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Comme il est de coutume, en ce début d’« En 4ème vitesse » du mois de juin, remontons quelque peu dans le temps, quand les températures n’affolaient pas encore les thermomètres, quand l’été approchant n’engendrait pas la crainte de cette chaleur écrasante qui nous accable ces derniers jours.
Pensez qu’en juin 1966, Bob Dylan balançait l’immense « Blonde On Blonde », double album d’anthologie et un des sommets de l’oeuvre du Zim, suivi dans la foulée par « Freak Out ! », également double, des Mothers Of Invention, premier groupe de Frank Zappa et par « Wild Is The Wind » de Nina Simone, dont David Bowie reprendra le morceau-titre 10 ans plus tard sur l’album « Station To Station ». The Temptations et leur soul suave et groovy brillaient sur « Gettin’ Ready » alors que The Animals sur « Animalisms » reprenaient nombre de classiques blues et rock, avec la présence de Frank Zappa en tant qu’arrangeur. Par chez nous, si Jacques Brel avec « Ces Gens-Là » confirmait son statut de monument de la chanson, Jacques Dutronc sur « Et Moi, Et Moi, Et Moi » et Claude Nougaro avec « Bidonville » signaient chacun leur retentissant premier album.
En juin 1976, retranché dans la Kalakuta Republic, au cœur du quartier pauvre de Lagos, Fela Kuti & The Africa 70 publient « Ikoyi Blindness », Peter Tosh revendique « Legalize It », Herbie Hancock aurait des « Secrets » et Boney M fait danser la planète avec « Take The Heat Off Me ». Afrobeat, reggae, jazz-funk et disco brillaient au firmament. De son côté Rod Stewart passe « A Night In Town » alors que le toujours surprenant Alice Cooper « Goes To Hell ».
En juin 1986 il est impossible de passer à côté de Madonna tant son « True Blue » à la production clinquante a conquis la planète avec ses tubes imparables. Même chose avec Eurythmics dont le « Revenge », qui a mal vieilli, fait un carton à l’époque. Queen cherche « A Kind Of Magic », trouve le succès mais l’album n’a rien d’extraordinaire. Le succès, Phil Collins sait ce que c’est dans ces 80’s, que ce soit en solo ou avec Genesis sur un « Invisible Touch » multiplatiné tandis que George Michael est déjà prêt à s’envoler en solo juste après le dernier album de Wham ! « Music From The Edge Of Heaven ». Les succès artistiques sont cependant à chercher du côté d’And Also The Trees avec « Virus Meadow », de James avec « Stutter », des Spacemen 3 sur « Sound Of Confusion » et des Woodentops avec « Giants ». Mais l’album qui occulte tous les précédents, et de loin, est bien le chef d’oeuvre immortel des Smiths « The Queen Is Dead » avec la photo d’Alain Delon sur la pochette.
Juin 1996, Shawn Carter, alias Jay-Z, lance sa carrière avec « Reasonnable Doubt » devenu avec le temps un classique du rap. 1er album – éponyme – également pour Placebo qui rencontre un succès immédiat, pour Nada Surf avec « High / Low » porté par le single de power pop « Popular » et enfin pour les Écossais de Belle And Sebastian dont le merveilleux « Tigermilk » est en fait leur travail de fin d’études publié à seulement 1000 exemplaires. Par ailleurs des artistes déjà confirmés sortent un nouvel album en ce début d’été 96. C’est le cas de Dead Can Dance dont le somptueux « Spiritchaser » explore les sonorités Moyen-Orientales. Patti Smith fait son retour 8 ans après son précédent album avec « Gone Again » pendant que Beck, avec « Odelay », confirme tous les espoirs placés en lui.
En juin 2006, Midlake, dont il est question dans un « En 4ème vitesse » passé, livre avec « The Trial Of Van Occupanther » un disque d’une beauté absolue qui n’a pas pris une ride. Sur « Rather Ripped », son 15ème album, Sonic Youth démontre qu’ils n’ont rien perdu de leur créativité, Elvis Costello s’associe avec Allen Toussaint sur « The River In Reverse ». Enfin The Divine Comedy revient sur un mode mineur avec « Victory For The Comic Muse ».
