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Mes disques de A à Z : The Beatles Revolver

rédigé par le 26 février 2022

Comment parler d’un monument de l’histoire de la musique pop/rock ? Car confirmant le tournant amorcé avec « Rubber Soul » (1965), les Beatles vont, avec « Revolver » dégainer un album majeur de classe internationale qui va à jamais les propulser et la musique pop avec eux, dans une autre dimension.

Matrice du rock anglais pour des décennies, « Revolver » est un disque inépuisable, peut-être supérieur à l’acclamé « Sergent Pepper » (1967) et révèle l’incroyable créativité des petits gars de Liverpool. N’importe qui se damnerait pour n’avoir écrit qu’un seul des quasi 14 chefs d’œuvre qui composent cet album enregistré en 3 mois.

« Revolver » est tout d’abord, et dans la lignée de « Rubber Soul », le fruit d’un travail de studio inédit pour l’époque. Tournant le dos aux concerts, le groupe va explorer comme jamais jusque-là les possibilités techniques qui leur sont offertes, et, épaulé par George Martin le producteur et le tout jeune ingénieur du son Geoff Emerick, révolutionner le travail en studio.

review de Revolver l'album des Beatles

Bandes qui tournent à l’envers, utilisation novatrice des magnétophones 4 pistes, méthodes radicalement nouvelles de prises de son, toute expérimentation est bonne à prendre lors des sessions d’enregistrement de « Revolver ». Il est à noter qu’aucune chanson de l’album n’avait été répétée auparavant et qu’aucune quasiment ne peut être jouée en concert en formation classique à 4 musiciens.

Alors voyons de plus près ce qui se cache sous cette célèbre pochette en noir et blanc signée Klaus Voormann, moitié dessins moitié collages qui démultiplie les 4 fantastiques et semble illustrer à la fois le foisonnement créatif extraordinaire de l’album et la cohésion de l’ensemble des membres. Le noir et blanc est quant à lui trompeur au vu de l’incroyable explosion de couleurs et de genres que constitue « Revolver ».

Les deux premiers titres constituent un des plus fabuleux débuts d’album qui soit. Placé en figure de proue, « Taxman » est le signe que George Harrison, auteur de cette chanson, a enfin acquis au sein du groupe la place qui lui revient. Après le « One, two, three, four » répété deux fois, la basse et la guitare rythmique entament ce qui est peut-être le morceau fondateur de ce qui deviendra 30 ans plus tard la brit pop. Le solo de acéré et légèrement psychédélique ne rompt en rien la progression de cette chanson magistrale dans laquelle Harrison, à travers la voix d’un collecteur d’impôts, fait la satire d’un système qui lui prend tout l’argent qu’il a gagné.

Après cette entrée en matière plus que parfaite, survient le chef d’œuvre absolu « Eleanor Rigby ». Bijou de composition signé Paul McCartney, le titre s’éloigne des standards de la pop avec l’orchestration en quatuor à cordes prônée par Martin et McCartney. Violons et violoncelle accompagnent le chant de Paul et les chœurs de Lennon et Harrison. La chanson, classique parmi les classiques, est sublime, véritable diamant de la pop, quintessence du talent de McCartney, elle restera à jamais, immortelle.

C’est sur “I’m Only Sleeping” de Lennon que George Harrison jouera sa partie de guitare dite renversée. Au mixage, la bande est jouée à l’envers ce qui donne un effet étonnant sur la chanson qui est par ailleurs une réussite. Sur un rythme qui évoque la torpeur qui nous saisit petit à petit quand le sommeil nous gagne, Lennon fait l’apologie de la lenteur et de la rêverie contre l’agitation vaine du monde qui l’entoure. Méconnue du grand public « Love You To » signée Harrison constitue pourtant longtemps avant le fameux « Graceland » (1987) de Paul Simon une tentative de mêler la musique occidentale avec des influences venues d’ailleurs en l’occurrence d’Inde. Ce titre est l’exemple même de la volonté d’ouverture et d’expérimentation qui régnait chez les Beatles à l’époque. Harrison s’initie au sitar, instrument traditionnel indien, et le groupe accueille un joueur de tabla, Ringo Starr se contentant de jouer du tambourin. Que dire de la merveille absolue qu’est « Here, There and Everywhere », splendeur de Paul McCartney ? Cette chanson d’amour plus que parfaite avec ses chœurs langoureux, sa mélodie mélancolique bouleverse toujours autant et ne déparerait pas sur le « Pet Sounds » (1966) des Beach Boys. Tout en délicatesse, véritable cocon de douceur, le titre est un modèle du genre quasi indépassable.

