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Turnstile : le hardcore qui ose respirer large

today4 septembre 2026 24

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Turnstile arrive du hardcore, mais refuse d’en rester aux recettes

Turnstile s’est formé à Baltimore, dans le Maryland, au début des années 2010. Le groupe est alors identifié à la scène hardcore locale, un réseau de salles, de labels et de groupes où les morceaux sont courts, les concerts très physiques et les codes assez stricts. Son premier EP, « Pressure to Succeed », paraît en 2011. Deux ans plus tard, « Step 2 Rhythm » confirme un groupe capable d’aller droit au but sans se perdre dans la démonstration technique.

Cette période compte, parce qu’elle explique ce que Turnstile a conservé par la suite : des compositions ramassées, une voix placée au plus près du rythme, des changements de direction rapides et une attention particulière à l’efficacité collective. On retrouve déjà Brendan Yates au chant, Franz Lyons à la basse, Daniel Fang à la batterie et Pat McCrory à la guitare. Le guitariste Sean Cummings, présent aux débuts du groupe, a quitté la formation avant la sortie de « Glow On ».

Le premier album, « Nonstop Feeling », sort en 2015 chez Reaper Records. Il dure moins d’une demi-heure, ce qui correspond à l’économie habituelle du hardcore, mais plusieurs morceaux débordent déjà du cadre attendu. Les titres ne reposent pas uniquement sur le rapport entre accélération et arrêt net. La basse joue davantage, les refrains s’installent, et certains passages laissent apparaître un goût pour les rythmes plus souples.

Avec « Time & Space », publié en 2018 par Roadrunner Records, le groupe affine cette direction. Le disque reste frontal, notamment sur « Real Thing » ou « Moon », mais la production de Will Yip apporte plus de relief aux guitares et à la basse. L’album annonce la suite sans la résumer : les repères du hardcore sont toujours là, mais Turnstile commence à organiser ses morceaux autour d’un groove plus lisible.

« Glow On », le disque qui a donné une autre audience au groupe

Sorti le 27 août 2021, « Glow On » est le troisième album de Turnstile. Il est produit par Mike Elizondo, connu notamment pour son travail avec Dr. Dre, Fiona Apple, Twenty One Pilots et Avril Lavigne. Brendan Yates est également crédité à la production. Cette association est révélatrice : le groupe conserve les réflexes de sa scène d’origine tout en travaillant ses arrangements avec une ambition plus large.

Les morceaux les plus connus du disque donnent une idée assez claire de cette évolution. « Mystery » repose sur une progression simple, portée par un refrain que l’on retient dès la première écoute. « Holiday » avance sur un motif de guitare compact et une ligne de basse très présente. La chanson ne cherche pas à multiplier les idées : elle garde le même élan pendant un peu plus de deux minutes, avec un refrain construit pour être repris sans que le titre perde sa tension.

Sur « Blackout », le groupe revient à une forme plus brève et plus sèche. Le morceau dure moins de deux minutes. Il condense un riff, une batterie très serrée et une succession de relances qui ne laisse pas le temps de s’installer. À l’autre extrémité du disque, « Alien Love Call », enregistré avec Blood Orange, suspend presque complètement la violence habituelle du groupe. La voix de Devonté Hynes apparaît sur une instrumentation plus diffuse, sans que la parenthèse semble ajoutée pour cocher une case “expérimentale”.

Cette variété a beaucoup compté dans la réception de « Glow On ». L’album a permis à Turnstile de circuler dans des médias et des festivals qui regardaient peu le hardcore contemporain. Il a aussi montré qu’un groupe venant de cette scène pouvait écrire des refrains populaires sans modifier son accent, son vocabulaire ni sa manière d’occuper l’espace sur scène.

La basse de Franz Lyons, un élément central

Dans de nombreux groupes hardcore, la basse double les guitares ou se fond dans leur masse. Chez Turnstile, Franz Lyons intervient plus volontiers comme un second moteur rythmique. Son jeu apporte une élasticité que les guitares seules ne produiraient pas. Dans « Holiday », elle accompagne les changements de dynamique et donne au morceau son balancement particulier.

Cette place de la basse explique en partie pourquoi certains morceaux de Turnstile se prêtent aussi bien à l’écoute qu’au concert. Le public peut suivre le riff, mais il peut aussi s’accrocher au rythme. 