Enfin, en juin 2016, Gojira sortait « Magma » auquel je préfère de tellement loin (j’ai pas tenu 2 titres!) Blood Orange de Devonte Hynes qui, avec « Freetown Sound », touchait la grâce par l’épure ou encore le folk hanté d’Emily Jane White sur « They Moved In Shadow All Together ».

« The Queen Is Dead » est un album somme, générationnel, quintessence de l’art des Smiths, il porte la pop anglaise à son zénith et bouleverse à la fois par les compositions, toutes sublimes, la voix de Morrissey, les arpèges de Johnny Marr et la modernité des paroles. Je ne peux que conseiller ceux qui ne le connaissent pas de se jeter dessus, envieux de cette découverte qui les attend. En extrait plus-que-parfait « The Boy With The Thorn In His Side ».

Si Radiohead semble toujours être à l’arrêt depuis « A Moon Shaped Pool » (2016), ce n’est absolument pas le cas de ses membres qui multiplient les projets en solo ou accompagnés. J’ai déjà parlé ici de Thom Yorke, on sait à quel point Jonny Greenwood est prolifique notamment en tant que compositeur de musiques pour le cinéma, son frère Colin a rejoint les Bad Seeds de Nick Cave sur le dernier album et la tournée et Phil Selway a déjà publié 3 albums.
Le guitariste Ed O’Brien, homme de l’ombre mais ô combien essentiel dans la fabrication du son du quintet d’Oxford, avait déjà publié un album en 2020 « Earth » que j’avoue ne pas connaitre. Il revient donc ici avec son 2ème essai « Blue Morpho » qui (je me suis renseigné) est le nom d’un grand papillon bleu d’Amérique Latine considéré comme un symbole de renaissance, de changement.
En en effet, O’Brien se relevant d’une dépression, cet album représente une vraie renaissance à la fois personnelle et artistique. À la fois méditation musicale intime et parcours onirique, « Blue Morpho » se révèle captivant dès la première écoute. L’album est court (38 minutes) et ne comporte que 7 morceaux que leur auteur a mis 4 ans à peaufiner. Ce n’est pas du rock, pas de la pop mais certaines ambiances rappellent Radiohead dans la recherche des sons, d’atmosphères envoutantes, de boucles hypnotiques. O’Brien s’est bien entouré pour cet album. Paul Epsworth est à la production, Phil Selway joue sur plusieurs morceaux et le Talinn Chamber Orchestra enrobe le tout dans des arrangements de cordes somptueux. On découvre également avec émerveillement la voix d’Ed O’Brien qui se révèle un chanteur de haute tenue. Rien de tel que les 7’40 » d’ « Incantations » pour prendre le pouls de « Blue Morpho ». Un morceau comme un trip, comme un rêve ascensionnel.
Les bruits d’oiseaux de « Blue Morpho » sont suivis de cordes en amples mouvements de houle, puis des strates de voix et de synthés se superposent sur un rythme de batterie d’une légèreté soyeuse. « Sweet Spot » est un peu dans la même veine, apaisée et rattachée au sol par la voix sobre d’Ed O’Brien et n’est pas sans rappeler le Radiohead de l’époque « OK Computer » (1997). « Teachers » tranche nettement avec le reste de l’album avec sa basse chaloupée et son rythme hypnotique.
O’Brien dit vouloir avoir voulu retrouver à travers ce morceau les sensations éprouvées lors d’un trip aux champignons hallucinogènes. « Solfeggio » et « Thin Places » sont des morceaux beaucoup plus courts qui explorent des sonorités ambient. « Thin Places » est construit autour des flutes de Shabaka Hutchings qui semblent des souffles de vent. Enfin l’album se termine sur le tropical « Obrigado », dont les percussions, les voix, les bruits électroniques nous plongent dans une jungle luxuriante.
