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Premier album plus que prometteur des Working Men’s Club

rédigé par le 16 décembre 2020

Quelque part au nord-ouest de Manchester et au sud-est de Leeds se trouve Todmorden, bled perdu du Yorshire où a grandi Sydney Minsky-Sargeant, 19 ans et fondateur des Working Men’s Club dont le premier album éponyme est sorti voici quelques mois.

Quand on évoque le Yorkshire, je ne peux m’empêcher de penser à l’extraordinaire et terrifiant quatuor de l’écrivain David Peace édité chez Rivages Noir « 1974 ; 1977 ; 1980 ; 1983 » d’une noirceur sans égale, qui m’a durablement impressionné et que je conseille à tous les lecteurs de cette chronique. Pluie, ennui, monde ouvrier en détresse, campagnes lugubres sont autant d’images toutes faites qui surgissent quand on pense à ce coin d’Angleterre. Les Working Men’s Club vont montrer avec ce premier album qu’on ne peut être totalement imperméable à la riche histoire musicale qui caractérise Manchester et sa région. Le nom même du groupe désigne d’ailleurs des lieux où se retrouvaient les ouvriers et leurs familles et tenaient lieu de bars, de lieux de concerts, de salles de billard ou de lecture et annonce l’aspect politique de la démarche.

La pochette, assez mystérieuse, et signée de l’artiste SJ Hockett représente assez bien la tonalité générale du disque par son côté à la fois austère et sombre mais également, avec ce curieux pictogramme qui pourrait évoquer un personnage en train de danser, la volonté d’aller titiller les dance floors. Ce grand écart entre la noirceur et les boules à facette est la marque de fabrique des grands anciens Mancuniens, New Order au premier chef évidemment qui, sur les cendres encore brûlantes de Joy Division, avait dynamité la pop anglaise en investissant les pistes de danse. On entend aussi tout au long de cet album les réminiscences du post punk anglais des 80’s naissantes avec les guitares en fusion de Gang Of Four ou la raideur maladive de The Fall. Autant dire que l’héritage est lourd mais Sydney Minsky-Sargeant s’en sort bien plus qu’honorablement, labourant des sillons déjà entendus par ailleurs donc et pourtant inscrits dans le monde d’aujourd’hui.

Pour s’en persuader il suffit de jeter une oreille sur le monumental « Valleys » qui introduit l’album et en est peut-être le sommet absolu. Le titre débute par un beat électronique que l’on jurerait tiré de chez Kraftwerk avant de se réfrigérer. On entend dans cet immense titre tout ce qui a fait la gloire de « Madchester », de New Order aux Stones Roses en passant par Happy Mondays mais sur un versant sombre. Les claviers très années 80 inscrivent la chanson dans cette tradition pendant que des gimmicks électro la rattachent à 2020. C’est bien à une transe noire que nous convie « Valleys » emmenée par la voix grave et envoutante de Sydney Minsky-Sargeant dont on a peine à croire, en l’écoutant, qu’il n’a que 19 ans.

Mais ce n’est pas terminé car l’entrée en matière du disque est impressionnante avec le puissant « A.A.A.A » dont les beats vous assomment littéralement avant de vous propulser sur la piste de danse. Les cris d’orfraie qu’y pousse le chanteur indique assez bien la folie du morceau. Sur « John Cooper Clarke » des nappes de claviers dialoguent avec une guitare qui tricote ses enluminures pendant que la voix ténébreuse et obsédante débite de sombres paroles « One Day We’ll Die ». On pense au meilleur de LCD Soundsystem et on est surtout soufflé par la qualité générale de l’album.

Après cette triplette introductive, le disque maintient le cap. « White Rooms And People » balance sa rythmique funk chauffée à blanc sur un titre court et efficace alors qu’« Outside » porte bien son nom et fait prendre un peu d’air à l’album par ses sonorités plus vaporeuses et pop. En début de face B « Be My Guest » est un morceau hallucinatoire où les paroles scandées s’appuient sur un tapis de guitares noires et de claviers tourbillonnants. Le formidable « Tomorrow » est un tube en puissance avec sa ligne de basse noueuse, ses pointes adorables façon xylophone, son refrain hyper accrocheur et « Teeth », qui avance d’un air décidé, est aussi efficace qu’imparable.

On se serait bien passé par contre des douze minutes d’ « Angel » brouillon et peu inspiré et du plus anecdotique « Cook A Coffee » rock teigneux et frénétique mais ne boudons pas notre plaisir car si tout n’est pas parfait dans ce premier jet, il témoigne d’une urgence, d’une énergie qui emporte l’adhésion et s’inscrit dans une longue tradition tout en étant solidement ancré dans notre monde d’aujourd’hui. Un album plus que prometteur donc, un groupe dont on guettera les prochaines livraisons avec une certaine impatience.

Premier album Working Men's ClubÉcoutez des extraits du premier album du groupe anglais Working Men’s Club dans la programmation de Poptastic Radio.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


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