Le batteur Daniel Fang complète ce fonctionnement avec un jeu très précis dans les relances. Il ne cherche pas à remplir systématiquement les espaces. Sur plusieurs titres de « Glow On », les changements de caisse claire, les accents de cymbales et les interruptions très brèves réorientent le morceau mais évite de passer par de grands changements d’arrangement.

Le rapprochement avec The Police concerne surtout le rythme

C’est vrai qu’en écoutant « Seein’ Stars« , on ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec « When the World Is Running Down, You Make the Best of What’s Still Around » de l’album « Zenyatta Mondatta » sorti en 1980. Pourtant, le lien entre Turnstile et The Police ne relève pas d’une ressemblance évidente de style. C’est clair. The Police, formé à Londres en 1977 par Sting, Andy Summers et Stewart Copeland, a bâti son répertoire sur une rencontre entre rock, punk, reggae et pop. Turnstile, lui, vient du hardcore américain. Les deux groupes n’ont ni le même son, ni la même histoire, ni le même rapport au chant.

Le parallèle devient plus intéressant lorsqu’on écoute le rôle du rythme. Chez The Police, la basse de Sting et la batterie de Stewart Copeland évitent souvent la pulsation carrée attendue dans le rock de l’époque. « Walking on the Moon » doit beaucoup à son espace et à son tempo posé. Dans « Roxanne », la batterie multiplie les accents et les contretemps sans alourdir l’ensemble. Andy Summers intervient fréquemment avec des accords espacés, des arpèges ou des motifs qui laissent entendre la section rythmique.

Sur certains titres de Turnstile, l’effet n’est pas identique, mais l’idée de laisser le rythme conduire le morceau se retrouve. « T.L.C. (Turnstile Love Connection) », par exemple, repose moins sur une démonstration de puissance que sur la relation entre basse, batterie et guitare. La chanson avance avec une souplesse inhabituelle dans le hardcore. Elle garde une attaque nette, mais son intérêt se situe dans la façon dont les instruments se répondent.

La comparaison s’arrête là où il faut : Turnstile ne cherche pas à refaire le reggae blanc de la fin des années 1970, pas plus que The Police n’aurait pu annoncer le hardcore de Baltimore. En revanche, les deux groupes partagent une attention au placement. Un morceau gagne parfois davantage à déplacer un accent, retirer une guitare ou mettre la basse au premier plan qu’à ajouter une couche supplémentaire.

Une esthétique qui dépasse le format du disque

Turnstile a accompagné « Glow On » d’un travail visuel cohérent. Le film « Turnstile Love Connection », réalisé par Brendan Yates, rassemble plusieurs morceaux de l’album dans un format plus proche du court métrage que d’une suite de clips classiques. On y retrouve « Holiday », « Mystery », « No Surprise » et « T.L.C. (Turnstile Love Connection) ».

Le choix de ce format correspond à la manière dont le groupe présente sa musique. Les chansons sont associées à des images, à des mouvements de skate, à des lieux, à des scènes de groupe et à une palette de couleurs immédiatement identifiable. Cela a largement participé à l’élargissement de son public, notamment auprès d’auditeurs qui ne fréquentaient pas la scène hardcore.

Ce travail prolonge incontestablement les morceaux. Les clips donnent à voir une formation qui pense aussi à cette fameuse durée d’attention du monde dans lequel on vit, celle des réseaux sociaux et des plateformes musicales sur lesquels on zappe les morceaux à la vitesse de la lumière.

Pourquoi Turnstile compte dans le rock actuel

Turnstile n’a pas vraiment inventé le mélange entre hardcore, mélodie et groove ! Des groupes ont emprunté cette voie avant lui, parfois depuis les années 1980. Sa particularité tient à la clarté de ses chansons et à sa capacité à toucher plusieurs publics sans chercher à rendre son histoire plus acceptable ou plus lisse.

Les meilleurs titres de « Glow On » restent très identifiables après une écoute. Ils possèdent des refrains, des motifs de guitare et des lignes de basse qui reviennent facilement en tête. Ils gardent aussi une part d’inconfort, de vitesse et de rupture héritée du hardcore. C’est probablement cette coexistence qui rend le disque durable.

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Écrit par: Poptastic Radio

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