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On ne présente pas « Yellow Submarine ». Cette chanson pour enfants de Paul McCartney est chantée par Ringo Starr. Immense succès, elle est caractérisée par sa mélodie immédiatement mémorisable et cette ambiance « cartoon » avec ses bruits bizarres, sa grosse caisse façon fanfare qui la rendent sympathique. Elle est suivie par la beaucoup plus sombre « She Said She Said » signée Lennon dans laquelle on entend une guitare aigrelette quasi acide qui fait ressortir son côté psychédélique. Rien d’étonnant quand on sait qu’elle fut inspirée à Lennon par une expérience de prise de LSD.

La face B débute par le radieux « Good Day Sunshine » de Paul McCartney. Rarement un titre aura aussi bien défini l’impression que procure ce morceau à la mélodie ensoleillée. « I’m in love and it’s a sunny day » tout est dit, les claps et les chœurs font le reste. Il est à noter que Paul a, en 2005, chanté cette chanson en direct pour dire bonjour aux astronautes de la navette Discovery. En 2 minutes chrono « And Your Bird Can Sing », un titre de John Lennon avec sa guitare très en avant remplit son office. Le titre a quelque chose de la simplicité des premiers albums. Rafraichissant et emballant. Le ton s’assombrit avec la superbe « For No One » signée Paul McCartney qui accumule les chefs d’œuvre sur « Revolver ». Très dépouillée et mélancolique la chanson bénéficie d’un solo de cor d’harmonie et confirme l’incroyable talent de mélodiste de Paul. Cette version de McCartney sans les Beatles mais accompagné de cordes et du cor est somptueuse.

Il parait que le « Doctor Robert » de la chanson signée Lennon délivrait à ses patients toutes les pilules planantes qu’ils souhaitaient. Planante, la chanson ne l’est pas, elle fait au contraire taper du pied avec son rythme enlevé et sa mélodie accrocheuse. « I Want to Tell You » est la 3ème chanson de George Harrison de l’album. Elle débute par un fondu entrant et Harrison au chant est rejoint par les chœurs et un piano qui dérape. Encore une réussite pour George. Mais c’est bien Paul McCartney qui fait carton plein sur cet album et « Got to Get You into My Life » en est une nouvelle fois la preuve. Sur ce titre presque soul, dansant et rayonnant, une section de cuivres vient prêter main forte aux Beatles. Le résultat est époustouflant et donne des fourmis dans les jambes et le sourire aux lèvres.

Mais c’est peut-être « Tomorrow Never Knows » le dernier et extraordinaire dernier titre de l’album qui va laisser la trace la plus indélébile dans l’histoire de la pop musique. Totalement expérimentale avec ses boucles d’instruments et de bruits divers, son rythme hallucinatoire, son chant proche de la transe, la chanson va marquer des générations entières. Les sons y sont triturés comme jamais, le groupe utilisant comme jamais auparavant les possibilités que leur offre le studio. Psychédélique, barrée, envoutante « Tomorrow Never Knows » est un classique qui nous invite au trip dès ses premières paroles : « Turn off your mind, relax, and float downstream ».

Alors suivez ce conseil, laissez-vous flotter en découvrant ou réécoutant « Revolver », ce chef d’œuvre impérissable, ce roc massif et central de l’œuvre des Beatles. Et quand on pense que cela ne faisait en fait que commencer…

review de Revolver l'album des BeatlesÉcoutez des extraits de Revolver des Beatles dans la programmation de Poptastic Radio.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles