Nouveaux albums : la sélection des sorties de décembre 2025
Écrit par Christophe Billars le 6 janvier 2026
Avez-vous remarqué, à l'approche de Noël, combien il était devenu difficile d'offrir de la musique ? La plupart des gens aujourd'hui sont abonnés à une plateforme de musique et n'ont parfois plus de lecteur CD ou de platine vinyle, en particulier les plus jeunes générations. Dans ces conditions, offrir un disque, et en cela partager une passion, faire découvrir un artiste, devient quasi impossible. Vous n'imaginez pas combien j'ai dû, ces dernières années, renoncer à des cadeaux musicaux et j'avoue en être durablement perturbé. Cependant, de mon côté, bien qu'abonné comme tout le monde à une plateforme, je tiens comme à la prunelle de mes yeux à mes CD et vinyles et suis prêt à accepter sans rechigner un cadeau de ce type.
Remontons donc dans le temps encore une fois pour voir quels albums sortis en décembre d'il y a 10, 20, 30, 40, … ans ont dû se retrouver aux pieds de divers sapins.
La plus grande cuvée est incontestablement celle de décembre 1965. Jugez-en. Les Who sortaient « My Generation », The Byrds « Turn!Turn!Turn ! » et The Pretty Things « Get The Picture ». Pour commencer. Les Américains découvraient avec « December's Children » la version US de « Out Of Our Heads » et enfin, cerise sur le gateau, les Beatles avec « Rubber Soul » entamaient leur métamorphose extraordinaire qui allaient les amener à enchainer 5 des plus grands albums de tous les temps.
Dix ans plus tard, en 1975, la moisson n’était pas mal non plus. L’allumé George Clinton et son vaisseau Parliament partaient dans l’espace avec « Mothership Connection » pendant que le Jamaïcain Burning Spear rendait hommage au militant noir des droits civiques sur l’album « Marcus Garvey » qui porte son nom. Enfin, Patti Smith chevauchait sur « Horses » un rock nerveux passé depuis à la postérité.
En décembre 85, Renaud et son « Mistral Gagnant » fleurait bon la guimauve tandis que les Fine Young Cannibals sortaient leur premier album éponyme.
En 1995, pas grand-chose à se mettre sous la dent à moins de me mettre à écouter du death metal mais je ne suis pas encore prêt pour le suicide. Reste donc « The Memory Of Trees » d'Enya mais encore faut-il supporter la musique chiante pour séances de relaxation.
En 2005 les inclassables de Coil sortaient « The Ape Of Naples » recueil de morceaux électroniques minimalistes et largement instrumentaux et flippants.
Décembre 2015 ne nous laissant rien de mémorable, à tous seigneurs tout honneur, je choisis donc les Fab Four qui avec « Rubber Soul » entamaient la révolution musicale qui allait marquer de façon indélébile l'histoire. « Girl », chanson de Lennon coécrite avec McCartney, annonce les splendeurs à venir. Les harmonies vocales sont sublimes sur ce titre acoustique traversé de soupirs langoureux pour cette « Girl » à la fois désirée, admirée et source de souffrances et d'humiliation. Fermez les yeux, c'est beau.

Passons maintenant à ce dernier mois de 2025. Cette fois-ci encore, les sorties ne se bousculent pas au portillon et, Noël oblige, ce sont des live qui vont faire l'actualité principale.
Depeche Mode – Memento mori : Mexico City

