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Pete Doherty : The Fantasy Life of Poetry & Crime

rédigé par le 1 mai 2022

Chroniquer le nouvel album d’un artiste qui ne m’a jamais transporté, que ce soit au sein des Libertines ou des souvent brouillons Babyshambles nécessite un surcroît d’objectivité. D’autant plus qu’il est responsable d’un des pires concerts auquel qu’il m’ait été donné d’assister un soir à la Paloma de Nîmes.

Le sale gosse du rock anglais, de plus en plus au-devant de l’affiche pour ses frasques que pour sa musique, peut-il rester encore longtemps cet éternel adolescent, gâchant son talent ? Pete Doherty semble cependant avoir trouvé l’amour et un équilibre nouveau, s’installant à Étretat avec son épouse. Il a aussi pris pas mal de kilos, ressemblant désormais plus à un propriétaire terrien anglais, avec sa casquette et son chien, qu’au petit voyou à la belle gueule qu’il était jusque-là.

Cet album, "The Fantasy Life of Poetry & Crime" est signé Pete Doherty et Frédéric Lo et c’est bien le disque d’un duo, d’une collaboration on va le voir hyper fructueuse auquel nous avons à faire ici. Déjà responsable du « sauvetage » d’un Daniel Darc sur lequel plus personne n’aurait misé un kopeck pour l’album « Crèvecoeur » (2004), Lo réalise ici les musiques et les arrangements de ces 12 titres sur lesquels Doherty est venu greffer ses mots et sa voix.  Frédéric Lo joue également des claviers, de la basse, de la guitare et a donc assuré les arrangements de cuivres et de cordes si présents sur le disque.

Disons-le tout de suite, l’album est un miracle d’équilibre, de composition, d’émotions.

« The Fantasy Life of Poetry & Crime » et son intro de cordes, ce qui surprend chez Doherty, ouvre l’album. C’est un morceau absolument somptueux, meilleur que tout ce qu’a pu proposer jusqu’ici l’enfant terrible du rock anglais. Mélodie merveilleuse et pourvoyeuse de frissons, arrangements de cordes plus-que-parfaits, on est soufflé par cette introduction miraculeuse. La voix brisée de Doherty fait merveille à tel point qu’il semble ici avoir trouvé sa voie et sa voix, être soudain devenu adulte. Il glisse quelques mots en français sur cette célébration de la région où il vit désormais :« Je suis ici / Can you follow me ». Of course Pete, surtout si l’album maintient cette qualité.

Et incroyablement ça va être le cas avec « The Epidemiologist », somptueuse chanson mid tempo que le piano de Frédéric Lo rehaussé de cordes propulse vers les cimes pendant que Pete Doherty, toujours parfait au chant, s’essaye au name dropping : « Dashiell Hammett, Emile Ajar, Peter Lorre, Humphrey Bogart, Jean Seberg » et bien sûr l’inévitable Daniel Darc.

On tutoie encore les sommets avec « The ballad of », très acoustique, sur lequel Pete Doherty murmure parfois et se révèle très touchant. Le titre, que ne renierait pas Neil Hannon, oscille entre intimité et envolées de cordes. Avec « You Can’t Keep It From Me Forever” le duo s’offre un tube pop de la plus belle des factures, l’ombre de Morrissey et des Smiths planant au détour du refrain. Assurément le titre le plus évident et accrocheur de l’album.

« Yes I Wear a Mask » en prend le contrepied, installant une atmosphère empreinte de tristesse pour un titre sans batterie sur lequel les cordes dominent. Mais c’est Doherty qui caractérise le mieux ce titre : « I Sing The Sweetest Saddest Song ». Tout est dit. La face 1 s’achève par l’excellent « Rock & Roll Alchemy », pas si rock’n’roll que ça d’ailleurs, où tout ce qui a fait la réussite du disque jusqu’alors est condensé à savoir, mélodie brillante et mélancolique portée par la voix de Doherty, envolées de cordes, bribes de paroles en français et références littéraires : « Les paradis artificiels, naturels ». Cette alchimie est celle, miraculeuse (je me répète), dont sont faits les grands disques, en tout cas cette première face où Pete Doherty apporte cette fêlure qui vient rendre absolument irrésistibles les musiques de Frédéric Lo.

« The Monster » ouvre la face 2 de la plus belle des façons, tout en délicatesse. Les orchestrations de cordes soulignent la mélodie que Doherty chante merveilleusement bien. D’ailleurs a-t-il déjà aussi bien chanté ? « Invictus » confirme qu’il n’y a aucune baisse d’intensité de qualité ou d’intensité dans cette 2ème partie du disque. Le morceau fait encore la part belle aux cordes qui propulsent le refrain vers les hauteurs. Sur « The Glassblower » rythmé par un tambourin puis par des percussions discrètes, Doherty et Lo réussissent un titre dans la grande lignée de la pop anglaise, à la fois mélancolique et évident avant que « Keeping Me on File » éclaire l’album par sa tonalité plus légère et très pop, avec une mélodie à siffloter en marchant dans la rue, sourire aux lèvres.

« Abe Wassenstein » prouve que Doherty et Lo savent aussi s’en tirer parfaitement dans le dépouillement comme le montre le premier tiers de ce titre assez folk. Ici, la voix et une guitare acoustique suffisent à convaincre tout comme le piano/voix du dernier titre « Far From The Madding Crowd », superbe complainte au clair de lune dans laquelle Doherty se demande où il pourra chanter ses chansons alors que les bars, les clubs et les théâtres sont fermés. La réponse est évidente, il suffit de remettre l’album au début.

Alors, nouveau départ pour Pete Doherty ou simple coup unique ? Nous verrons bien. Quoiqu’il en soit « The Fantasy Life of Poetry & Crime » est sans conteste le meilleur album de la carrière en dents de scie de Pete Doherty. Impeccable de bout en bout, le disque est à coup sûr et d’ores et déjà un des meilleurs de l’année. De tête à claques, Doherty est devenu touchant, s’est révélé un grand chanteur et semble avoir trouvé le bonheur et l’équilibre. Que demander de plus ?

peter doherty the fantasy life of poetry crimeÉcoutez des extraits de "The Fantasy Life of Poetry & Crime" de Peter Doherty dans la programmation de Poptastic Radio.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles