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Nouveaux albums : la sélection des sorties d'octobre 2025

Écrit par Christophe Billars le 3 novembre 2025

En 4ème vitesse : les albums sortis en octobre 2025

Je ne sais pas si c'est la même chose en ce qui concerne les albums mais si l'on en croit le dicton « Si octobre s'emplit de vent, du froid tu pâtiras longtemps », le temps qu'il fait en octobre annonce celui des mois suivants. Voyons déjà si les disques d'octobre sont de qualité, nous vérifierons le dicton ultérieurement. Cependant, au préalable, revenons un peu sur les titres que ce mois d'octobre a inspirés par le passé.

Notre troubadour national, j'ai nommé Francis Cabrel lui a consacré « Octobre », sur son album « Samedi Soir Sur La Terre » (1994), jolie ballade amoureuse, automnale et acoustique écrite au futur : « Nos corps se cacheront sous des bouts de laine / Perdue dans tes foulards / Tu croiseras le soir / Octobre endormi aux fontaines ». Nanard Lavilliers nous avait déjà fait le coup d'associer New-York à un mois, en l'occurence juillet, voici qu'il remet ça et se répète un peu il faut bien le dire avec « Octobre à New-York » sur l'album « Arrêt Sur Images » (2001). On peut lui préférer « Octobre » titre qui ouvre l'album du même nom de 2015 des Cowboys Fringants, les rockers Québécois qui regrettent que la vie défile si vite : « Et octobre vient de passer en coup d’vent / Une autre année où je n’ai pas pris le temps / De voir l’automne s’effeuiller tranquillement / Il n’y a point de repos / Pour l’éternel insatisfait ».

Mais hors de nos frontières, october aussi a inspiré nombre d'artistes au premier rang desquels bien entendu U2 puisque la bande à Bono lui a consacré non seulement un titre mais aussi un album entier avec « October » (1981). Dans cette chanson au piano, aux paroles symboliques, loin du rock héroïque du groupe à l'époque, Bono semble s'interroger sur le sens de la vie face au passage du temps : « Octobre / October / Et les arbres sont nus / And the trees are striped bare / De tout ce qu'ils portent / From all they wear / Qu'est-ce qui m'importe ? / What do I care? ». Les fabuleux Broken Bells de Danger Mouse et James Mercer et leur pop enchanteresse ont aussi chanté « October » sur l'album « Broken Bells » (2010). De leur côté, les Norvégiens de A-Ha nous susurraient le manque de l'autre et la solitude nocturne sur « October » extrait de l'album « Scoundrel Days » (1986) : « Ici, je parcours les rues sans toi / Here I roam the streets without you / Alors que l'été s'éloigne / As summer fades away / En ville la nuit / Down in the city at nights / Oh, le vent froid souffle / Oh, the cold wind blow ». Je passerai très vite sur l'insupportable Dolores O Riordan qui, sur l'album « Are You Listening ? » (2007), nous ruine les tympans sur le refrain d' « October » pour terminer en beauté avec Tunng et un extrait de leur album « And Then We Saw Land ... » sorti en 2010. Leur « October » tout en délicatesse à deux voix fait merveille dans ses habits folk ornés d'électronique subtile.

Album du mois - Bar Italia – Some Like It Hot

bar italia – some like it hot

Un groupe dont le nom fait plutôt penser à de la variété italienne et un album qui prend le nom d'un classique du cinéma Hollywoodien, voilà qui est bien mystérieux. La réalité est pourtant plus simple. Bar Italia est un trio (voilà qui renvoie au fameux trio Lemmon / Curtis / Monroe du film de Billy Wilder) britannique originaire de Londres officiant depuis 2020 et responsable déjà de 5 albums. Nina Cristante, la chanteuse, est d'origine italienne et le nom du groupe est aussi une référence à un bar de Soho : le Soho Bar Italia. Voilà pour le pedigree.

Dès le nerveux et fantastique « Fundraiser » le ton est donné. Mélange des voix et des guitares pour un titre imparable quelque part entre Blonde Redhead et un The Cure qui aurait décidé de jouer du rock noisy et rythmé. Les paroles reflètent cette musique jouée tête haute et poitrine bombée « Don't think I even like you / Can't even remember what you're like / So I try, to picture you / You're from the back / And you're walking out // Je ne crois même pas t'apprécier / Je ne me souviens même plus de ton apparence / Alors j'essaie de te visualiser / Tu es de dos / Et tu t'en vas ».