Cette dernière tournée de Depeche Mode, suite à la sortie de leur excellent album « Memento Mori » (2024) fut triomphale. Voici maintenant plus de 40 ans que le groupe de Basildon, emmené par Martin L. Gore et Dave Gahan est au sommet. J'ai eu la chance d'assister à un concert de cette tournée à Lyon et j'avoue avoir été impressionné par la qualité du spectacle, si l'on fait abstraction bien entendu du fait qu'il n'y a sans doute pas pire qu'un stade pour entendre des musiciens en concert.
« Memento Mori : Mexico City » retranscrit à la perfection le souvenir que j'ai de ce concert. En formation resserrée – batterie, clavier, guitare, basse et chant, Depeche Mode allie parfaitement les sons synthétiques et électroniques à des chansons souvent somptueuses dont l'atmosphère sombre et noire marie la pop veloutée et le blues.
Gore et Gahan constituent un des duos les plus fructueux qui soit. Si Martin Gore est le compositeur attitré du groupe depuis toujours, il se risque parfois au chant comme sur ce « Soul With Me » tout en fragilité. Quant à Dave Gahan, signature vocale du groupe, il n'a peut-être jamais aussi bien chanté, habitant les chansons de sa voix extraordinaire, les transcendant par sa seule interprétation et tournoyant sur lui-même comme un possédé sur scène.
Depeche Mode n'a rien d'un groupe surfant sur sa légende, remplissant le tiroir caisse à coups de tournées mondiales géantes (suivez mon regard !), c'est au contraire un groupe bien vivant, toujours créatif et intéressant, à l'image du dernier « Memento Mori » dont 5 titres – qui ne font certainement pas pâle figure aux côtés de classiques - sont ici présents sur un total de 24 que comporte l'album. C'est d'ailleurs avec « My Cosmos Is Mine » un de ses titres que le groupe ouvre le show, magistral diamant noir enveloppé de nappes synthétiques et enchaîne avec « Wagging Tongue », aux sonorités Kraftwerkiennes, et toujours extrait du dernier opus. Ils joueront plus loin l'impeccable « Ghosts Again » premier single extrait de « Memento Mori ».
La suite a parfois l'apparence d'un best-of mais comment pourrait-il en être autrement quand on dispose d'autant de tubes et de classiques intemporels que Depeche Mode ? Cependant le groupe fait peu ou prou l'impasse sur les 80's à l'exception de « Never Let Me Down Again », « Just Can't Get Enough » et « Everything Count » privilégiant les titres à partir de « Violator » (1990). Rien non plus de l'album « Exciter » (2001). Tout ici est bien sûr très pro et millimétré mais comment ne pas reconnaître la qualité indéniable de ces « Walking In My Shoes », « Enjoy The Silence » ou encore « Precious » et jusqu'au « Personal Jesus » par lequel se conclut ce live ?
Cerise sur le gateau, le groupe nous gratifie de 4 inédits issus des sessions de « Memento Mori » dont le magnifique « In The End » dont on se demande bien comment il a pu ne pas se retrouver sur l'album. Inclinons-nous devant tant de talent, de longévité et d'intransigeance artistique. Depeche Mode est toujours là.
Nick Cave & The Bad Seeds – Live God

J'ai eu la chance de voir Nick Cave et ses mauvaises graines il y a longtemps, en 1988 je crois, au Summum de Grenoble, alors que j'entamais mes années étudiantes. J'en garde le souvenir de types d'une classe incroyable, tous en noir avec chemises blanches immaculées, jouant comme si c'était la dernière fois et produisant une musique au souffle tellurique. Plus de 35 ans plus tard, ils sont toujours là et je m'apprête à les retrouver en juillet aux Arènes de Nîmes. La musique de Nick Cave s'est depuis longtemps éloignée de l'énergie punk des débuts mais n'a certainement pas baissé en intensité. Le groupe a gagné en maîtrise, l'osmose entre les musiciens est parfaite, et sur la dernière tournée a été rejoint par Colin Greenwood, bassiste de Radiohead.
Nick Cave a essuyé plusieurs deuils dont celui de son fils et jusqu'au récent « Wild God » (2024) – dont on retrouve ici 7 morceaux sur 18 - il a réalisé plusieurs disques somptueux mais d'une noirceur insondable. Ce live est empreint de cette noirceur mais aussi d'une lumière quasi mystique que des choeurs féminins mettent en valeur. Enregistré à Paris, il témoigne de ce qu'est un concert des Bad Seeds, une expérience unique, un condensé de beauté, de noirceur, de puissance qui touche, en effet, au divin.
L'ouverture magistrale « Frogs » donne le ton, le public est hyper présent, les choeurs sont célestes, les Bad Seeds sont impressionnants et on monte encore d'un cran avec une version éblouissante de « Wild God », un truc à vous faire hérisser les poils.
Nick Cave va aussi montrer qu'il n'a rien perdu de sa fougue juvénile lors d'un « From Here To Eternity » tout en tension avant d'envouter avec les splendeurs du dernier disque que sont « Long Dark Night » et « Cinnamon Horses » puis de déclencher l'orage avec cette musique de western horrifique qu'est « Tupelo ». Et l'album ira ainsi de plages calmes et sombres en montée où la puissance des Bad Seeds met tout le monde d'accord. Ainsi d'une version tout en retenue de « Red Right Hand » popularisé par la série « Peaky Blinders » ou de Nick Cave seul au piano qui entame le magnifique « Into My Arms » et du concert qui se termine par le quasi gospel qu'est « As The Water Covers The Sea ».
S'il reste des places, ce dont je doute, précipitez-vous sur les prochains concerts en France à Vienne, à Nîmes, à Charleville-Mézières puis St Cloud. Peu peuvent rivaliser aujourd'hui avec une performance scénique de Nick Cave & The Bad Seeds qui concentrent tout ce que le rock peut offrir de meilleur, de beau, de chaotique et d'apaisement, d'élévation et de ce qu'il y a de plus terrien. C'est une expérience inoubliable.
Melody's Echo Chamber – Unclouded

