En 4ème vitesse

Nouveaux albums : la sélection des sorties de mars 2026

today2 avril 2026 52

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En 4ème vitesse : une sélection des albums publiés en mars 2026

C’est reparti pour un tour que nous effectuerons bien entendu « En 4ème vitesse » pour passer en revue les albums de ce mois de mars 2026 où, comme on va le constater, les grosses écuries sont de sorties et les nouveautés très nombreuses.

Mais auparavant, comme il est désormais de coutume, voyageons dans le passé au gré des mois de mars des années en 6 en commençant par celui de 1966.

Le grand Ray Charles sortait alors l’album « Crying Time » concentré de gospel et de blues qui contenait le tube « Let’s Go Get Stoned ». La fille de Frank, Nancy Sinatra, affolait tout le monde avec « Boots » dans lequel elle reprenait les Beatles, Dylan mais interprétait aussi les compositions de Lee Hazlewood dont le célébrissime « These Boots Are Made For Walkin’ » Du côté de Los Angeles, le groupe Love d’Arthur Parker publiait son premier album intitulé « Love » alliant énergie et délicatesse. Enfin sur l’autre Côte – Est – des US, The Lovin’ Spoonful proposait une pop mâtinée de folk constituant la matière de « Daydream », leur 2ème album, .

En mars 1976, on est en pleine période du rock progressif pour le meilleur mais souvent pour le pire. C’est dans ce genre-là qu’officie le groupe Camel qui sort alors son 4ème album « Moonmadness » mais je lui préfère « Jailbreak » de Thin Lizzy, autrement plus mordant avec son tube « The Boys Are Back In Town ». On vire dans le heavy metal avec « Sad Wings Of Destiny », 2ème album des anglais de Judas Priest pour qui ne craint pas les digestions difficiles. C’est un peu le même topo en ce qui concerne le transit avec l’un peu trop épais « Blue For You » de Status Quo. Mais aucun de ces albums ne rivalise en mars 76 tout d’abord avec le fabuleux « I Want You » de Marvin Gaye, prince d’une soul millésimée, merveille de production léchée, ni avec Paul McCartney & The Wings dont l’album « Wings At The Speed Of Sound » est un de mes préférés du groupe.

Mars 1986 n’est pas en reste. On commence par l’artillerie lourde qu’est « Master Of Puppets », 3ème album des Californiens de Metallica, peut-être un des albums les plus célèbres du genre. Pas ma tasse de thé cependant. Je lui préfère 1000 fois « Black Celebration » de Depeche Mode, grande réussite dans lequel le groupe de Basildon opère un virage vers des atmosphères plus sombres ou « Please » premier album de Chris Lowe et Neil Tennant alias Pet Shop Boys et leur synthpop brillante portée par le single « West End Girls ». On notera également la sortie de « Liberty Belle And The Black Diamond Express » des Australiens The Go-Betweens aussi méconnus que talentueux et l’avant-dernier album du groupe Hüsker Dü, le rageur « Candy Apple Grey ».

En 1996, Luke Haines et The Auteurs sortent « After Murder Park » mais ne retoruveront jamais la grâce de leur premier album « New Wave » (1993). Ce qui n’est pas le cas de Sean O’Hagan qui avec ses High Llamas marche sur les pas de Brian Wilson sur l’album « Hawaï » et ses miniatures pop exceptionnelles. De leur côté, les Franco-Anglais de Stereolab poursuivent leurs explorations sonores sur « Emperor Tomato Ketchup » bourré de synthés vintages et de dérives expérimentales. Propulsés par le single, extrait de la B.O. du film « Trainspotting », « Born Slippy », les Gallois d’Underworld nous entrainent dans une transe techno ébouriffante sur « Second Toughest In The Infants ».

10 ans plus tard c’est le duo suédois The Knife qui se fait remarquer avec son album « Silent Shout » et des concerts où les installations et la vidéo jouent un grand rôle. Les Écossais de Mogwai livrent un de leurs meilleurs albums avec « Mr Beast » sur lesquels leurs longues plages instrumentales portent leur post-rock à son sommet de beauté. Par chez nous c’est Émilie Simon qui avec l’album « Végétal » touche dans le mille avec un album lumineux.

Enfin nous voici en mars 2016. Dominique A, sur le magnifique album « L’Horizon », se plaçait alors définitivement comme un des grands auteurs-compositeurs français. L’increvable Iggy Pop s’acoquinait avec The Queen Of The Stone Age pour l’album « Post Pop Depression » prouvant ainsi qu’il n’avait rien perdu de sa pertinence ni de son énergie. Bobby Gillespie sortait « Chaosmosis » 12ème album de ses Primal Scream toujours enveloppés d’un nuage de dance psychédélique. Enfin, Nada Surf et sa toujours impeccable power pop brillaient sur « You Know Who You Are ».Viens le moment du choix d’un titre parmi ces albums passés. Choix très difficile évidemment. Alors profitons de l’occasion pour essayer de mettre en lumière l’immense talent de Sean O’Hagan et ses High Llamas, dignes disciples du grand Brian Wilson par les mélodies et les arrangements à l’oeuvre sur « Hawaï » (1996) avec ici en extrait le merveilleux et lumineux « Nomads ».Mais place à l’actualité, particulièrement dense en ce mois de mars 2026. Les grosses écuries sont présentes mais de nouveaux talents font aussi surface. Entamons le tour des sorties « En 4ème vitesse ».

Pas d’album du mois, même si l’actualité, on va le voir, est particulièrement riche mais un single du mois en forme d’hommage pour services rendus.

Paul McCartney« Days We Left Behind »

Paulo a 83 ans ! Son 26ème album depuis la séparation des Beatles est annoncé pour mai 2026. Il s’appellera « The Boys Of Dungeon Lane ». Un premier extrait bouleversant de mélancolie, de simplicité et d’évidence vient de sortir intitulé « Days We Left Behind ». McCartney a puisé son inspiration dans le Liverpool de sa jeunesse pour cet album introspectif de la part d’un artiste qui, au crépuscule de sa vie, ressent le besoin, peut-être par nostalgie, d’évoquer le passé. La chanson est magnifique, certainement une des plus belles de son auteur sur laquelle Paul, dont la voix qui a évolué avec l’âge est ici bouleversante, n’est accompagné que par une guitare, un piano, une basse et la voix doublée sur le refrain. Les premiers mots « Looking Back At White And Black /Reminders Of My Past » annoncent la couleur : ce sera le noir et blanc des rives de la Mersey et les « jours laissés derrière soi » que rien ne peut effacer. C’est simple, c’est beau. On ne peut dire que merci pour tout.

Morrissey« Make-Up Is A Lie »

On ne présente pas Morrissey, ex-leader des mythiques The Smiths, à la fois vénéré par certains, détesté par d’autres. Une chose est certaine c’est qu’à 66 ans, sur ce nouveau « Make-Up Is A Lie », sa voix est toujours un enchantement, Morrissey étant un des rares à être capable de transcender un titre par son interprétation.

Après des déboires avec sa maison de disques et un silence de 6 ans depuis son dernier et peu convaincant dernier album « I’m Not A Dog On A Chain » (2020) le voici de retour. Un retour inégal mais suffisamment réussi pour être le meilleur disque de son auteur depuis « You Are The Quarry » (2004) sans cependant l’égaler et à des années-lumière de son chef d’oeuvre absolu « Vauxhall And I » (1994). On y pense cependant sur le très beau « Headache » qui retrouve l’atmosphère du somptueux « Lifeguard Sleeping, Girl Drowning » par cette voix qui se fait ici susurrée, douce et ouatée.

Mais tout n’est pas à ce niveau. La reprise de Roxy Music « Amazona » qui se trouve sur l’album « Stranded » (1973) n’apporte pas grand-chose à l’original, « Boulevard » trop emphatique semble bien longue et casse-pieds. La triplette placée au centre du disque constituée de « Zoom Zoom Little Boy », « The Night Pop Dropped » avec ses claviers vintage et « Kerching Kerching », la meilleure des trois, n’est pas désagréable ni mauvaise mais un peu trop anodine.

C’est aux deux extrémités de l’album qu’il faut chercher les perles. Tout d’abord avec « You’re Right, It’s Time » grande chanson chantée divinement puis avec le single « Make-Up Is A Lie » qui semble quelconque au début avant de s’imprimer dans nos têtes au fil des écoutes. Enfin avec « Notre Dame » qui, malgré son côté complotiste « Notre-Dame We Know Who Tried To Kill You / Notre-Dame Nous Savons Qui A Essayé De Te Tuer », finit par emporter l’approbation.À l’autre bout du disque, on affaire à deux splendeurs dignes du plus grand Morrissey. Tout d’abord avec le titre « Lester Bangs », en hommage au célèbre critique rock. Morrissey dans un refrain bouleversant se demande « How Does It Feel To Be You Lester Bangs ? » et la chanson supporte 100 écoutes sans frémir. Enfin avec « The Monsters Of Pig Alley », merveilleux titre qui clôt l’album, qui elle aussi entre directement au Panthéon de l’artiste. Keren Ann – une des multiples références à la France de l’album – y fait les choeurs et c’est beau à pleurer. Tout ce qui fait qu’on adore Morrissey est là.

The Sophs« Goldstar »

Voici la sensation du moment – et on en a connu beaucoup – dans le petit monde de la presse rock. The Sophs est un sextette californien emmené par le chanteur Ethan Ramon à la voix un tantinet éraillée, voilée, quand il la pousse dans ses limites. Présentés comme les nouveaux Strokes, The Sophs sort son premier album « Goldstar » qu’il convient d’écouter attentivement pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un énième pétard mouillé – et on en a connu aussi beaucoup.

10 titres pour 37 minutes : voilà qui va droit au but (non je ne supporte pas l’OM). Une pochette assez mystérieuse avec ce personnage de dos, mis en abyme, une étoile rouge tatouée dans la nuque, sûrement la « Goldstar » du titre qui, dans la communauté homo, désignerait une personne qui n’a jamais eu de relations sexuelles avec quelqu’un du sexe opposé. Ceci étant dit, l’album s’ouvre par « The Dog Dies In The End » titre acoustique traversé par des décharges électriques mais c’est bien avec « Goldstar » que l’album décolle véritablement. Introduit par une guitare à l’espagnole, le titre devient un formidable glam rock tranchant et explose dans un refrain jouissif qui, en effet, rappelle foutrement les Strokes. Le titre alterne le calme et la fureur mais reste toujours léger.Je suis bien moins convaincu par le plus laborieux « Blitzed Again » plombé par un refrain qui ressemble à du Muse qui voudrait faire du Radiohead, sans le talent et se termine par une tentative saugrenue de faire danser Rabbi Jacob. Par contre rien à dire sur « Sweat » fabuleux single avec sa rythmique électro, ses arpèges de guitares et qui, lui aussi, garde les Strokes en ligne de mire.On retiendra également le très réussi « House » apaisé et plus acoustique malgré quelques poussées de fièvre, la formidable cavalcade country qu’est « Sweetiepie » dans laquelle une guimbarde se fait entendre, la power pop intense de « Death In The Family ». L’album se termine de manière un peu moins convaincante mais n’entache en rien les espoirs que l’on peut placer dans The Sophs. « Goldstar » manque encore de cohérence et de maturité, part un peu dans tous les sens mais comporte la fougue juvénile, le culot des premiers albums pleins de promesses d’avenir.

