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Mes disques de A à Z : The Beatles "Abbey Road" 1969

rédigé par le 5 octobre 2022

Je ne sais pas vraiment par où commencer.
Et c'est pourtant par là qu'il faut, aussi, terminer puisqu' « Abbey Road » (1969) sera le dernier album enregistré par les Beatles avant explosion. « Let It Be » sorti en 1970 a en effet été enregistré avant.

Qu'y a-t-il de plus mythique dans « Abbey Road » ? Est-ce sa pochette, mille fois parodiée, devenue quasiment un logo et la plus célèbre de l’histoire du rock ? Tout le monde la connait sans forcément avoir écouté l'album. Est-ce le disque qui, sorti en 1969, reste aujourd’hui le plus grand succès commercial des Beatles et truste les podiums pour le titre de meilleur album de tous les temps ? … comme ses 3 prédécesseurs d'ailleurs, ce qui témoigne de l’hallucinante créativité du groupe entre 1966 et 1969. Est-ce la multitude d'interprétations délirantes qu'a engendrées cette traversée de passage piéton ? Beaucoup des chansons de l’album seront travaillées à partir de janvier 1969 durant les sessions du projet « Get Back », sessions qui ont été filmées par Michael Lindsay-Hogg et qui auront donné lieu à un formidable documentaire de télé réalité avant l’heure, visible sur Netflix, sur les Beatles au travail.

the beatles abbey road

Cependant, les quatre fantastiques décident de mettre de côté leurs dissensions pour mettre en boîte ce qui sera, mais personne ne le sait encore, le dernier enregistrement des Beatles. Geoff Emerick et George Martin sont à nouveau là pour épauler le groupe et leur apporter tout leur talent de producteur et d’arrangeur.

Inutile de tergiverser plus longtemps, le contenu est tout simplement magistral de bout en bout. La face A s’ouvre sur deux chefs d’œuvres absolus, tous deux N°1 à l’époque, « Come Together » signé John Lennon et « Something », bijou de George Harrison qui confirme, si besoin était, l’étendue de son immense talent. « Come Together » baigne dans une ambiance assez poisseuse, dominée par la ligne de basse de McCartney mais allégée par la batterie inventive de Ringo Starr et rendue presqu’absurde par des paroles qui n’ont aucun sens. Le solo d’Harrison conclut ce titre parfait. Ce même Harrison qui signe avec « Something » une chanson intemporelle, aux arrangements de cordes somptueux, à la mélodie sublime et prouve ainsi qu’il est devenu l’égal des deux autres.

« Maxwell's Silver Hammer » est un titre de McCartney il est vrai moins prestigieux que les deux précédents. Cependant, son rythme saccadé, sa mélodie entrainante, ses chœurs et ses fameux coups de marteau sur une enclume doublant les « bang bang » des paroles en font un excellent titre qui se termine sur un solo de moog joué par Mc McCartney. C’est également Paul qui est l’auteur de « Oh ! Darling » qui est une ballade rock qui assume son côté rétro et sur laquelle il pousse sa voix à l’extrême. Certainement un des titres les plus faibles de l’album, même si tout est relatif – le reste volant tellement haut. L’attachante « Octopus’s Garden » est écrite par Ringo Starr durant un séjour en Sardaigne après qu’il s’est temporairement éloigné des tensions qui minaient le groupe. Sous ses airs de chansons pour enfants, elle est plus subtile et accrocheuse que cela. On y entend, derrière la mélodie chantée par Ringo qui reste en tête, des bruits de bulles dans l’eau, une ligne de basse très riche, des chœurs et un moog. Elle s’est installée sans bruit dans les compilations du groupe. C’est « I Want You (She's So Heavy)” qui vient clore la face A sur laquelle Lennon répète inlassablement les mêmes mots sur le titre le plus long de l’album. Cette ballade blues rock fut écrite par Lennon pour Yoko Ono et comporte deux parties bien distinctes dont son break central et le solo de George Harrison qui joue aussi du moog sur toute la partie finale, reproduisant le bruit du vent jusqu’à la coupure brutale que constitute la fin de la chanson. Ce titre tranche avec la sophistication des productions des Beatles, retrouvant une forme de simplicité propre au rock. Il est aussi célèbre car ce fut la dernière fois, lors de son enregistrement, que les Beatles se retrouveraient tous ensemble en studio.