Cette entrée en matière en guise de coup de poing souffle déjà sur les braises d'un album qui va alterner entre énergie et douceur toujours avec classe. Côté chaleur, les amoureux d'un rock nerveux à guitares, de titres courts et efficaces seront satisfaits. C'est le cas avec « Cowbella » le morceau le plus rock et bruyant de l'album mais qui sait alterner son mur du son avec des instants plus en tension comme les Pixies savaient si bien le faire. On trouve également dans ce registre « Rooster » peut-être un peu moins inspiré, « Eyepatch » qui déboule à Mach 2 et surtout « Omni Shambles » qui rappelle furieusement Sonic Youth dans sa face la plus mélodique.

2 titres formidables assurent le lien entre la partie sonique et celle plus douce et mélancolique. D'abord « I Make My Own Dust » un des meilleurs titres qui, sur un rythme métronomique, laisse tournoyer des guitares hallucinées et « Lioness » qui, à l'image de l'album, sait instiller une touche de déraison qui empêche la musique de Bar Italia d'être prévisible.

Mais le trio maîtrise également à la perfection les ballades mid tempo douces amères d'une beauté éclatante. C'est le cas avec « Marble Arch », formidable de détachement et d'assurance tout en n'étant jamais complètement d'aplomb. « Bad Reputation » produit la même impression de simplicité avant de dévoiler la complexité de sa mélodie. Mais le grand titre pourrait bien être le somptueux et alangui « Plastered », beau comme un instant parfait, comme un moment suspendu de béatitude.

On retrouve, un poil moins poignante, la même atmosphère sur « The Lady Vanishes » et surtout le final classe au possible qu'est le titre « Some Like It Hot » qui débute piano/voix avant de prendre son envol porté par des cordes.

Un groupe capable d'être à l'aise aussi bien dans l'énergie d'un rock fin et racé qu'avec des titres délicats mérite toute notre attention. Cet album va lui apporter à n'en pas douter une reconnaissance critique unanime et lui permettre d'élargir son public. Une étape de plus vers un succès encore plus massif ?

Geese – Getting Killed

geese – getting killed

Je suppose que, comme moi, vous êtes nombreux à n'avoir jamais entendu parler de ce quatuor New-Yorkais qui officie depuis 2016. Leur 3ème album intitulé « Getting Killed » a chatouillé mes oreilles et j'espère ne pas être le seul. Il faut cependant préciser que l'album ne s'apprivoise pas facilement, sous ses aspects de patchwork foutraque inclassable. Mais c'est justement sa propension à sortir des sentiers battus, toujours à la limite du dérapage qui le rend passionnant.

En effet, comment définir le morceau d'ouverture « Trinidad » et ses explosions de guitares, de cuivres dissonants et de klaxons, cette voix étrange, grinçante et nasillarde, quasi hantée pas si loin de celle de Gordon Gano des mythiques Violent Femmes? Un blues psychédélique ? Du jazz-punk ? Et ses paroles à la fois terrifiante et délirantes ne permettent pas d'apporter une réponse satisfaisante : « My son is in bed (on and on and on) / My daughters are dead (on and on and on) / My wife's in the shed (on and on and on) / My husband's burning lead (on and on and on) / The rest are force fed / Mon fils est au lit (encore et encore et encore) / Mes filles sont mortes (encore et encore et encore) / Ma femme est dans le hangar (encore et encore et encore) / Mon mari brûle du plomb (encore et encore et encore) / Les autres sont gavés de force ». C'est peut-être du côté de chez Tom Waits qu'il faut chercher des correspondances, mais un Tom Waits halluciné, en plein trip sous acides. « Cobra » juste après prend le contrepied avec une somptueuse ballade mid tempo aux atours caribéens. Puis c'est « Husbands », blues déglingué extraordinaire, qui progresse cahin-caha, rappelant les plus grands moments des Stones et qui précède « Getting Killed », la chanson-titre, véritable tourbillon sonore porté par des choeurs Ukrainiens (si si!). Puis vient « Islands Of Men », un titre au tempo assez lent mais porté par une énorme rythmique, la basse tabasse, la batterie frappe fort et la voix est toujours aussi hallucinée.

La face A se termine et on a le sentiment d'être totalement perdu et impressionné à la fois. Sauf que le meilleur est peut-être à venir. D'abord avec l'immense « 100 Horses » à la rythmique lourde mais magnifiée par un univers sonore d'une richesse incroyable puis avec l'intense « Half Real » avant la pause alanguie de « Au Pays du Cocaïne ». « Bow Down » remet de l'électricité et de la nervosité avec sa guitare quasi funk et « Taxes » s'impose, après son intro bastringue, avec le son éclatant et lumineux de sa guitare rythmique et ses paroles que l'on espère ironiques « If you want me to pay my taxes / You’d better come over with a crucifix / You’re gonna have to nail me down / Si tu veux que je paie mes impôts / Tu ferais mieux de venir avec un crucifix / Tu vas devoir me clouer au sol ».

