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Nos forêts brûlent, la sécheresse sévit, la canicule nous assomme, Pogacar assomme le Tour et l’Espagne douche nos espoirs de 3ème étoile, tel est ce mois de juillet 2026. Du coup, l’actualité musicale est au diapason, brûlante elle aussi. En effet, nous allons voir dans cet « En 4ème vitesse » nouveau que les sorties d’albums concernent de grosses pointures. Sabots ou escarpins ? Mais d’abord le désormais traditionnel coup d’oeil dans le rétroviseur des mois de juillet passés.
Juillet 66, si par chez nous Georges Brassens publie sa « Supplique Pour Être Enterré Sur La Plage De Sète », Michel Polnareff débarque avec son premier album éponyme et ses tubes dont « Love Me Please Love Me ». Aux USA, on découvre « Tim Hardin 1 » et son folk soyeux, les Yardbirds publient « Roger The Engineers » et Orbison « The Classic Roy Orbison » mais ce sont bien les Byrds de Roger McGuinn qui survolent le peloton avec « Fifth Dimension », chef d’oeuvre de pop psychédélique.
En juillet 76, dans la foulée de Kraftwerk, c’est bien en Allemagne que se joue le futur de la elektronische musik avec « LA Düsseldorf ». Pendant ce temps, Al Stewart célèbre « The Year Of The Cat », George Clinton et ses Parliament fabriquent des « Clones Of Dr Frankenstein », Roy Ayers Ubiquity compose avec « Everybody Loves The Sunshine » l’album qui deviendra le préféré de Michelle Obama et Jeff Beck sur « Wired » tripote le manche de … sa guitare.
Juillet 86, UB40 blanchit le reggae sur « Rat In The Kitchen », on subit les bouffons de Sigue Sigue Sputnik et leur « Flaunt It », Bob Dylan sort un de ses pires albums avec « Knocked Out Loaded », Lionel Richie produit de la guimauve à tour de bras avec « Dancing On The Ceiling ». Heureusement, il y a mieux avec le « Lifes Reach Pageant » de R.E.M, avec The Housemartins qui remportent le match haut la main « London 0 Hull 4 » et c’est surtout l’année de la découverte d’un album qui m’a vraiment marqué à l’époque « Boomtown » de David + David, recueil des titres exceptionnels par ce duo de Los Angeles. Et puis en juillet 86, en récompense du Bac nouvellement obtenu, une platine vinyle flambant neuve tournait en permanence dans ma chambre.
Juillet 96, le Bac est loin et je viens d’entamer ma vie professionnelle. Le rap américain est partout. Sur leur 4ème album « Stakes Is High », les New Yorkais de De La Soul confirment leur maîtrise des samples. Encore à New York, encore un 4ème album pour A Tribe Called Quest avec « Beats, Rhymes And Life ». Toujours depuis NYC, Nas publie son 2ème album « It Was Written » qui sera un immense succès. On abandonne le rap mais on reste à New York avec « Tidal » le multirécompensé et superbe 1er album de Fiona Apple. Traversons d’abord le pays jusqu’en Californie pour la neurasthénie somptueuse des Red House Painters de Mark Kozelek sur « Songs For A Blue Guitar » puis l’océan pour l’unique album du duo Motorbass d’Etienne De Crecy et Philippe Zdar « Pansoul », monument de la French Touch.
En juillet 2006, on foulait les autoroutes US avec les impeccables « American V : A Hundred Highways » de Johnny Cash et « Highway Companion » de Tom Petty tous les deux aujourd’hui disparus. Adoubés par David Bowie, TV On The Radio emmenés par le sorcier du son David Sitek sortait son 2ème album « Return To Cookie Mountain » alors que Lily Allen publiait son premier disque « Alright, Still » gorgé de tubes poppy tout comme Pharell Williams qui, en congé des Neptunes, se lançait dans une carrière solo avec « In My Mind ». Les New York Dolls effectuaient un retour sous l’impulsion de Morrissey avec « One Day It Will Please Us To Remember Even This ». Côté british c’est Thom Yorke qui, lui aussi, se lançait en solo avec « The Eraser » alors que Muse, déjà, me vrillait les tympans sur « Black Holes And Revelations ». Mais la révélation aurait lieu 10 ans plus tard, en juillet 2016, avec l’exceptionnel « Love & Hate » de Michael Kiwanuka, gorgé de soul et d’émotions tandis que Metronomy fêtait son « Summer 08 » tout entier tourné vers une pop dansante et chatoyante. Alors bien entendu, c’est pareil à chaque fois, il est quasi impossible de choisir un album parmi tous ceux-là mais cette fois-ci, je me laisse guider par la nostalgie et le souvenir de ce choc que fut l’album de David + David « Boomtown » à l’heure d’entamer ma période étudiante.
Alléché par une critique de Best ou Rock & Folk, je découvrais ce disque que j’allais écouter jusqu’à l’user. Dans cet hymne à Los Angeles, David Baerwald et David Ricketts signaient 9 titres époustouflants de poésie urbaine, d’un rock à la fois bouleversant, quasi cinématographique, un OVNI qui n’aura jamais de suite, captant l’atmosphère d’une ville démesurée à l’image du morceau « Welcome To The Boomtown » qui ouvre l’album et de son refrain qui me touche toujours autant tant d’années après. Attention chef d’oeuvre.
Il est temps de nous intéresser à notre mois de juillet actuel, comme je l’ai dit en introduction très fourni en sorties de poids.
Album du mois The Strokes – Reality Awaits
En 2001, la bande de Julian Casablancas débarquait avec un premier album fracassant. « Is This It », avec sa pochette explicite, un gant de cuir sur une peau nue, et des titres comme des bombes à fragmentation, redonnait au rock à guitares toutes ses couleurs et allait influencer la décennie à venir. Depuis, et 5 albums plus tard, The Strokes est devenu un groupe mythique, peut-être un des seuls ayant émergé au 21ème siècle.
Je dis souvent qu’il existe 2 types (je simplifie) d’artistes : ceux qui répètent inlassablement la même et éternelle formule attendue par leurs fans – coucou ACDC par exemple – et ceux qui évoluent au risque de se planter parfois, Bowie en étant le modèle absolu. Les Strokes font indéniablement partie de cette deuxième catégorie, la plus intéressante, la plus exaltante, qui fait que chaque nouvel album avance plus ou moins en terre inconnue. Car il est établi aujourd’hui, au grand dam de ceux qui aiment la première catégorie sus-citée, que les Strokes ne referont jamais « Is This It ». Pour ceux qui toujours veulent que rien ne change, les Strokes sont perdus depuis longtemps. Il y a déjà 6 ans, « The New Abnormal » (2020) était pourtant un sacré bon disque, bourré de titres accrocheurs, ne plaçant plus les guitares au premier plan sans toutefois les abandonner, laissant la part belles aux synthés pour un résultat prouvant que la créativité était bel et bien toujours présente.
Ce nouvel album « Reality Awaits », dont le fier cowboy à cheval de la pochette semble prêt à défricher de grands espaces, donne le ton. L’album va encore plus loin sur le chemin tracé par son prédécesseur et s’éloigne à des années lumière du « Is This It » inaugural. Les puristes vont en vomir leur 4 heures en entendant ces synthés omniprésents et surtout la voix souvent auto-tunée (sacrilège!) d’un Julian Casablancas qui pourtant est coutumier des filtres pour la « salir ». Rick Rubin est de nouveau à la production d’un album qui n’est plus vraiment du rock et a le mérite de pousser la musique des Strokes encore plus loin, ce qui n’est pas la garantie d’une réussite.
Dès « Psycho Shit », un titre lent qui monte progressivement en intensité, l’auto tune est hyper présent et vient mettre son grain de sable dans cette ballade rock sur fond de guitares torturées en furie, à la limite du « too much », de l’indigestion mais heureusement le calme revient à temps. Quelle introduction pour cet album qui cueille l’auditeur à froid et l’emmène là où il ne s’attendait pas à aller. Les puristes sont en PLS. « Dine N’dash » nous ramène vers des contrées déjà explorées dans « The New Abnormal », les synthés remplissent l’espace, la guitare joue peu mais juste, la batterie place les cymbales en évidence et le titre, bien qu’un peu long, fonctionne plutôt bien. « Lonely In The Future » correspond à ce qu’on attend des Strokes, un titre ciselé, aux guitares incisives et inspirées par contre c’est la plantade sur l’ennuyeux et mièvre « Falling Out In Love », slow (ça existe encore?) baveux interminable, autotuné à mort qui casse la dynamique d’un album plutôt bien engagé.
