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La sélection des albums sortis en août 2025

Écrit par Christophe Billars le 3 septembre 2025

"En 4ème Vitesse" - Les Albums Sortis En Août 2025

Je n'ai à vrai dire jamais vraiment su comment le prononcer ce mois d'août. Il semble y avoir deux écoles : celle du mois d'aoû (t) adepte de la consonne finale muette - qui laisse un goût d'inachevé mais promettant un mois doux – et celle, la mienne, du mois d'aoûT, au « T » bruyant. Cette dernière, si elle a l'avantage de mieux sonner – c'est essentiel en musique – introduit une légère confusion car en effet tout d'un coup, le mois doute. Choisissez votre camp. Je doute personnellement en ces temps caniculaires qu'août soit doux mais laissons-là cette question.

Les artistes bien entendu, ont été inspirés par ce mois estival. Passons très rapidement sur le « Paris En Août » de Santa, une pénible purge variétoche pour nous élever de plusieurs crans avec Jacques Higelin, pourtant pas ma tasse de thé, et son « Août Put » tirée de l'album « Coup De Foudre » (2010) dans laquelle il laisse dériver sa folie, cherchant à échapper à l'enfer touristique de la Côte D'Azur « Week-end du quinze août, raz-d'marée migratoire / Ruée dans les embouts, plongée kamikaze dans les gaz / Toxiques, avalanche de scoops, avalanche de scoops / Alerte orange, alerte rouge, c'est la pagaille, le foutoir ». Eddy De Pretto, toujours pas ma tasse de thé, s'inquiète de son côté, un poil ironique, dans « Neige En Août », de l'état du monde sur l'album « À Tous Les Bâtards » (2021 : « Sens-tu qu'on est pleins à être dans le doute ? / Regarde ce matin tout va bien / Il y a de la neige en août ». Barbara quant à elle, amère et ironique dans « Paris 15 Août » extrait de « Barbara Chante Barbara » (1964), voit son amant partir en vacances dans sa famille « Je t'imagine et je devine / Que pour moi, mon amour, tu t'inquiètes / Je sais bien que, parfois, tu t'embêtes / Avec ta famille, en Espagne ».

Changeons de langue. Dès lors août devient « August » et aussi un joli titre acoustique de Taylor Swift sur l'album « Folklore » (2020) où elle pleure son fugace amour d'été adolescent. Beaucoup plus intéressant est le merveilleux Baxter Dury qui dans « August » sur l'excellent album « Prince Of Tears » (2017), de sa voix de crooner désabusé, sur un tapis de cordes, chante son désespoir « Comme cassé / As broken / Comme je suis / As I am / Toi et moi ne serons plus jamais les mêmes / You and I won't never be the same ». Même la reine PJ Harvey a chanté « August » sur l'album « I Inside The Old Year Dying » (2023) titre dans lequel elle réclame de l'amour : « 'Vore I leave / Avant que je parte / Someone please / Quelqu'un s'il vous plaît / Love me tender / Aimez-moi tendrement / Beneath the trees / Sous les arbres». Ses désirs sont des ordres. Matt Johnson, sur l'album « Mind Bomb » (1989) de son groupe The The, pleure la fin d'un amour sur « August & September » tout comme Tom Verlaine, en vacances de Television, lors d'un « August » pluvieux et triste sur l'album « The Wonder » (1990) : « I should have brought my raincoat / I knew I should have brought it / My illusions disappear / At the very thought of you - J'aurais dû apporter mon imperméable / Je savais que j'aurais dû l'apporter / Mes illusions disparaissent / À la seule pensée de toi».

Mais assez pleuré, penchons-nous maintenant sur notre mois d'août à nous et ses sorties d'albums.

The Black keys – No rain, no flowers

the black keys – no rain no flowers

Akron est une ville de l'Ohio qui a vu naître la merveilleuse Chrissie Hynde, cheftaine des Pretenders, mais également Dan Auerbach et Patrick Carney, respectivement guitariste et batteur du duo The Black Keys. Une belle progéniture rock'n'roll donc. Notre duo sort ces temps-ci son 13 eme album au titre funéraire « No Rain, No Flowers ». The Black Keys ont connu leur pic de succès avec les albums « Brothers » (2010) et « El Camino » (2011), ce dernier porté par l'immense tube « Lonely Boy ». C'est ce blues rock souvent rugueux, à grands renforts de guitares sales et saturées, mâtiné d'influences fifties qui caractérise le groupe et constitue l'essentiel de la matière de leurs albums.

On ne peut donc qu'être, agréablement en ce qui me concerne, surpris par le premier titre éponyme de l'album. En effet ce « No Rain, No Flowers » sonne beaucoup plus pop voire soft rock 70's que la production habituelle du duo. La production, plus léchée qu'à l'accoutumée, laisse respirer la mélodie, les claviers ont de l'espace et le titre attrape son auditeur sans effort. « The Night Before » qui suit est du même tonneau, un peu plus punchy mais tout aussi accrocheur. Les puristes vont renâcler, mais les puristes, par définition, ne tolèrent aucun écart.

« Babygirl » avec ses airs sautillants est peut-être plus convenue et « Down To Nothing » se situe dans la grande tradition des slows imparables sous la boule à facette et que l'on peut trouver, au choix, irrésistibles ou indigestes. Je lui préfère le très soft rock, et ce n'est pas une insulte, « On Repeat » qui s'insinue en tête subrepticement. On me rétorquera que ce n'est pas très rock'n'roll tout ça. C'est vrai mais le petit solo de guitare d'Auerbach fait quand même son petit effet. Cependant, il faut bien admettre que « Make You Mine » ressemble à du Eagles fatigué sur les couplets et à une pâle copie des Bee Gees (oui vous avez bien lu !) sur le refrain.

