En 4ème vitesse

La sélection des albums du mois d’août 2026

today1 septembre 2026 15

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En 4ème vitesse – Les albums sortis en août 2026

Bienvenue dans ce 2ème « En 4ème vitesse » estival, moins fourni en grosses pointures que le mois dernier, mais pas moins passionnant pour autant. Les sorties ont été nombreuses en ce mois d’août et faire une sélection ne fut pas une mince affaire. Il est donc encore temps de faire le plein de musique avant de retourner au boulot ou sur les bancs des lycées et universités, histoire de faire passer la pilule. Un bon album a des vertus curatives et agit sur le moral alors n’hésitons pas.

Mais tout d’abord, explorons comme de coutume les mois d’août des années en 6 passés.

Non pas que les autres albums soient mauvais – loin de là – mais en ce mois d’août 1966 il y en a un qui les éclipse tous et qui d’ailleurs éclipsera jusqu’à aujourd’hui une très grande partie de la production musicale. Album fondateur de la pop moderne, « Revolver » voit les Beatles faire leur révolution et tuer le game pour toujours. Leur meilleur album ? Impossible à dire tant la suite sera également stratosphérique. Et pourtant le reste des sorties du mois n’était pas de la gnognotte, jugez plutôt. Wilson Pickett avec « The Exciting Wilson Picket », The Supremes et « The Supremes A’Go-Go » sur lequel on retrouve le fameux « You Can’t Hurry Love » repris bien plus tard par Phil Collins, Donovan avec « Sunshine Superman », The Everly Brothers traversent l’Atlantique sur « Two Yanks In England », le blues de John Lee Hooker brille sur « … And Seven Nights » et la soul d’Aretha Franklin également avec « Soul Sister ». On n’oubliera surtout pas « Portrait » le 2ème album de The Walker Brothers ainsi que le Jefferson Airplane avec « Jefferson Airplane Takes Off ». Mais le coup de « Revolver » était déjà parti.

En août 76, le groupe Boston originaire de … Boston sort son premier album nommé … « Boston » fondateur d’un rock FM archiproduit et souvent indigeste. Je lui préfère largement les anglais de Hawkind sur leur 6ème album « Astoundings Sounds, Amazing Music ». Frank Zappa apparaît sur « Good Singin’ Good Playin’ » du Grand Funk Railroad qui n’a rien de funk alors que James Brown sur « Get Up Offa That Thing » ne fait que ça. Burning Spears déroule son reggae alangui sur « Man In The Hills » et il y a du beau monde en studio pour l’enregistrement du 4ème album solo d’Eric Clapton « No Reason To Cry » : The Band, Ron Wood, Bob Dylan. Enfin saluons le 2ème album de Jonathan Richman et ses Modern Lovers aux intonations parfois annonciatrices du punk.

En août 86, un album domine également le peloton de la tête et des épaules, c’est « Graceland » de Paul Simon. Chef d’oeuvre de métissage entre le songwriting exceptionnel de son auteur et la musique Sud-Africaine, « Graceland » est immortel. Ce mois-là Ben Watt et Tracey Thorn nous caressent l’oreille au sein d’Everything But The Girls avec « Baby, The Stars Shine Bright » tout comme Crowded House avec le tube « Don’t Dream Is Over » extrait de leur 1er album éponyme. Sur les pistes de danse, Jimmy Sommerville et ses Communards règnent en maîtres avec les tubes survitaminés de leur 1er album « Communards ». Nick Cave & The Bad Seeds s’essayent aux reprises vénéneuses sur « Kicking Against The Pricks » et Motörhead fait du Motörhead sur « Orgamastron ». Aux US, Huey Lewis And The News ne font de mal à personne sur « Fore ! » ce qui n’est pas le cas de Bon Jovi sur « Slippery When Wet » et de Toto avec « Fahrenheit » qui concentrent à eux seuls le pire de la production musicale Outre Atlantique.

En août 96, les rappeurs André 3000 et Big Boi obtiennent au sein d’OutKast un succès mérité avec « ATLiens » tout comme Eels avec son très bon premier album « Beautiful Freaks ». Tricky s’entoure de Björk, Neneh Cherry, Martina Topley-Bird et destructure sa musique sur « Nearly God ». Aux USA, au classicisme de Pearl Jam sur « No Code », je préfère nettement le je m’en foutisme de Sebadoh avec « Harmacy ».

En août 2006, Charlotte Gainsbourg s’entoure de Neil Hannon, Jarvis Cocker et Air pour son meilleur album « 5:55 » et le duo New-Yorkais de musique électronique Ratatat sort « Classics » son 2ème album. Je suis un grand fan de « Game Theory », fantastique album du groupe de rap de Philadelphia The Roots, qui se distingue en jouant de vrais instruments sur scène et en samplant leurs propres échantillons. Par ailleurs de grosses pointures sortent un nouvel album : Motörhead encore avec « Kiss Of Death », les pénibles Iron Maiden avec « A Matter Of Life And Death » mais l’excellente surprise vient surtout de Bob Dylan qui, avec le génial « Modern Times » redonnait un nouvel élan à sa carrière et inaugurait une de ses périodes créatives les plus fertiles.