On retrouve le sourire avec « Going To Babble On » malgré les velléités prog de la guitare sur la fin. Le morceau est enlevé et nimbé d’une mélancolie qui lui donne un charme fou. Place à « Going Shopping », le single impeccable aux paroles sombres et politiques « The pay is low, but I gotta do somethin’ / I’m at the mall and the song is bumpin’ / Le salaire est bas, mais il faut bien faire quelque chose / Je suis au centre commercial et la musique résonne à fond », candidat au titre de meilleur morceau de l’album, à l’évidence qui saute aux oreilles dès la première écoute. L’excellent Walton Goggins joue Julian Casablancas dans le clip.
« Liar’s Remorse » fait belle impression avec son intro en apesanteur, la batterie sera absente de ce titre superbe, les guitares entrelacées et le synthé faisant comme un coussin d’air à la voix de Casablancas également plus-que-parfaite sur le merveilleux « The Fruits Of Conquest », passant d’un registre, d’une tonalité à une autre avec une facilité déconcertante. L’album s’achève sur « Tyrants Of The Mellow Moon » d’une tristesse insondable, conclusion d’un album hautement aventureux, d’une modernité qui en repoussera plus d’un mais qui l’inscrit pleinement dans son époque. The Strokes ont choisi d’avancer, coûte que coûte, au risque de déplaire mais c’est tellement plus intéressant que la redite.
The Rolling Stones – Foreign Tongues
Voilà, il est là, le 25ème album des papys du rock, dont j’avoue ne plus attendre grand-chose depuis bien longtemps à l’heure de jeter une oreille sur ce « Foreign Tongues » à la pochette affreuse pour certains, géniale pour d’autres. La difficulté avec les Stones est de juger leur nouvelle livraison sans le faire à l’aune d’une carrière exceptionnelle qui a pourtant connu, depuis les sommets inatteignables que sont « Beggars Banquet » (1968), « Let It Bleed » (1969), « Sticky Fingers » (1971) et « Exile On Main Street » (1972), une dégringolade par paliers successifs. En effet, à part l’affreux « Emotional Rescue » (1980), tous les albums entre « Goats Head Soup » (1973) et « Tattoo You » (1981) restent d’un niveau élevé même s’ils sont inégaux. Mais à partir de « Undercover » (1983) jusqu’au récent « Hackney Diamonds » (2023), ce n’est qu’une succession d’albums insignifiants, sitôt écoutés sitôt oubliés, prétextes à de lucratives tournées mondiales lors desquelles le groupe vit sur son glorieux passé.
Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui à plus de 80 ans, Mick Jagger, Keith Richards et Ron Wood à continuer encore et encore, à jouer encore le jeu des promos, à faire encore les zouaves devant les caméras comme s’ils étaient les perdreaux de l’année ? L’argent ? Impensable tant il semble impossible qu’ils en aient besoin. L’addiction aux feux de la rampe ? C’est possible même si Jagger semble être vraiment le seul à apprécier cette exposition de lui-même. La passion pour le rock ? Il semble bien que ce soit la seule explication valable car enfin pourquoi ne profiteraient-ils pas pépère d’une retraite bien méritée, ayant acquis leur place depuis bien longtemps au Panthéon du rock plutôt que repartir encore et encore en studio, en tournée, en promo, … ? Et puis on pourrait dire la même chose de Paul McCartney dont le récent nouvel album a été chroniqué par votre serviteur le mois dernier à la différence près me semble-t-il, et elle est de taille, que l’ami Paulo accepte son âge, la fragilité de sa voix et se retourne, dans un disque empreint de nostalgie et souvent bouleversant, vers le Liverpool de son enfance tandis que nos cailloux sont toujours dans le paraître, dans la recherche d’une éternelle et illusoire jeunesse – comme en témoigne le clip du single « In The Stars », plutôt accrocheur d’ailleurs le single, dans lequel, rajeunis par l’IA, les membres du groupes semblent sortis des 70’s. On en vient d’ailleurs à se demander si cette même IA n’est pas aussi intervenue pour rajeunir la voix d’un Jagger qui chante comme s’il avait 20 ans. Comparez avec l’album de Macca et dites- moi si cela n’est pas un brin suspect.
Mais venons-en au fait. Que vaut ce « Foreign Tongues » nouveau ? En essayant donc, de le considérer comme un album parmi d’autres. Ça commence par un riff gras et rugueux qui vient de là, qui vient du bluuuues, des giclées d’harmonica, Jagger qui Jaggerise, les choeurs sur le refrain, le piano qui s’agite … mais bon sang c’est pas mal du tout, c’est Stonien en diable, ça s’appelle « Rough And Twisted » et ma foi, si l’album est dans cette veine bluesy crade – sans toutefois atteindre les sommets de débauche d’ « Exile » – on sera pas si mal. Suit le single « In The Stars » beaucoup plus produit qui commence comme du Coldplay (aïe!), parfois poussif sur les couplets mais qui passe finalement la rampe grâce à un refrain accrocheur et exaltant. On est loin des grands classiques du groupe cependant. Oups, j’ai dit que je ne comparerai pas, greffier ne notez pas cette dernière remarque.
On enchaîne avec « Jealous Lover » sur lequel les Stones se rappellent qu’ils ont essayé, fut un temps, de se la jouer soul et funky. Jagger reprend sa voix haut perchée de « Miss You » ou « Emotional Rescue » mais ne réussit qu’à être pénible, le titre étant poussif et énervant alors qu’il aurait voulu être sensuel et groovy. Raté. « Mr Charm » débute par un riff qui fait furieusement penser à celui de « Can’t You Hear Me Knocking » sur « Sticky Fingers », sans le mordant, sans le venin même si le titre n’est pas inintéressant et témoigne d’une belle énergie. Mince j’ai encore comparé. « Divine Intervention » fait partie de ces titres lambda que le groupe a commis ces 40 dernières années, c’est pas mal fichu, c’est rock, c’est sans intérêt. La divine surprise arrive alors avec le merveilleux « Ringing Hollow ». Enfin, les Stones débranchent et jouent simple. Sur un titre country mid tempo dans la veine de « Dead Flowers », sans en atteindre toutefois la perfection, l’émotion surgit malgré quelques ficelles apparentes. La voix de Jagger touche au cœur, Ronnie Wood et sa slide guitar sont superbes, la production mastoc s’efface pour laisser entrer un peu d’air dans cette chanson modeste pourtant de loin la meilleure de l’album.
Retour au tout venant avec « Never Wanna Lose You », titre insignifiant, la production tentant de cacher la misère tout comme sur « Hit Me In The Road » totalement creux, sur lequel les Stones font vraiment leur âge. Suit la reprise d’Amy Winehouse « You Know I’m No Good » qui n’atteint jamais la sensualité vénéneuse de la version originale. On sort de ce ventre très mou de l’album grâce à Keith Richards qui chante ou plutôt murmure un « Some Of Us » touchant et prouve encore que c’est quand ils sont les plus simples, les plus humains que les Stones sont les meilleurs. On constate alors à quel point la production d’Andrew Watt a joué la carte du gros son au détriment des émotions. Mais peut-être, faiblesse globale des compositions oblige, n’a-t-il pas vraiment eu le choix. Car malheureusement, la suite ne sera pas reluisante. On passera très vite sur « Covered In You » d’une platitude absolue tout comme sur un « Side Effects » indigne, doté d’une production sans âme. « Back In Your Life » ralentit le rythme jusqu’à tutoyer l’ennui le plus profond à peine brisé par un solo de Ron Wood.
L’album se clôt cependant de la plus belle des manières par « Beautiful Delilah », une reprise débranchée de Chuck Berry où l’âme des Rolling Stones transparait enfin comme en 1962/63 à leurs débuts, après que Jagger et Richards se soient rencontrés par l’intermédiaire d’un disque de … Chuck Berry. Ils nous rappellent qu’au fond les Stones ne sont que cela, un groupe de blancs fous de blues, qu’il s’agit du noyau dur de leur musique, de la source de cette passion qui fait qu’à 80 ans passés ils sont encore là pour un « Foreign Tongues » qui n’ajoutera rien à leur gloire mais a le mérite d’exister et de témoigner que ces gars-là ont encore du plaisir à jouer ensemble. Rien que pour ça on les en remercie.
Tricky – Different When It’s Silent
Sur ce nouvel album du cofondateur de Massive Attack et auteur du chef d’oeuvre « Maximquaye » (1995), le single « Out Of Place » est placé en toute fin des 14 titres qu’il comporte. Chanté en duo avec la polonaise Marta, sur une batterie impétueuse, Tricky y aborde le décès de sa fille en 2019, drame intime qui imprègne depuis sa musique « Now I’m swimming / I’m moving through water / I’m singing / I sing for my daughter / Maintenant je nage / Je me déplace dans l’eau / Je chante / Je chante pour ma fille ».
