Nouveaux albums : la sélection des sorties de novembre 2025
Écrit par Christophe Billars le 1 décembre 2025
Voici un an qu'est sortie la 1ère édition d' « En 4ème Vitesse ». « Quoi ??!! Déjà Un An !! » s'exclament en choeur et incrédules les millions de lecteurs. Eh oui ! 1 an déjà à écouter, sélectionner et écrire sur les nouveaux albums avec toujours autant de plaisir. Cependant pour ne pas radoter, il convient de changer quelque peu mon fusil d'épaule pour lancer cette édition de novembre 2025. À partir de dorénavant donc, et avant de jeter une oreille sur les sorties du mois, nous regarderons un peu en arrière à 10, 20, 30 40, 50 et même 60 ans pour piocher subjectivement par-ci par-là dans les albums du passé et sélectionner une chanson tirée de l'un d'entre eux, le choix du cœur. Commençons donc par les albums sortis en novembre 2015 - 2005- 1995 - …
En 1975, novembre fut riche en albums passés à la postérité, jugez-en : Queen sur « A Night A The Opera » livrait au monde le titre « Bohemian Rhapsody » que personnellement je ne supporte pas mais c'est une autre affaire. Patti Smith imposait le nerveux « Horses » désormais classique intemporel et Neil Young sortait d'une période sombre avec « Zuma », électrique à souhait préfigurant le grunge. Supertramp de son côté posait la question : « Crisis ? What Crisis ? ». 10 ans plus tard en novembre 1985, Sade charmait le monde entier avec un « Promise » de velours tandis que Dead Can Dance le refroidissait sur l'intense « Spleen And Ideal ». Quant aux frères Reid de The Jesus And Mary Chain, ils inventaient la noisy pop sur « Psychocandy ». En novembre 1995, The Pharcyde livraient un rap bariolé et passionnant sur « Labcabincalifornia » et en 2005 Madonna se prenait quelque peu les pieds dans le tapis en voulant faire des « Confessions On A Dance Floor ». Heureusement que la merveilleuse Kate Bush était restée au sommet sur « Aerial ». Enfin, plus près de nous, en novembre 2015, je suis resté totalement insensible au « 25 » d'Adele, qui m'ennuie et m'irrite au possible.

Difficile d'en mettre un en avant mais à titre personnel, je dois dire que The Jesus And Mary Chain, découverts avec leur album suivant « Darklands » (1987), ont ouvert mes oreilles et marqué la décennie suivante avec ce « Psychocandy » mal peigné. Murs de guitares, voix et batterie réverbérées, noirceur sublime et puis la suprême douceur de « Just Like Honey ».
Mais venons-en maintenant au mois de novembre qui nous intéresse.
Album du mois - Sword II – Electric Hour

Alors j'ignore s'il existe quelque part un groupe qui s'appellerait Sword I mais pour le 2ème du nom c'est une certitude. Il vient d'ailleurs avec « Electric Hours » de publier son 2ème album. Sword II est un trio venu d'Atlanta et composé de Mari González à la basse, Certain Zuko et Travis Arnold aux guitares. Enregistré dans une ferme, l’album a subi les affres d'un câblage défectueux, ce qui a obligé le groupe à utiliser davantage de guitares acoustiques pour éviter les chocs électriques. Ces péripéties matérielles ont donc façonné le son du disque certainement pour le meilleur.
Il en résulte que ces chansons sont traversées, irriguées par une électricité à basse tension, polissant les angles d'une musique aux contours flous, une dream pop parcourue de sons tordus, de lézardes sonores, de poussées de fièvre diffuses.
L'album débute par l'irrésistible « Disconnection » grésillant, bourdonnant de distorsions formant un brouillard électrique sans que jamais cela n'altère la puissance mélodique.
À l'autre bout du disque, 10 titres plus tard, on trouve un autre très grand titre avec « Even If It's Just A Dream » qui pourrait être la musique de fin d'un épisode de Twin Peaks dans le Bang Bang Bar, avec ce motif de clavier tourbillonnant, cette mélodie mélancolique et légère jusqu'à ce qu'un solo de guitare vienne enfoncer définitivement le clou. Et entre les deux, le voyage est passionnant que ce soit sur un « Gun You Hold » vaporeux, comme chloroformé dans un nuage d'électricité statique, avec « Halogen » qui alterne les déluges noisy et les passages apaisés ou encore « Violence Of The Stars » en formule acoustique / voix que des bruits étranges venus du fin fond de l'espace accompagnent. On s'arrêtera aussi longuement sur « Sentry » qui rappelle furieusement Deerhunter et constitue un des sommets du disque.
Quand on sait en plus que le groupe et son entourage militent contre la politique répressive du gouvernement Trump, que leurs chansons abordent des thèmes comme la soufrance des travailleurs du sexe ou encore les méfaits de l'agrobusiness on se dit que cet « Electric Hours » est fichtrement dans l'air du temps.
Midlake – A Bridge To Far