Archive« Glass Minds »

30 ans déjà que le groupe de Darius Keeler et Danny Griffiths a sorti son premier album « Londinium » (1996), formidable disque de trip hop et qui reste, à mon avis, son somment inégalé. Le groupe changera son fusil musical d’épaule pour devenir une espèce de Pink Floyd des années 2000 sans éviter certaines boursouflures mais en étant aussi capable d’être stratosphérique. C’est sans doute avec « Noise » (2004) que cette 2ème période atteindra son apogée. Depuis, Archive continue sa route, sans grande surprise, enchainant les albums inégaux mais en gardant une exigence de cohérence et de qualité ainsi qu’un son reconnaissable.

Ce nouveau « Glass Minds » – 13ème album du groupe – ne déroge pas à la règle et ravira sans aucun doute les fans du groupe tandis que d’autres, j’en fais partie, s’y ennuieront parfois. En effet, l’album est long – 1h17 – et chacun des 12 titres prend le temps de s’installer sur la durée, affichant une tonalité assez sombre qui est présente dès l’instrumental électro « Broken Bits » qui évoque un paysage apocalyptique avec ce qui ressemble à des cornes de brume lugubres annonçant la catastrophe. La belle voix de Lisa Mottram a cependant de la peine à faire décoller « Glass Minds » le titre, pourtant pas désagréable et dépouillé et le trop long « Patterns », lent et répétitif sous un ciel d’orage électrique, avec son motif de piano mis en boucle, pèse comme un couvercle comme dirait le poète. Il faut attendre « Look At Us » pour se réveiller de la torpeur du début d’album avec ce rock énergique, bourré d’électro et caractéristique du style du groupe. L’album reprend des couleurs et de la hauteur, et nous avec.

L’album avance ainsi en dents de scie entre titres assez anodins tel « When You’re This Down » ou encore « So Far From Losing You » qui révèle une vraie science du crescendo – mais le titre est trop faible pour emporter l’adhésion malgré les montées de cuivres finales – et des « sorties de route » bienvenues dans un univers un peu monolithique. Je pense en particulier au très synthé-pop « Wake Up Strange », très accrocheur et qui apporte de la légèreté à un album souvent plombant et surtout à « Heads Gonna Roll » sur lequel Jimmy Collins et son rap illumine ce qui est à mon avis le meilleur titre de l’album, avec son atmosphère qui rappelle les splendeurs de « Londinium » ou de Massive Attack. Nappes de synthés ultra planantes, rythme trip hop et la voix de Pollard Berrier sur le refrain catapultent ce titre vers les sommets.On ne peut qu’être impressionné par la maîtrise que possède Archive des atmosphères, des détails, de la progression des morceaux mais la recette a du mal à être renouvelée. Cependant Darius Keeler et Danny Griffiths construisent une œuvre solide sur la durée, et les concerts sont impressionnants, j’ai pu m’en rendre compte par moi-même.

Compilation War Child Records« Help (2) »

Certains d’entre vous se rappellent peut-être qu’en 1995 l’association caritative War Child avait rassemblé l’élite musicale anglaise de l’époque – Oasis, Blur, Portishead, Massive Attack, Stone Roses, Suede, Radiohead et Manic Street Preachers entre autres – sur l’album « Help ». À l’époque, la vente de l’album avait rapporté 1,25 millions de livres au bénéfice des enfants victimes de la guerre dans le monde. Les victimes de conflits étant hélas de plus en plus nombreux, War Child réédite l’opération cette année avec ce « Help (2) » au casting impressionnant. Jugez-en :  Arctic Monkeys, Depeche Mode, Pulp, Damon Albarn, Beth Gibbons, Fontaines D.C., Arlo Parks, Sampha, The Last Dinner Party, Wet Leg, Foals, Cameron Winter, Beth Gibbons, Black Country New Road, King Krule, Olivia Rodrigo, Big Thief, … Tout ce beau monde est réuni sous la direction du producteur James Ford pour un résultat d’une qualité impressionnante.

Impossible de détailler les 23 titres de cette compilation bien entendu mais on peut en citer les meilleurs, entre inédits et reprises, sachant qu’il n’y a pas vraiment de morceaux faibles.