Les inconditionnels de Radiohead seront emballés, ceux qui aiment sortir des sentiers battus seront emballés, je suis emballé par ce « Blue Morpho » inattendu.

Qui aurait pu penser qu’en 2026, Paul McCartney sortirait encore des albums ? Paulo semble avoir trouvé la formule de l’éternelle jeunesse. À 83 ans, il a toujours cette lueur d’adolescence dans les yeux, cette flamme malicieuse qui fait que jamais on n’a eu l’impression ni qu’il se prenait au sérieux ni qu’il aurait pris la grosse tête en tant que plus grand génie de la pop de tous les temps. Non Macca se contente de faire ce qu’il a toujours fait : écrire des chansons, faire des albums sans que cela puisse paraître ringard.
« The Boys Of Dungeon Lane » n’est pas un chef d’oeuvre, il n’atteint pas le niveau de l’exceptionnel « Chaos And Creation In The Backyard » (2005) – le plus grand disque solo de Paul – il contient quelques titres un peu plan-plan mais il recèle aussi de formidables mélodies et à aucun moment on ne se dit que ce serait l’album de trop. C’est celui d’un artiste qui a encore des choses à dire, des mélodies à livrer, qui est toujours capable de nous émouvoir comme sur la somptueuse ballade à la nostalgie poignante qu’est « Days We Left Behind ». Sur une guitare acoustique, McCartney retrouve ici la simplicité des mélodies qui ont fait sa gloire tout en se replongeant dans le passé de son enfance au bord de la Mersey, à Liverpool. La voix a faibli, semble parfois fragile mais n’en est que plus touchante quand elle évoque ce temps qui ne reviendra jamais « Rien ne peut récupérer / Nothing can reclaim / Les jours que nous avons laissés derrière nous / The days we left behind ».
Sur l’album, comme il est de coutume désormais, McCartney joue de tous les instruments ou presque. Sur « As You Lie There » qui ouvre le disque, on retrouve l’esprit des Wings, le morceau, soufflant le chaud et le froid, constitue une des réussites de l’album.
« Down South » se suffit à elle-même, Paul y racontant, accompagné d’une guitare acoustique, les trajets qu’il faisait avec George Harrison, parlant de guitares et de rock. « Never Know » tient également très bien la route, « Home To Us » est un duo entrainant avec l’ami Ringo Starr, le plaisir tient plus de ces retrouvailles que de la qualité intrinsèque de la chanson. La charmante « Life Can Be Hard » a la saveur sucrée certifiée « Old England ».
Les deux derniers titres de l’album, « Salesman Saint » et « Momma Gets By » sont poignants. McCartney y parle de ses parents et en particulier de sa mère « My mother was a saint / Ma mère était une sainte / Working every God-given minutes / Travaillant chaque minute que Dieu lui avait donnée / To make enough to pay for rent / Pour gagner assez pour payer le loyer » qui aimait son père malgré tous ses défauts. Il est très émouvant d’entendre cet homme de 83 ans, qui a tout réussi, qui a changé la face de la musique, rendre ainsi hommage à ses parents issus d’un milieu où les fins de mois étaient difficiles.
« The Boys Of Dungeon Lane » est parfois paresseux, parfois émouvant mais il emporte l’adhésion parce que c’est Paul McCartney, parce que nous avons la chance qu’un des deux derniers Beatles continue de créer, que ça ne durera pas éternellement, qu’il faut bien s’y faire et qu’il n’y a qu’une chose à dire : « Merci pour tout ! ».

Death Cab For Cutie est un groupe énorme au USA, et assez confidentiel chez nous. Pourquoi ? Mystère, tant la production du groupe de Benjamin Gibbard est irréprochable depuis maintenant presque 30 ans. Je les ai découverts avec l’album « Plans » (2005), ébloui par la qualité des chansons, la subtilité des arrangements, des poussées de fièvre qui parfois rendaient ces titres intenses mais aussi par des mélodies sublimes magnifiées par la voix de Gibbard. Death Cab For Cutie ne déçoit jamais et ce n’est pas avec « I Built You A Tower », 11ème album des Américains que cela risque de se produire. Dès le premier titre « Full Of Stars », les frissons sont au rendez-vous. Cette sublime balade acoustique renferme tout ce qu’on aime chez Gibbard, la simplicité d’une mélodie et d’arrangements artisanal, une voix qui touche au cœur. Le reste de l’album sera au diapason et un des sommets de la discographie du groupe.