Quand, en 2006, je découvris le 2ème album du groupe texan Midlake « The Trials Of Van Occupanther », je fus, comme beaucoup d'autres, émerveillé par sa beauté infinie, marchant sur les traces d'un Fleetwood Mac ou d'America pour les mélodies somptueuses qu'il contient, lorgnant vers les 70's sans jamais paraître daté et qui emportait l'auditeur étourdi d'émotions. 20 ans plus tard, l'album n'a rien perdu de sa grâce et peut prétendre sans forcer au rang de classique. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, et avant de s'y abandonner, voici un extrait qui situe bien le niveau, « Roscoe ».
4 ans plus tard, Midlake réalisait « The Courage Of The Others » (2010), petit frère plus sombre mais tout aussi somptueux que son illustre prédécesseur avant que Tim Smith, leader et chanteur du groupe, ne jette l'éponge, insatisfait de ses nouvelles productions. Depuis, Midlake a survécu, Eric Pulido prenant le chant, et a sorti des albums dans cette veine d'un soft rock estampillé 70's qui a fait son succès, sans jamais cependant retrouver l'alchimie des débuts.
Pas de changement de direction avec ce « A Bridge To Far », 6ème album du groupe, qui ressemble exactement à ce qu'on attend d'un disque de Midlake à savoir un soft folk-rock construit à partir de mélodies en platine, d'arrangements parfaits, d'harmonies vocales au millimètre, d'arpèges de guitares aussi discrets qu'inventifs. Pour aller plus vite, « A Bridge To Far » est un album inattaquable, irréprochable tant le savoir-faire des ses auteurs est évident. D'où vient alors ce sentiment de déception, cette impression que derrière la façade brillante, il manque l'essentiel : le frisson? Peut-être que justement cette perfection empêche toute félûre d'émerger. On dira cependant que je cherche la petite bête car enfin que peut-on reprocher par exemple à « The Ghouls », formidable titre qui vous emmènera vers des hauteurs vertigineuses ? Comment ne pas admettre la bouleversante beauté d'« Eyes Full Of Animals » et ses choeurs emporté dans une rivière de piano ? Qui pourra me dire les yeux dans les yeux que le refrain de « The Calling » n'est pas exceptionnel ?
Et je pourrai dire cela quasiment de chaque chanson de l'album si l'on excepte « Make Haste » où pointe l'ennui ou le plus convenu et trop sirupeux « Within/Without ». Je n'ai que peu d'explications à ce paradoxe si ce n'est que la voix de Pulido n'a pas la profondeur, l'intensité dramatique de celle de Tim Smith et surtout parce que, malheureusement pour « A Bridge To Far », je ne peux m'empêcher de le comparer à « The Trials Of Van Occupanther » avec lequel il est impossible de rivaliser. Mais que cela ne décourage personne, « A Bridge To Far » est un album magnifique que vous pourrez même mettre en fond sonore la prochaine fois que votre belle-mère viendra à la maison. C'est dire !
The Saxophones – No Time For Poetry

Comme c'est souvent le cas, je découvre avec cet album un groupe dont je n'avais absolument jamais entendu parler : The Saxophones. Il s'agit d'un couple californien, sur la scène comme à la ville, constitué d'Alexi Erenkov et Alison Alderlice. Et pour répondre à la question qui brûle évidemment toutes les lèvres : OUI on entend du saxophone sur l'album ! Mais pas que. Et pas en solo pour ceux qui seraient sur le point de fuir. Mal leur en prendrait car « No Time For Poetry » vaut sacrément le détour.
Le titre annonce-t-il que par les temps inquiétants qui courent, les belles phrases ne sont plus de mise mais qu'il faut faire place à l'action ou bien est-ce simplement une pointe d'humour considérant que le couple de la pochette n'en est plus tout à fait aux mots doux ? Le premier et superbe titre de l'album « Too Big For California » semble apporter une réponse par ses propos alarmistes : « The vineyards here are burning / Now I'm... Quite concerned / Les vignes brûlent ici / Maintenant, je suis... assez inquiet ». Ces propos angoissés contrastent avec la mise en son d'une délicatesse infinie, d'une douceur à toute épreuve qui fait du dépouillement une force, du peu un atout pour placer l'auditeur dans un cocon de bien-être. Dès ses premiers mots on est emporté par la voix d'Alexi Erenkov, grave et suave à souhait, rappelant fortement celle de Taylor Kirk – oui il y a des Kirk qui ont du talent! - de Timber Timbre ou encore celle de Stuart Staples des Tindersticks. L'ombre de Leonard Cohen plane également au-dessus de l'album.
C'est bien d'ailleurs du côté de ces deux groupes qu'il faut chercher pour définir le folk boisé et jazzy de The Saxophones qui atteint des sommets sur « Winter Moon », sublime promenade crépusculaire à faire fondre ce qui reste de banquise.
Parfait pour passer l'hiver au chaud, « No Time For Poetry » ne déçoit jamais, tout au long des 10 titres et des 34 minutes de l'album. Finesse, élégance sont au rendez-vous, il serait bête de ne pas en profiter.
En parlant d'hiver au chaud, rien de tel qu'un bon disque au coin du feu pour aborder cette fin d'année. Rendez-vous donc dans un mois pour les dernières sorties de 2025, « En 4ème Vitesse » bien entendu.
Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.

