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Mes disques de A à Z : The Bats - Fear Of God

rédigé par le 7 août 2021

Dans les années 90, quand on évoque la Nouvelle Zélande, c'est plutôt pour parler de son équipe de rugby, les fameux All Blacks, et de sa superstar Jonah Lomu. Célèbres et craints dans le monde entier avec leur haka, les hommes en noir règnent jusqu'alors sur la planète rugby même si, en 1979, les Bleus de Rives et Galion avaient fait plier les Blacks sur leur propre terrain à Auckland. Mais c'est une autre histoire, une autre époque.

Vu d'ici donc, à part le rugby, la Nouvelle Zélande n'évoque pas grand-chose à grand-monde à l'époque. Nous aurions été bien en peine de citer le nom d'un seul groupe de rock ou de pop Néo-Zélandais. Et pourtant, certains ont déjà repéré l'existence d'un label rock indépendant fondé en 1981 à Christchurch et nommé Flying Nun Records. Il sera le vivier d'une scène d'une richesse incomparable et popularisera ce que l'on appellera alors le « Dunedin sound ». On peut citer des groupes tels que The Clean, The Chills (dont je reparlerai ultérieurement dans cette rubrique), The Verlaines ou un artiste comme Chris Knox. Je remercie l'excellent Bernard Lenoir, qui prêchait la parole divine depuis son studio de France Inter tous les soirs, et bien sûr le magazine Les Inrockuptibles, la Bible dans les 90's, d'avoir fait connaître nombre de ces groupes signés sur ce label et d'avoir montré qu'aux antipodes, le rock et la pop pouvaient briller de mille feux.

En 1991, l'année même où les All Blacks perdent la Coupe du Monde gagnée en 1987, j'entends chez Lenoir un titre qui respire la fraicheur et la simplicité, aux guitares en étendards et à la mélodie addictive, intitulé « Dancing As The Boat Goes Down ». Le titre, immédiatement accrocheur, fait souffler le vent des grands espaces et apporte une bouffée d'oxygène. On y entend du violon et des choeurs enthousiasmants sur le refrain. C'est comme si une grande chanson folk avait été électrifiée, accélérée et jouée le vent dans les cheveux. Dès que c'est possible je me procure le CD de l'album dont la chanson est extraite. Celui-ci se nomme « Fear of God ». Il est signé par un groupe qui m'était alors totalement inconnu, originaire de Christchurch en Nouvelle-Zélande : The Bats.

Le groupe a été créé 10 ans auparavant par Robert Scott et Paul Kean et signe en 1984 sur Flying Nun Records pour un premier EP « By Night ». The Bats tournent alors en Europe. Le premier album « Daddy's Highway » a déjà reçu un certain succès critique mais c'est bien avec ce formidable 3ème album «Fear of God» que The Bats va percer en Europe pour, en 1993, tourner avec Radiohead, qui n'est, il est vrai, pas encore le monument qu'il est devenu aujourd'hui.

« Fear of God » est un album d’une simplicité lumineuse rarement égalée. La pop à guitares, légère et sautillante du groupe trouve ici son point culminant. Les chansons respirent les grands espaces, l’innocence et la liberté et évoquent le REM des débuts sans rougir de la comparaison. Il est absolument parfait pour les longs trajets en voiture.

Album The Bats Fear of God

Pas une once de gras sur ces chansons au naturel, pas l'ombre d'une lourdeur dans ces guitares carillonnantes, seule compte la spontanéité de ces mélodies entraînantes, ébouriffantes qui font un bien fou. Les chansons ont toutes les pieds bien ancrés dans ce sol lointain et la tête dans le vent.

Difficile de sortir un titre du lot de ce disque très homogène mais pour avoir une idée du souffle qui le parcourt je ne peux que conseiller « Boogey Man » par lequel on y entre, au refrain jouissif, « The Black And The Blue » plus rageur, « The Old Ones » et son intro à l'accordéon ou encore le trépidant « Hold All The Butters » avec son violon virevoltant. Plus loin, « Fear of God » le titre, est porté du seau de l'évidence des classiques instantanés.

« It's A Lie » est tendu comme un arc et « You Know We Shouldn't » donne envie de grimper aux rideaux. The Bats se permet quand même une petite douceur en fin de parcours avec « The Looming Past » ralentissant le rythme pour mieux remettre le disque au début et repartir pour un tour.

Si cette modeste rubrique peut contribuer à faire connaître à quelques-uns cet album et ce groupe, alors la mission sera accomplie surtout quand je constate qu'ils n'ont que 891 « fans » sur la plateforme Deezer. Et pourtant, après « Fear of God », le groupe a continué à produire des disques entre des pauses de plusieurs années.

Quoiqu'il en soit cher lecteur, tu sais désormais qu'en Nouvelle-Zélande il n'y a pas que les Blacks, il y a aussi The Bats.

Christophe Billars

Album The Bats Fear of GodÉcoutez des extraits de Fear of God dans la programmation de Poptastic Radio.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


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