Il ne reste plus que les 6 minutes de « Long Island City Here I Come » pour achever le voyage. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été aussi original, intense et habité.

Tame Impala – Deadbeat

tame impala – deadbeat

Kevin Parker - alias Tame Impala à lui tout seul - a changé. C'est ce dont témoigne la pochette de ce « Deadbeat », 5ème album en date de l'australien et premier depuis « The Slow Rush » (2020). En effet, sur ce cliché en noir et blanc, le voici papa gâteau en plus d'être un des musiciens les plus courus du monde. On rappelle qu'il a produit des titres pour Lady Gaga , Mark Ronson, Melody Echo Chamber's en plus bien entendu d'avoir connu un succès planétaire avec Tame Impala. Je tiens personnellement la chanson-fleuve « Let It Happen », extraite du monumental « Currents » (2015), pour un des plus grands titres de la décennie précédente. Depuis, « The Slow Rush » a repris les recettes de « Currents », à savoir une électro pop éclatante, bourrée de synthés et de sons venus d'ailleurs, aux mélodies prodigieuses avec cependant moins d'éclats que son prédécesseur. Éternel explorateur, Parker a donc encore une fois changé son fusil d'épaule, orientant la musique de Tame Impala vers d'autres horizons.

Adieu donc les guitares, la pop psychédélique et bonjour à la techno, la house et l'électro pour le meilleur mais pas seulement. Allons donc du meilleur vers le passable puis le pénible.

L'album débute au sommet avec le fantastique « My Old Ways » qui passe du démarrage de l'intro, où le piano et la voix paraissent enregistrés à l'iPhone à sa vitesse de croisière. Bâti autour d'une boucle de piano, sur une basse rebondissante et des nappes de synthé, le titre semble d'une facilité et d'une simplicité désarmantes alors que les paroles au contraire évoquent celui qui se débat dans la difficulté : « I know I, I said never again / Temptation, feels like it never ends / I'm sliding, powerless as I descend / Back into my old ways again / Back into my old ways again / Je sais, j'ai dit plus jamais. / La tentation, on dirait qu'elle ne finit jamais. / Je glisse, impuissant, dans ma descente / De nouveau dans mes vieilles habitudes.  »

Le 2ème titre « No Reply » est également une réussite, avec son couplet répétitif, des percussions électroniques entêtantes sur des nappes qui vrombissent telles des moteurs réglés à la perfection. Le dernier sommet est à aller chercher presque à la fin du disque. Il s'agit d' « Afterthought » dont la basse et l'atmosphère ne sont pas sans rappeler le « Thriller » de Michael Jackson. C'est une irrésistible machine à taper du pied qui sait ménager des moments calmes pour mieux repartir. La voix de Parker, plus légère que jamais y fait merveille.

Et à part ça ? Eh bien rien de bien détonnant et c'est bien là que le bât blesse. Il y a bien sûr les singles « Dracula » et « Loser ». Les deux sont accrocheurs, bien produits et propres sur eux mais distillent surtout très vite un ennui profond, tant ils sont lisses. Mais que dire du navrant « Oblivion » ou de « Not My World » et sa house de feignasse sans inspiration ? Faut-il vraiment supporter la soupe tiède qu'est « Piece of Heaven » même si les foules allumeront leur portable dans une communion béate de platitude? Au milieu de tout cela le pourtant bien fade et gentillet « Obsolete » fait figure de morceau inspiré, on se contente de peu. La techno interminable d'« Ethereal Connection » vient à bout de mes dernières volontés et ce n'est pas « End of Summer » qui se voudrait envoûtant et planant mais n'est que barbant qui va changer les choses.

On ne peut pas reprocher à un artiste de vouloir évoluer, d'explorer de nouveaux horizons mais cela ne suffit pas à rendre ce « Deadbeat » intéressant. Il est la première grosse plantade de Tame Impala ce qu'évidemment on pardonne à condition qu'il ne soit pas le début de la fin.

Taylor Swift – The Life of a Showgirl

taylor swift – the life of a showgirl

Alors soyons clair, je n'ai rien contre Taylor Swift, elle me serait même plutôt sympathique depuis que je sais qu'elle est une opposante farouche à Donald Trump même si depuis son élection, je n'ai pas entendu de prise de position claire, contrairement à Bruce Springsteen ou Neil Young par exemple. Non je n'ai rien contre elle, c'est juste que son succès phénoménal m'apparait comme un mystère. En effet, pourquoi les chansons de cette jeune femme, non dénuée de talent cependant, mais finalement d'une facture très classique, voire même d'une banalité telle qu'on a l'impression de les avoir entendues 10000 fois en mieux, avant, ailleurs, ont-elles rencontré un public aussi massif, jusqu'à engendrer des foules de fidèles béats ? J'ai écouté ses albums, je les ai écoutés, je m'y suis souvent ennuyé, je ne les ai pas trouvés mauvais, ni bons, juste quelconques. Cependant il faut le reconnaître, Taylor Swift est devenue un phénomène mondial à tel point que ses fans adorent cet album avant même de l'avoir écouté, qu'émettre une seule critique à peine négative à son égard déclenche aussitôt les foudres des « Swifties ».