Mais voilà « Man On The Mission », un vrai titre rugueux dans la tradition du groupe, les puristes respirent. Guitare saturée, riff efficace, la recette est quand même imparable même si on a déjà entendu ça 100 (1000?) fois.

Mais avec « Kiss It », c'est un nouveau virage pour un titre flirtant avec le funk et la soul toujours très inspiré 70's, virage confirmé sur « All My Life ». Ce n'est pas très original mais frais et inspiré. « A Little Too High » sent quand même pas mal le rock à papa, lisse et ennuyeux. « Neon Moon » clôt l'album de façon classique, une ballade qui rappelle The Band, ancrée dans la tradition américaine.

The Black Keys font un pas de côté sur cet album qui pourrait rencontrer un immense succès avec certains titres fédérateurs. Mais c'est aussi ce qui en fait sa limite car tout au long de ses 11 morceaux, on se dit qu'on a déjà entendu ça quelque part, en mieux. Un disque agréable donc mais sans génie.

Cass McCombs – Interior live oak

cass mccombs – interior live oak

Pour ceux qui ne connaitraient pas Cass McCombs voici quelques éléments biographiques : il s'agit d'un auteur compositeur américain né en Californie en 1977. Je précise que je fais partie de ceux qui le découvrent avec son pourtant 13ème et superbe double album « Interior Live Oak ».

Il y déroule un folk lumineux et solaire tout au long de 16 titres de haute volée. Le disque respire l'automne, les feuilles jaunies, une langueur apaisante. Il prend son temps, nombre de chansons étant des balades tranquilles mais surtout d'une beauté intemporelle aux sons boisés et hospitaliers. La musique de Cass McCombs vous invite à une promenade en forêt par une après-midi d'automne dans une douce lumière d'arrière-saison, loin des turpitudes et laideurs du monde moderne. Il n'y a rien de révolutionnaire dans ces titres d'un classicisme total mais qui respirent le talent rare d'un artisan du songwriting. Ceci est évident dès le magnifique « Priestess » dédié à une amie décédée, un des nombreux sommets de l'album qui donne une idée assez précise de la tonalité du disque. L'album fourmille de titres beaux à pleurer, à la mélancolie à fleur de peau tels « Missionary Bell », « I Never Dream About Trains » ou « Van Wick Expressway » qui rappelle les splendeurs d'Elliott Smith.

La variété des atmosphères, des tempos, des sons de guitares rendent l'album passionnant qui, parfois, accélère et se pare d'atours délicatement électriques comme la nerveuse et tendue « Asphodel », parfois prend des airs plus pop comme sur l'accrocheuse « Peace » et se termine par le morceau éponyme, véritable locomotive vrombissante lancée à travers la nuit.

Vous l'avez compris, « Interior Live Oak » est une réussite absolue, un album qui vieillira bien. Gageons qu'il n'aura pris aucune ride dans 20 ans.

Water From Your Eyes – It's a beautiful place

water from your eyes – it's a beautiful place

C'est un single découvert récemment qui m'a mis la puce à l'oreille. Je n'avais jamais entendu parler de Water From Your Eyes, un duo New-Yorkais formé par Nate Amos et Rachel Brown déjà auteur de 5 albums. Ce single s'appelle « Playing Classics » et c'est une merveille d'indie pop. À la croisée des genres, insaisissable, sur une basse élastique, la mélodie irrésistible se déploie, emmenée par un piano qui tire le tout dans une folle sarabande. Le talk-over de Rachel Brown vient se fondre parfaitement dans la matière sonore de plus en plus dense et passionnante.

Après cette claque inaugurale, je ne pouvais pas ne pas approfondir alors que sort l'album « It's A Beautiful Place » dont « Playing Classics » est extrait. 10 titres pour 29 minutes de musique voilà ce qui s'appelle être concis et pourtant, rarement cette année, le voyage a semblé aussi long et passionnant tant le duo, devenu depuis peu un groupe de 4, ne s'interdit aucune exploration sonore.

Le disque est comme une mixture dont les ingrédients s'harmoniseraient comme par magie dans un chaudron fumant. Des riffs quasi grunge de « Life Signs » mêlés à des choeurs psychédéliques, en passant par une électro pop vénéneuse dans « Nights In Armor » de la noisy très 90's sur « Born 2 », du sitar torturé et des bandes à l'envers sur un « Spaceship » qui rappelle le travail de Blonde Redhead, jusqu'à la dream pop de « Blood On The Dollar » on ne s'ennuie jamais. Le tout est entrecoupé de courts instrumentaux un peu barrés et porté par la voix tantôt parlée tantôt chantée de Rachel Brown. C'est inventif, c'est frais et passe comme l'éclair.

Radiohead – There, there– Live in Buenos Aires 2009

radiohead – there, there– live in buenos aires 2009

Pour terminer je ne saurais que trop conseiller l'album live de Radiohead « Hail To The Thief (Live Recordings 2003/2009) » au titre très clair sur son contenu puisque seuls les titres de l'album de 2003 du quintet d'Oxford y sont joués.

On y retrouve toute l'alchimie du groupe sur scène qui semble en perpétuelle exploration de sons venus d'ailleurs.

Enfin, le temps ne me permet pas d'aborder ici, le nouvel album de Wolf Alice « The Clearing » sorti en toute fin du mois d'août mais sur lequel je reviendrai plus longuement dans « En 4ème Vitesse » de septembre.

Auteur
christophe billars

Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.


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