Nous voici enfin en août 2016 alors que sort le superbe 2ème album de Frank Ocean « Blonde ». Le rock inclassable, sauvage et sans concession des Thee Oh Sees fait feu de tous bois sur « A Weird Exits » tandis que celui de New Model Army dans « Winter » explore les coins les plus sombres. De La Soul effectue son retour réussi sur « And The Anonymous Nobody… » alors que Cass McComb sur « Mangy Love » déroule son folk rock apaisé et superbe.

paul simon graceland

Comme tous les mois, à priori impossible d’isoler un album voire un titre de toutes ces sorties aoutiennes. Tout le monde connait « Revolver » alors laissons la place à un autre disque. « Graceland » est un album essentiel, fondateur, un chef d’oeuvre immortel que son auteur Paul Simon a publié en 1986. Passionné par les musiques des townships sud-africains, alors sous le régime d’Apartheid, il part à Johannesburg et s’entoure des musiciens noirs locaux pour enregistrer ses chansons composées en anglais. Le résultat est époustouflant, fruit d’un mariage idéal entre l’écriture de Paul Simon et des musiciens sud-africains dont le talent est soudain mis en lumière pour le monde entier. Album fondateur de la world music, il permet à des univers sonores très éloignés de se rencontrer, de se fondre pour le meilleur sans pour autant que les thèmes abordés soient politiques ou engagés. Là est peut-être la force supérieure du disque. « Graceland » est un chef d’oeuvre absolu, des centaines d’écoutes ne l’épuisent pas.

Album du mois : Westside Cowboys – It Goes On

westside cowboys – it goes on

Il y a des albums dont on sait à la première écoute qu’on va avoir envie de les remettre au début encore et encore. L’Angleterre a tout de même le secret de fabrication de ces groupes inconnus qui livrent un premier album détonnant aux airs de classique instantané, immédiatement familier. Dès « Kick Stones (The Boys) », jouissif premier titre de l’album « It Goes On » des Westside Cowboys, on grimpe aux rideaux. Deux guitares fières comme Artaban, une basse, une batterie, trois voix masculines et une féminine qui se répondent, se superposent et la cavalcade commence. On comprend dès lors en quoi cette musique correspond parfaitement au nom du groupe qui, s’il est bien originaire de Manchester, évoque évidemment les USA, les grands espaces. Et ce rock des Westside Cowboys laisse entrer de grandes bouffées d’air pur en son sein, avale d’immenses étendues à un rythme soutenu, ouvre l’horizon comme si la campagne anglaise rencontrait des paysages de western. Je pense aussi à ces groupes des années 80/90 de la scène Néo-Zélandaise comme The Bats ou The Chills qui avaient aussi en leur temps battu les mêmes sentiers.

L’album suit à peu près la même direction tout au long des 11 titres qu’il comporte. En 35 minutes tout est plié, et nous venons de prendre une grande bouffée d’air frais. Westside Cowboys joue la tête haute des chansons simples et efficaces et revendique ce grand écart entre les deux côtés de l’Atlantique puisqu’eux mêmes définissent cet album comme de la « Britainicana ». On ne peut que leur donner raison tant ces grandes chevauchées que sont « Paperchains », « Worried Age » ou encore « Coyote » donnent envie de prendre le large.

Lambchop – Punching The Clown

lambchop – punching the clown

Kurt Wagner est le seul membre permanent de Lambchop, groupe dont il est difficile de définir la musique tant, depuis « I Hope You’re Sitting Down » (1994), il a su intégrer à sa country folk un peu bancale des éléments venus d’autres genres, que ce soit des cordes, des arrangements soul ou dernièrement sur « The Bible » (2022) de l’électronique et de l’autotune. Originaire du Tennessee, Wagner raconte que l’idée de ce nouvel album « Punching The Clown » est née d’une chanson entendue dans une station-service de Nashville construite autour d’un accord de banjo et de choeurs qui lui répondent. Ce titre l’obsède et le met sur la piste d’un genre oublié né en Écosse au 19ème siècle nommé le « lined-out singing ». Il s’agit d’une musique basée sur un chanteur solo qui place la mélodie et d’un choeur qui lui répond. Ce genre traversera l’Atlantique et deviendra l’un des fondements du folk américain.