Il n’y a pas grand-chose à jeter parmi ces « Punching The Flowers » bouillant d’électricité, « How Heavenly A State » tendu comme un arc, « Trap Door » qui fait une incursion réussie vers des rythmiques krautrock. « Pep Talk » est une immense chanson pop, pleine de fièvre telle que U2 ne sait plus en faire depuis 30 ans, « Stone Over Water » est plus classique mais emporte quand même l’auditeur dans un refrain enflammé. Tout est impeccable jusqu’à l’impressionnant mur du son que fait entendre « I Built You A Tower (B) » en toute fin d’album.
Vous pouvez y aller les yeux fermés (mais oreilles ouvertes!), « I Built You A Tower » est un disque qui vieillira bien, qui se situe au-dessus de 90% de la production actuelle sans enfumage, sans poudre aux yeux, juste avec des chansons irréprochables qui vont vous rentrer en tête pour longtemps.

J’ai encore échoué ! Pourtant je vous promets que j’ai essayé, que j’y ai mis de la bonne volonté mais non, encore une fois, je n’ai pas pu écouter le nouvel album de Muse en entier d’une seule traite. Alors j’ai recommencé, par petits bouts, et là encore, échec lamentable, même à l’échelle d’une chanson mes lacunes se sont révélées indépassables. Que de difficultés pour en écouter une du début à la fin! Il va vraiment falloir que je travaille cet aspect-là, il n’est pas possible que je continue à écrire des critiques d’albums dans ces conditions.
Cependant à ma décharge, Matt Bellamy et les siens n’y sont encore une fois pas allés avec le dos de la cuiller comme on dit. Direction l’espace avec « The Wow ! Signal » dont le titre fait référence à un mystérieux signal radio reçu en 1977 dont l’origine n’a toujours pas été établie, donnant naissance à tout un tas de théories toutes plus délirantes les unes que les autres. Au menu : toujours plus, plus, plus. Le premier titre « The Dark Forest » est à ce titre significatif tant il semble gonflé aux hormones transgéniques pour en faire une espèce de monstre boursouflé où voix poussée au maximum, riffs lourdingues, choeurs emphatiques, batterie au marteau-piqueur se superposent pour un résultat qui vous envoie directement rendre votre repas.
Le single « Nightshift Superstar » est d’un mauvais goût pénible au bout de 30 secondes et je ne parle même pas de la balade « Shimmering Scars » indigeste au possible. « Be With You » ressemble à du Coldplay trop lourd, c’est dire la catastrophe, « The Sickness You And I » a des intonations metal mais sait varier les ambiances et se sauve sur le fil. « Unravelling » est une torture humainement insupportable et « Hexagons » est totalement pollué par le chant emphatique de Matt Bellamy.
Il faut attendre le dernier titre « Space Debris » pour qu’enfin la baudruche se dégonfle, et que ce titre en quasi apesanteur fasse tendre l’oreille enfin sur ses 4 premières minutes car, chassez le naturel il revient au galop, l’ami Matt ne pourra pas s’empêcher d’envoyer la sauce à la fin.
Désolé pour les fans de Muse, je le répète, j’ai essayé mais non vraiment je n’y arrive pas.
Il est temps de se quitter. Rendez-vous pour les sorties de juillet, toujours « En 4ème vitesse ».
Pour patienter n’hésitez pas à aller écouter la playlist de cet article ici :
Par :
Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.
Écrit par: Billars Christophe
Une playlist nocturne mêlant ballades rock et titres plus posés, idéale pour accompagner les nuits, les moments calmes et les ambiances introspectives.
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