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The Madcap Laughs album culte de Syd Barrett sorti en 1970

rédigé par le 5 mai 2021

Roger Keith dit « Syd » Barrett, né à Cambridge, est un cas unique dans l’histoire du rock. Il appartient sans nul doute au club des losers magnifiques. Il est l’auteur du premier album du Pink Floyd, l’immense « The Piper At The Gates Of Dawn » (1967), somptueuse collection de titres psychédéliques dérivant à jamais dans l’espace et pièce maîtresse du groupe anglais et de son auteur.

Rien n’est à jeter ici depuis l’odyssée spatiale d’« Interstellar Overdrive » jusqu’à la diabolique « Lucifer Sam » et surtout pas l’incontournable « Astronomy Domine » peut-être un authentique « Space Oddity » avant l’heure. Barrett était déjà à l’œuvre sur les premiers singles du Floyd devenus cultes que sont « Arnold Layne » ou « See Emily Play ».

Mais les choses vont se gâter pour Syd Barrett. Son comportement devient de plus en plus erratique et sa consommation de LSD croît de manière exponentielle. Victime d’hallucinations, de pertes de mémoires, il devient totalement incontrôlable sur scène, ne jouant parfois qu’un seul accord ou même pas du tout. Les autres membres du Pink Floyd l’excluent du groupe durant les sessions de « A Saucerful Of Secrets » (1968) et David Gilmour est engagé comme guitariste. On connait la suite. Je me souviens d’un documentaire retraçant l’épopée du Floyd durant lequel Nick Mason ou David Gilmour je ne sais plus, raconte avoir mis plusieurs minutes avant d’identifier l’inconnu présent durant une session d’enregistrement d’un album du Floyd de la première moitié des 70’s comme étant leur pote Syd Barrett, tant celui-ci avait changé physiquement en très peu d’années.

Car la descente aux enfers de Syd Barrett ne faisait que commencer jusqu’à sa mort d’un cancer en 2006, il tombe dans l’oubli et retourne même vivre chez sa mère, sombrant plus ou moins dans la folie. Et pourtant, Barrett a acquis le statut rare d’artiste maudit et cultissime non seulement bien sûr à cause du chef d’œuvre «  The Piper At The Gates Of Dawn » mais aussi en raison de sa très courte carrière solo consistant en deux albums « The Madcap Laughs » (1970) et « Barrett » (1970).

La pochette de « The Madcap Laughs », le seul des deux albums que je possède est déjà en soi tout un programme. Prise chez Barrett à Londres, la pochette le montre ébouriffé, le regard invisible, dans une pose improbable, trônant tel un rapace inquiétant dans un intérieur à la fois nu et étrange en raison du parquet peint alternativement en orange et en noir. La femme nue du verso était la petite amie de Barrett à l’époque. Toute la folie de son auteur semble contenue dans cette pochette mythique. Quant à la double pochette intérieure en noir et blanc, elle évoque un délire psychédélique démultipliant l’image d’un Barrett toujours aussi barré.

Syd Barrett - The Madcap Laughs

L’album a acquis le statut de disque culte mais j’ai essayé de m’y plonger de façon objective oubliant si possible son auteur et le contexte de sa réalisation. Barrett a utilisé jusqu’à 5 producteurs. Trois sont crédités sur l’album : Malcom Jones mais aussi David Gilmour et Roger Waters sur deux titres, venus prêter main forte à leur ancien partenaire. Musicalement, le disque est assez différent de « The Piper At The Gates Of Dawn », beaucoup plus dépouillé et acoustique, construit autour de la guitare et de la voix de Syd Barrett malgré, j’y reviendrai, la présence de trois membres de Soft Machine sur deux titres. Cependant, et c’est une évidence dès la première écoute, on a à faire ici à un disque malade, l’œuvre d’un cerveau qui n’est pas tout à fait dans la même réalité que le commun des mortels. Il n’y a qu’à écouter cette voix hésitante, à la limite de la rupture et parfois au-delà, ces titres qui s’égarent dans des directions improbables. Tout ici n’est que fêlures, fragilité, maladresses. Mais c’est bien entendu ce qui justement fait le charme d’un album dans lequel il n’est pas facile de se sentir chez soi. « Barrett » son deuxième album n’est constitué paraît-il que d’overdubs rajoutés après les prises de Barrett seul tant il était devenu impossible de jouer en même temps que lui. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour déceler la grâce de certains des titres de « The Madcap Laughs », bien sûr inégal et mal fichu par certains aspects, mais aussi illuminé dans tous les sens du terme.

« Terrapin » qui ouvre l’album est une espèce de folk psychédélique au ralenti, sous sédatif. La guitare acoustique semble comme enregistrée dans sa cuisine et cette envoutante chanson d’amour envapée et satellisée permet d’entrer dans le monde de Syd Barrett. Elle possède un charme qui était déjà présent sur « The Piper… » mais comme si elle était décharnée, mise à nu. Immense titre, il agit comme un poison doux, s’infiltre, se diffuse à l’intérieur de nos têtes pour ne plus en sortir.

« No good trying » est le premier des deux titres avec le plus enjoué et presque à l’eau de rose « Love You » sur lequel jouent trois membres de Soft Machine dont Robert Wyatt et Mike Ratledge et c’est le meilleur des deux et un des sommets de l’album. Cette somptueuse déambulation psychédélique permet d’imaginer ce qu’aurait pu être un « The Madcap Laughs » un peu plus « habillé », l’orgue de Mike Ratledge tissant des sonorités d’une étrangeté fascinante. Quoiqu’il en soit, encore un très grand titre.

Sur « No Man’s Land » la voix de Barrett semble sur le point de se rompre, toujours à la limite de la justesse. Le titre s’égare un peu n’importe où en son milieu, Barrett murmure des mots difficilement compréhensibles pendant que la guitare psychédélise. « Dark Globe » ressemble plus à une démo qu’à un titre abouti. La folie de Barrett éclate ici alors que sur un « Here I Go » toujours aussi décharné, l’atmosphère est plus légère, presque joyeuse.

C’est au début de la face 2 qu’il faut aller chercher avec « Octopus » un autre sommet de l’album. Ses accents psychédéliques rappellent encore certains titres de « Piper At The Gates Of Dawn » ou peut-être encore plus les Beatles de « Sergent Pepper’s ».

Plus loin, après « Golden Hair », un poème de James Joyce mis en musique, on trouve la superbe et sombre « Long Gone » mais qui s’éclaircit sur le refrain. On ne peut qu’être (Syd)éré par la maladresse touchante de « Feel » et surtout par le faux départ et le chant à la limite de l’inaudible tant il est largué sur « If It’s In You », reflétant plus qu’à n’importe quel moment de l’album la folie à l’oeuvre chez Barrett. L’album se clôt sur un autre pic avec le très apaisé « Late Night ».

Ceux qui aime les sons très produits en seront pour leurs frais avec « The Madcap Laughs ». Inégal et mal fichu parfois, l’album recèle des moments de grâce absolue où le génie malade de Syd Barrett éclate au grand jour. L’apprécier demande un véritable effort, celui nécessaire pour apprivoiser ces titres bancals. Mais le jeu en vaut la chandelle car d’étrange, l’album devient touchant puis familier et nécessaire. Un album culte vous dis-je.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles

Album culte Syd Barrett - The Madcap LaughsÉcoutez des extraits de "The Madcap Laughs" dans la programmation de Poptastic Radio.


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