Bon vous avez compris que les sorties d'albums en décembre ne sont pas légion. Peut-être pour des raisons commerciales, je l'ignore. Raison de plus donc de transgresser, à peine, la ligne Poptastic pour chroniquer cet album qui semble être d'origine anglo-saxonne mais ne l'est pourtant pas tout à fait puisque Melody's Echo Chamber est le groupe d'une française, Melody Prochet, violoniste à la base au conservatoire d'Aix en Provence avant de se lancer dans une carrière artistique plus créative.
Sa rencontre avec Kevin Parker, leader du groupe Tame Impala, qui va devenir son compagnon, est le point de départ du projet Melody's Echo Chamber. Parker produit son premier album éponyme en 2012 puis Melody se fera un nom toute seule comme une grande, labourant le sillon d'une pop éthérée, onirique, truffée de mélodies inventives et d'arrangements lumineux.
Ce 5ème album « Unclouded » ne déroge pas à la règle tout en montrant un degré de maîtrise encore jamais atteint par la musicienne. La musique de Melody's Echo Chamber est en effet « sans nuages », radieuse, solaire. Pour ce résultat, elle est allée en Suède pour s'entourer de divers musiciens aux cordes, guitares, basse, batterie et surtout pour forger de magnifiques arrangements d'orfèvre, travaillant les textures sonores jusqu'au détail. Il suffit de jeter une oreille à la première plage du disque, le superbe « The House That Doesn't Exist » où la voix à la fois claire et contonneuse de Melody fait merveille pour s'en persuader.
Mais c'est sûrement « Eyes Closed », ballade nocturne et maritime, comme un rêve éveillé sur un matelas d'instruments, qui enchante le plus. Sur l'instrumental « Unclouded », le bruit des vagues accompagne une harpe aux notes comme une rivière qui coule et des cordes spatiales sur un tempo qui campe les pieds bien au sol. L'album se termine sur un « Daisy » absolument pop et printanier.
Oui on peut reprocher une certaine monotonie sur la longueur de l'album, les ambiances sonores étant peu ou prou toujours les mêmes, donnant parfois la sensation d'écouter la variation d'un seul et même titre. Mais mis à part ce défaut, l'album démontre un talent indéniable, celui de Melody Prochet.
Nous arrivons au terme de cet « En 4ème Vitesse » de décembre et dernier de l'année 2025. Il ne me reste qu'à vous souhaiter une belle et heureuse année 2026, que j'essaierai d'éclairer musicalement avec les futures sorties d'albums, les incontournables et mes coups de cœur.
Pour terminer donc, mon top purement subjectif et dans le désordre pour 2025. À l'année prochaine !
Mark Pritchard / Thom Yorke – Tall tales
Tunng – Love you all over again
Pulp – More
Franz Ferdinand – The human fear
Bertrand Belin – Watt
Bar Italia – Some like it hot
Sword II – Electric hours
The Divine Comedy – Rainy sunday afternoon
Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.


DepecheModeBE Sur 7 janvier 2026 à 14 h 06 min
Merci pour ce bel article sur Depeche Mode 🙂