« Punching The Clown » est donc un recueil de titres qui s’inspirent de ce morceau entendu à la radio. Sur des titres folk, accompagné d’une guitare, d’un banjo confié à Justin Vernon alias Bon Iver, de quelques percussions éparses et parfois d’effets électroniques inattendus ou du sample d’un rappeur sur « Just West Of Nicollet », Kurt Wagner chante de sa voix nasale et des voix en choeurs viennent enrober ces titres de façon somptueuse.

Kurt Wagner chante au ralenti une Amérique parfois étrange, décalée, hors des sentiers battus. Sur « Cigar », il en profite pour évoquer le climat fasciste de l’Amérique trumpienne « Here’s to the health of the migrant worker / Singing un-american tunes / À la santé du travailleur migrant / Qui chante des airs jugés anti-américains ». On a ainsi une petite idée de qui pourrait être ce clown que le titre de l’album invite à frapper.

Il faut prendre le temps d’apprécier les beautés de ces chansons qui ne jouent pas l’esbrouffe, qui ne la ramènent pas mais s’insinuent au plus profond pour toucher l’auditeur à l’instar de ce « Stella » et ses choeurs quasi célestes.

Weezer – The Gold Album

weezer – the gold album

Bleu, vert, rouge, blanc, noir, bleu sarcelle et maintenant doré. C’est bien connu les albums de Weezer se nomment d’après la couleur dominante de leur pochette, en tous cas pour la plupart d’entre eux. Après plus de 30 ans d’existence, des tubes en pagaille, Rivers Cuomo et sa bande visent donc l’or.

Musicalement, ne vous attendez à aucun bouleversement. Weezer s’est formé en Californie au début des 90’s, influencé par les Pixies et tout le rock alternatif de l’époque. Le groupe s’est forgé un son reconnaissable quelque part entre la power pop et un punk rock ultra mélodique. Les guitares font tout le boulot alternant riffs heavy et envolées pop. La voix de Rivers Cuomo se balade sur ce tapis sonore. En un mot Weezer sonne plus Weezer que jamais avec une efficacité jamais démentie tout au long des 10 titres et 32 minutes chrono que dure ce « Gold Album ».

Bien entendu, on peut rechigner devant un groupe qui creuse éternellement le même sillon mais l’ensemble sonne merveilleusement bien et l’énergie qui se dégage des chansons balaie les dernières réticences à l’image de ce « Say Yes » aux multiples changements de braquets et au riff de guitare d’une puissance ET d’une finesse inouïes.

Jungle – Sunshine

jungle – sunshine

C’est lors d’un concert mémorable sur le rooftop du Sucre à Lyon en 2014 que j’ai découvert Jungle à l’occasion de la sortie de leur premier album éponyme. J’en garde le souvenir d’une ambiance de boite de nuit de la fin des années 70, avec boule à facettes, enflammée par le groove de ces super musiciens. Au menu un funk mâtiné de soul, des basses énormes, des choeurs fiévreux assuraient alors un succès mérité avec des tubes plus-que-parfaits tels « The Heat ». Le duo britannique composé de Tom McFarland et Josh Lloyd-Watson plongeait dans les 70’s pour les moderniser avec talent.

Depuis, Jungle aligne les albums en déclinant les couleurs sur des pochettes identiques marquant ainsi la continuité sonore de leur contenu. La palette musicale s’est un peu élargie, le groupe est peut être devenu moins dansant mais puise toujours son inspiration dans ces 70’s joyeuses et festives.

Ce 5ème album intitulé « Sunshine » porte sans aucun doute son titre à merveille. C’est l’album idéal pour siroter un ou plusieurs cocktails au coucher du soleil assis en terrasse face à la mer. La musique dessine un sourire sur les visages, les pieds tapent en rythme et les têtes ondulent en cadence. On se sent bien, c’est un album « feel good » parfaitement joué, interprété et produit. Le groove sensuel est toujours là, les choeurs soul, les basses rondes, sans que rien ne dépasse. Une nouveauté cependant, l’ensemble est baigné de rythmes brésiliens lascifs, des airs de bossa donnent à l’ensemble cet aspect sensuel et estival. La chanteuse Lydia Kitto s’est jointe au duo de départ et assure les parties vocales avec brio.

Son côté estival, sans prise de tête est aussi la limite de « Sunshine ». Agréable d’un bout à l’autre, il est cependant trop lisse pour laisser une trace mémorable, autre chose que le sentiment d’avoir passé un très bon moment, comme une soirée d’été sans soucis.

Mais les vacances sont finies, il est temps de reprendre le train-train quotidien. Heureusement la musique, elle, ne s’arrête jamais. Le dernier album d’Interpol par exemple est déjà dans les bacs. Je vous en donnerai un aperçu parmi d’autres dans le « En 4ème vitesse » de septembre. D’ici là, portez-vous bien.

Par :

  • Christophe Billars

    Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.

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Écrit par: Billars Christophe

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