L’album commence par « Opening Night », un inédit extraordinaire des Arctic Monkeys, assurément un des meilleurs titres du groupe, entre soie et venin, qui vous fera fondre de plaisir, dans la veine de leur dernier album.Damon Albarn, Grian Chatten et Kae Tempest sont réunis sur « Flags » entre rap et envolées symphoniques mais c’est Black Country, New Road qui sur l’irrésistible « Strangers » rafle la mise en ce début d’album.

Les reprises sont également au rendez-vous. Beth Gibbons livre un très beau « Sunday Morning », classique du Velvet Underground, tout en douceur. Arooj Aftab et Beck s’attaquent au « Lilac Wine » de Jeff Buckley alors que Depeche Mode rendent très inquiétant « Universal Soldier » de Buffy Sainte Marie. Fontaines D.C. de leur côté reprennent Sinéad O’Connor sur « Black Boys On Mopeds » tout en progression dramatique.

On retiendra aussi le velouté « Nothing I Could Hide » d’Arlo Parks, l’acoustique « Obvious » par Wet Leg ainsi que « When The War Is Finally Done » par Foals en suspension sur des nappes synthétiques.

Parmi les très rares déceptions, notons la plantade de Pulp avec un « Begging For Change » qui s’épuise à sprinter en vain. On leur pardonne.

« Help (2) » est une réussite qui vous permettra de conjuguer plaisir et bonne action. Il serait dommage de s’en priver.

Gorillaz« The Mountain »

On a l’habitude d’associer Damon Albarn au groupe qui l’a rendu célèbre, Blur, mais force est de constater que Gorillaz, formé en 2001 avec le graphiste et dessinateur Jamie Hewlett, est au moins sinon plus important dans sa carrière artistique. En effet, les 2 formations ont le même nombre d’albums à leur actif, soit un total de 9 chacune.

Voici donc « The Mountain », 9ème et double album gargantuesque dont la pochette semble suggérer qu’il s’agirait du sommet atteint par le duo. À vérifier.

On a l’habitude avec Gorillaz des collaborations multiples et des nombreuses directions musicales empruntées tout au long de leur discographie. Avec « The Mountain » c’est à une véritable orgie de genres, de sons, de mélanges à laquelle nous avons affaire, au risque d’une certaine indigestion sur la longueur. Au rayon featuring, on se bouscule au portillon : les Sparks, Paul Simonon, Johnny Marr, Anoushka Shankar fille de Ravi, Black Thought de The Roots, The Idles et même les fantômes de Tony Allen, Dennis Hopper, Bobby Womack et Mark E. Smith de The Fall dont les voix surgissent d’outre-tombe. Musicalement c’est un creuset de sons du monde entier et de genres aussi variés que le rock, le reggae, l’électro pop, le reggaeton, le hip-hop qui se bousculent, s’entrechoquent, se marchent dessus au sein d’un seul et même titre pour former une potion fumante, bouillonnante et multiculturelle. Ce dernier aspect n’est pas le moins important de l’album montrant par là que l’art prouve l’absurdité des volontés de repli sur soi, de « pureté nationale » prônés par tous les rétrogrades du monde entier.