Mais avec la face B nous nous trouvons en présence de ce qui constitue pour moi le sommet de la discographie Beatlesienne. On y trouve l’exceptionnel « Here Comes the Sun » signé Harrison et le fameux medley de 16 minutes ainsi que les extraordinaires harmonies vocales du chef d’oeuvre « Because ». Y a-t-il chanson plus parfaite qu’« Here Comes the Sun » ? George Harrison peut se targuer d’avoir signé la plus grande chanson d’un des plus grands albums de tous les temps. Emmenée par la guitare acoustique d’Harrison et ses arpèges radieux qu’accompagnent McCartney à la basse et Ringo à la batterie, la chanson est un prodige de légèreté, de subtilité et de beauté ensoleillée jusque dans ses virages rythmiques et mélodiques. Pour répondre à la question posée quelques lignes plus haut : « Because » se pose en candidate au trône. Sublime chanson de Lennon portée par les harmonies vocales somptueuses de Paul, George et John, « Because » supporte 10000 écoutes tant sa beauté est sans cesse renouvelée. Dépourvue de batterie, elle se structure, à part les voix, autour du moog d’Harrison, instrument décidément central sur « Abbey Road » qui vole à des hauteurs rarement atteintes avant et depuis. Je ne peux qu’en conseiller l’extraordinaire version qu’en a livrée Elliott Smith.

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On se demande alors comment maintenir un tel niveau de qualité mais c’est sans compter sur le fameux « Medley » qui comprend les 9 derniers titres de l’album. Constitué de chansons très courtes, voire inachevées et enchaînées les unes aux autres, je ne suis pas loin de penser qu’il en est son sommet même si je crois avoir déjà dit ça plusieurs fois dans cet article pour d’autres chansons. Il s’ouvre par « You Never Give Your Money » portée par le piano de McCartney, ballade qui s’emballe sur un rythme quasi hillbilly en son milieu avant de changer encore une fois de mélodie. Du grand McCartney au sommet de son talent de mélodiste pop. C’est la pièce la plus longue du medley avec ses 4 minutes qui se terminent dans une ambiance bucolique, tissu sonore de transition avec la magnifique « Sun King » où les harmonies vocales font à nouveau merveille. Le rythme s’accélère avec la très courte et typiquement Lennonienne « Mean Mr. Mustard » électrisée par la basse fuzz de Macca que suit « Polythene Pam » toujours de Lennon et toujours très courte. Le titre s’achève sur un solo inspiré d’Harrison. Sur ce medley, les Beatles parviennent à enchaîner des titres, tous réussis, aux atmosphères pourtant très variées. En effet la transition avec « She Came in Through the Bathroom Window » écrite par McCartney semble aller de soi, on change de titre presque sans s’en apercevoir et pour cause, les deux morceaux furent enregistrés en une seule prise. Il y a bien cependant 3 secondes de silence avant que le piano de McCartney n’introduise la magnifique « Golden Slumbers » bientôt suivi de la voix et d’une section de cordes avant que la batterie de Ringo Starr n’entre en scène pour annoncer le refrain. McCartney est encore ici au sommet, passant de l’intimisme à une forme de grandiloquence jamais indigeste. Du grand art. On passe sans transition à la complexe « Carry That Weight » qui débute comme une chanson reprise en chœur dans un stade avant que le thème de « You Never Give Your Money » réapparaisse au détour d’un couplet bouclant ainsi la boucle. Mais il reste encore pour en finir avec ce medley la bien nommée « The End » puisque dernier titre du dernier album enregistré par les Beatles. C’est aussi la dernière fois que les quatre se retrouveront ensemble en studio mais également la seule chanson où l’on peut entendre un solo de batterie de Ringo Starr. Autre originalité, chacun des Beatles (Ringo excepté) y vont de leur solo de guitare, inspiré et plein d’énergie. Le titre se termine sur une fin orchestrée où la dernière phrase que l’on entendra sur un album des Beatles sera « And in the end, the love you take is equal to the love you make ». « The End » vraiment ? Eh bien non, car ultime originalité, « Abbey Road » comporte la première chanson cachée de l’histoire de la pop avec « Her Majesty » qui débarque par surprise après 15 secondes de silence. Oh pas pour longtemps, juste 23 secondes, le temps que Paul McCartney chante une ravissante ode à la Reine. Et puis voilà, rideau sur la plus exceptionnelle face jamais produite.

Jusqu’au bout, les Beatles auront profondément transformé la musique populaire et la musique tout court, signant avec « Abbey Road » un chant du cygne phénoménal, quittant la scène au sommet. Depuis ils traversent ce passage piéton pour l’éternité.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles

Et vous ? Quels sont les titres d'"Abbey Road que vous adorez (ou pas) ?

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