresse pas. Il semble que la pop vive une transition, un entre deux, que l’on va vivre un renouveau sans que l’on sache très bien d’où il pourrait bien venir. En effet, les cendres de la new wave ont refroidi et certaines productions technoïdes peinent à susciter l’enthousiasme. Un groupe venu d’Islande fait pourtant parler de lui, emmené par une chanteuse à la voix si particulière et au nom imprononçable : Björk Guomundsdottir. Le groupe s’appelle The Sugarcubes et sa musique rafraichissante fait souffler un vent exotique à sa façon sautillante. Je ne sais d’ailleurs pas ce que j’ai bien pu faire depuis de leur deuxième album « Here Today, Tomorrow Next Week » (1989), plus original que vraiment bouleversant. Qui aurait pu imaginer que cette Bjork allait connaître 4 ans plus tard un succès aussi immense qu’inattendu ?

Ce sera en 1993 son premier album solo, au nom évident de « Debut », des débuts fracassants, pour celle qui allait devenir une des artistes importantes de la fin du millénaire, qui va lancer véritablement sa carrière. Je dois tout de suite avouer que, bien que reconnaissant l’immense qualité de cet album, son incroyable originalité, ses compositions sans faille, sa modernité toujours à l’œuvre 30 ans après, j’ai toujours eu du mal à être véritablement touché sans véritablement comprendre ce qui, dans cet album et la musique de Björk en général, et à quelques exceptions notables près, m’empêchait de me sentir chez moi.

Björk album Debut

Quand on regarde l’évolution du personnage jusqu’à aujourd’hui, difficile de ne pas être attendri par cette pochette en noir et blanc où, face à l’objectif, Björk si jeune, semble presque s’excuser, les larmes aux yeux, les mains jointes devant la bouche, d’une bêtise qu’elle aurait commise, aux conséquences dramatiques. Tout respire la simplicité sur cette image, la candeur, l’innocence de la jeunesse, jusqu’au pull et aux cheveux savamment négligés. Les pochettes des albums de Björk vont d’ailleurs être assez représentatives de l’éloignement progressif de cette simplicité vers la sophistication, l’expérimentation, la recherche incessante de nouveaux territoires musicaux, peut-être jusqu’à en oublier l’émotion d’ailleurs. Mais nous y reviendrons. Pour l’instant commençons par le « Debut ».

« Human Behavior » débute comme une musique de film. Percussions, claquements de doigts installent une ambiance qui se trouverait quelque part entre le film noir, la comédie musicale et le thriller. C’est aussi ce qui produit l’effet délicieusement rétro de ce titre impressionnant. Dès ce premier titre, on ne peut qu’être impressionné par la voix de Björk capable de gronder ou de s’envoler au plus haut. Il y a quelque chose de véritablement animal dans sa manière d’interpréter ses titres, passant de la colère à l’extase en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Un beat implacable et foldingue, des notes dissonantes ouvrent « Crying » qui va entraîner l’auditeur dans une course folle. La patte de Nellee Hopper, producteur britannique officiant alors chez Massive Attack, apporte son aspect synthétique presque froid qui contraste avec le chant habité de Björk. « Venus As A Boy » fut le deuxième single après « Human Behavior » à être tiré de l’album. L’environnement sonore se fait beaucoup plus doux, des percussions presque métalliques et des nappes synthétiques créant une ambiance éthérée qui tissent l’écrin parfait aux paroles suggestives. « There’s More To Life Than This » détonne par sa production minimale, car enregistré live dans un bar de Londres. À mon avis le titre faible du disque.

On reprend de l’altitude avec le titre « Like Someone’s In Love » uniquement composé d’une harpe, de la voix de Björk et, mais est-ce certain, de ce qui ressemble au bruit des vagues sur la plage. Le titre semble tiré d’une comédie musicale des années 50 et ne m’épargne pas quelques moments d’ennui.

Mais on enchaîne avec le tube imparable « Big Time Sensuality », véritable machine à danser d’une efficacité redoutable. L’environnement électronique du morceau lui octroie cette froideur typique de l’album qui contraste avec l’interprétation au contraire hyper charnelle de Björk. Ce n’est pas l’intervention d’un saxophone malingre à la fin du morceau qui changera la donne. Je lui préfère cependant « One Day » à l’intro électronique fascinante, à l’atmosphère quasi onirique et grandi encore par la formidable interprétation de Björk.

Le nocturne et exotique “Aeroplane » est introduit par des cuivres qui reviendront à intervalles réguliers puis on est plongé dans une jungle fantasmée. C’est dans ces moments hors des sentiers battus que « Debut » prend toute sa dimension. Et que dire de « Come To Me » somptueuse ballade ouatée, et à mon avis meilleur titre de l’album. Björk est entre le murmure et la confidence intime, avant de planer très haut, les nappes de cordes synthétiques maintiennent le titre en apesanteur. C’est très beau. La voici dans une formidable version live.

C’est encore un tube imparable qui suit intitulé « Violently Happy » caractérisé par sa boucle électronique, son beat métronomique hypnotisant parfait pour les clubs. L’album se termine par le dépouillement de « The Anchor Song », aux arrangements de cuivres comme unique support à la voix quasi a capella de Björk.

« Debut » propulsa la carrière de Björk. L’album, résolument moderne et souvent expérimental, contient déjà tout ce qui fera la spécificité de l’artiste. Mais comme on le sait, ce n’est qu’un début.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles

Auteur
christophe billars

Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.