L’album a en partie été enregistré en Inde, la langue de la pochette étant le devanagari utilisé pour transcrire plusieurs langues indiennes, et cela s’entend dès « The Mountain » et son introduction instrumentale au sitar et percussions indiennes. C’est une belle entrée en matière en douceur, dépaysante que « The Moon Cave » aux inflexions soul qui vire au hip-hop dans sa seconde partie bouscule déjà, illustrant le mélange des genres évoqué plus haut. « The Happy Dictator » est un titre accrocheur, efficace en collaboration avec les Sparks. Si « The Hardest Thing » où on entend la voix de Tony Allen, fait appel à des cuivres censés lui donner de l’ampleur, il n’en est pas moins légèrement ennuyeux alors qu’ « Orange County » est beaucoup plus enthousiasmante, à la fois ludique et légère avec une mélodie sifflée.« The Empty Dream Machine » est caractéristique de l’album. Le sitar revient avant que Damon se lance dans un chant en toute décontraction à la Bowie. Puis la chanson devient du hip hop, les genres et les styles se mêlant au milieu d’un même titre. Même chose sur « The Manifesto » où règne une ambiance festive et latino, débutant par un raggaeton avec percussions indiennes avant de devenir un rap sombre zébré de cuivres puis de redevenir un rap en espagnol. L’album est une quasi perpétuelle orgie sonore, une sono mondiale concentrée comme principal ingrédient d’une recette ambitieuse. Bien entendu, c’est aussi son principal écueil, celui d’un album touffu, qui fait entrer en collision des instruments, des genres qui n’ont pas l’habitude de se cotoyer au risque du trop plein, de l’indigestion. « Damascus » est à cet égard représentatif qui fait cohabiter Omar Souleyman, un chanteur syrien, avec Yasiin Bey, rappeur américain sur fond de sitar.Chacun vérifiera par soi-même si la profusion à l’oeuvre ici lui est agréable ou pas. J’avoue qu’en ce qui me concerne, je préfère « The Mountain » à petites doses.

The Notwist« News From Planet Zombie »

Pour ceux qui ne connaitraient pas The Notwist, précisons qu’il s’agit d’un groupe allemand, emmené par les frères Acher, Markus – guitariste et lead vocal – et Micha – bassiste et trompettiste – installé à Munch et qui officie depuis déjà 35 ans. En ce qui me concerne, je les ai découverts en 2002 avec leur 5ème et superbe album « Neon Golden » sur lequel ils expérimentaient des sons électro qu’ils greffaient sur des titres pop et mélancoliques. Mais il n’est pas facile de ranger The Notwist dans une case au vu de leur discographie en perpétuelle évolution.

Pour ce 11ème album « News From Planet Zombie », The Notwist a joué la carte de la spontanéité, de la dynamique de groupe, en enregistrant ses 11 titres en 5 jours dans les conditions du live comme cela est précisé dans les notes de pochette. Côté instruments c’est un foisonnement de sons : guitares, percussions, cuivres en veux-tu en voilà, orgue, piano, harmonium, dulcimer et un soupçon d’électronique. Le groupe a eu le renfort de la chanteuse Enid Valu sur plusieurs titres dont le magnifique « Teeth » placé en ouverture, qui propose un crescendo qui prend aux tripes.

Le disque possède globalement une tonalité folk mais les arrangements transportent souvent les titres là où on ne les attend pas, contribuant ainsi à la richesse et à la réussite de l’album. « Red Sun », la reprise de Neil Young avec ses pulsations de cuivres en est un bon exemple. Je suis cependant un peu moins convaincu par « X-Ray », le single qui sonne comme une déflagration de guitares indie-rock accompagnées par une batterie intenable. Mais le reste est irréprochable, en particulier le formidable « The Turning » qui sous ses airs de ritournelle pop, charrie sa dose de mélancolie.« Silver Lines » est une véritable cavalcade sur montagnes russes en forme d’ascenseur émotionnel, « Projectors » est une somptueuse ballade folk au final bouleversant et « Who We Used To Be » sereine et apaisante. On quitte l’album avec le très beau et bucolique « Like This River » en guise de communion « By This River / We Found A Language / That Can Spell ‘You And Me’ ».

J’aurais aimé pouvoir parler encore du magnifique nouvel album de James Blake « Trying Times », merveille de délicatesse ou de « Play Me » nouvel album de l’ex Sonic Youth Kim Gordon, toujours à l’avant-garde, mais le temps me manque. Retrouvons-nous le mois prochain toujours « En 4ème vitesse » et quittons-nous en musique avec « Trying Times » de James Blake. Fermez les yeux, c’est beau…

Nouveauté : découvrez des extraits des albums évoqués dans ce nouveau numéro de « En 4ème vitesse ».

Auteur/autrice

  • Christophe Billars

    Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.

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Écrit par: Billars Christophe

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