Mais peu importe, son 12ème album « The Life of a Showgirl » sort en ce mois d'octobre et a donc sa place dans cette chronique, en raison même du succès colossal qu'il va à coup sûr rencontrer, et c'est certainement le cas à l'heure où vous lisez ces lignes. Comme chaque disque que je découvre, j'espère l'aimer, l'adorer, qu'il devienne un de mes albums de chevet et je ne me fie qu'à mon ressenti d'abord.

L'impression tenace qui se dégage de l'album après 3 écoutes, c'est celle d'un disque sans aspérité, lisse, impersonnel en terme de production musicale, vierge de toute prise de risque artistique et au final très conservateur dans sa forme. « The Life of a Showgirl » a tout du produit ultra marketé, visant à l'efficacité maximale mais vide d'émotions, d'idées originales. Le premier titre « The Fate Of Ophelia » et sa référence à « Hamlet » de Shakespeare, accroche un peu l'oreille, c'est carré, mais au bout de 3 écoutes on n'a plus du tout envie d'y revenir. Même impression pour « Elizabeth Taylor » dans laquelle la chanteuse établit un parallèle (en plus de leurs nom/prénom communs) entre elle et l'actrice mythique, truffant ses paroles d'allusions à celle qui fut l'épouse de Richard Burton et dont la vie fut en permanence sous le feu des projecteurs. Rien d'indigne, mais rien non plus de transcendant sur ce titre oubliable. On touche le fond avec « Opalite » dans laquelle semble-t-il Taylor Swift parle de ses ex (ce dont on se fout totalement). La production fait toujours entendre une pop synthétique, sans rien qui dépasse et le titre sombre dans un refrain aux grosses ficelles dignes de la pire variété. Coldplay n'est pas loin, c'est dire le naufrage. Taylor Swift a une jolie voix, il est dommage qu'elle l'emploie pour des titres aussi ennuyeux qu'« Eldest Daughter » qui se termine plus mal qu'elle n'a commencé.

Cependant dans ce menu insipide, ressort la très réussie et enfin incarnée « Ruin The Friendship » avec sa ligne de basse mutine et une guitare acoustique discrète. Enfin, Taylor Swift laisse tomber la grosse artillerie et ce n'est sûrement pas par hasard car la chanson n'a besoin de rien d'autre que de sa voix, qui fait penser à celle de Suzanne Vega sur les couplets et peut vagabonder dans les hauteurs sur les refrains. C'est la première chanson habitée de l'album. Malheureusement ce sera aussi la dernière.

Car pour le reste, il n'y a vraiment rien à retenir. Les titres se suivent et se ressemblent, parfaitement propres sur eux, ils ne choqueront personne, n'apporteront rien à la musique d'aujourd'hui, aucun dérapage en vue, rien qui électrise, rien qui fasse frissonner. Ils illustreront certainement des tas de publicités, seront streamés des milliards de fois et se fondront parfaitement dans la platitude ambiante. Par quelque bout qu'on le prenne, par « Wood » et son funk aseptisé, inodore, sans la moiteur nécessaire, par les guitares hyper fatiguées de « CANCELLED ! » ou par le pompage des Pixies (sans le talent des Pixies) sur « Actually Romantic », l'album ennuie profondément. Sur « Honey », Taylor Swift encore une fois parle d'une ancienne liaison amoureuse faisant, comme l'annonce le titre de l'album, de sa vie intime un spectacle permanent et le centre de ses chansons. Comme on est obligé de ne pas être trop exigeant on peut apprécier « The Life of a Showgirl » dernier titre du disque, pour essayer de sortir sur une note positive.

« The Life Of A Showgirl » est sorti dans le monde entier à la même heure, son contenu étant tenu secret, un peu à l'image d'un smartphone dernier cri. Problème, il en a aussi la puissance émotionnelle.

Il est temps de se quitter avant un dernier conseil. Je viens de voir sur scène à Lyon le groupe Wet Leg. Il y a longtemps que je n'avais pas vu un concert d'un rock électrique, nerveux et précis aussi excellent. Si vous avez l'occasion.... Rendez-vous en novembre pour un prochain « En 4ème Vitesse ».

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Auteur
christophe billars

Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.


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