En effet, et à l’image de la pochette, derrière le noir c’est la sérénité que recherche Tricky et il y parvient grâce à un album à la fois sombre et lumineux par la qualité des chansons et la variété des ambiances qu’il propose. Il est allé chercher le chanteur Mitch Sanders dont la voix pop et claire tranche avec celle de Tricky, enrouée, cabossée, sombre et menaçante en arrière plan parfois comme les deux faces opposées d’une même médaille. D’autres voix se font entendre sur l’album comme le rappeur Radana ou encore Run Red Rambo. Musicalement, c’est l’épure qui domine dans la mise en son de ces titres qui dépassent rarement les 3 minutes. Et pourtant les genres se percutent, les sons de synthés, de guitares sont hyper variés et rappellent parfois le hip hop « Radana », la pop « Because I Don’t Know » et « Paris Maybe », le blues voire la cold wave et des lignes de basse à la The Cure, le rock « I’m Yours » et bien sûr le trip hop dont il est l’inventeur.
Le dépouillement est partout. Sur un « Hengrove Blues » à l’os, sur « Piano » somptueuse chanson en apesanteur, sur « Cannon Fodder » squelettique et sublime et cela car les compositions, toutes d’une qualité exceptionnelle, n’ont besoin de rien d’autres que de quelques vêtements légers, toujours adaptés à les mettre en valeur. Par le passé, Tricky a parfois été abrupt, dressant entre l’auditeur et ses chansons des défenses hérissées de tessons de bouteilles. Il n’en rien ici, l’album étant toujours accessible, touchant.
Et si finalement on tenait là l’album du mois ? Tricky est de retour pour son meilleur disque depuis des lustres, il serait dommage de ne pas profiter de l’ivresse que procure ce flacon.
Charlie XCX – Music, Fashion, Film
Une pochette qui regroupe John Cale, Martin Scorsese et le créateur de mode Marc Jacobs, le clip de « Camera » dont l’acteur principal s’appelle Vincent Cassel et la voix de David Cronenberg sur le titre « No One Lasts Forever » ne pouvaient pas me laisser indifférent et font, avant même d’écouter une seule note, du nouvel album de l’anglaise Charlotte Aitchison alias Charlie XCX un objet culte. Charlie XCX, pour ceux qui ne la connaissent pas, est l’autrice de « Brat » (2024), phénomène du genre dit « hyperpop » – fait de voix autotunées, d’effets électroniques très marqués, d’emprunts à la dance music – qui a incendié les clubs mais à côté duquel j’avoue être totalement passé. Il n’est jamais trop tard pour bien faire cependant.
Le virage rock annoncé par l’artiste est donc déjà visuel, après le vert flashy de la pochette de « Brat », le noir et blanc de ce 2ème album et les collaborations de ces hommes blancs plutôt âgés, qui ont marqué nos imaginaires en font une sorte de geste politique surprenant et bienvenu en ce qu’il rassemble des générations que la tendance actuelle aurait plutôt tendance stupidement à opposer.
Alors « Music, Fashion, Film » serait-il un album rock à l’ancienne ? Rock oui dans une certaine mesure car les guitares sont très présentes. À l’ancienne certainement pas, tant la production les triture, les concasse dans des titres hyper courts (on ne passe que 2 fois les 3 minutes) et fait du rock la matière première d’un album qui le travaille, le détourne, le malaxe dans tous les sens.
Cette démarche est évidente dès l’emblématique « Rock Music » avec ses guitares hyper trafiquées, et le mot « roooooooooock » étiré à l’extrême sur une voix robotique qui affirme « I think the dance floor is dead / Je pense que la piste de danse est morte / So now we’re making rock music / Alors maintenant, on fait de la musique rock » alors que la musique nous met des fourmis dans les jambes. Cette contradiction assumée se retrouve sur le titre suivant « SS26 » dont les paroles pessimistes quant au monde actuel « Yeah, we’re walking on a runway that goes straight to Hell / Nothing’s gonna save us, not music, fashion, or film / Ouais, on marche sur un podium qui mène tout droit en enfer / Rien ne nous sauvera, ni la musique, ni la mode, ni le cinéma » sont en opposition avec ceux qui, sur la pochette, justement par le cinéma, la musique nous ont tellement apporté.
Tout au long des 30 minutes du disque, les titres s’enchainent, courts, nerveux, à la fois électroniques et truffés de riffs de guitares tordus dans tous les sens, et dressent un tableau du monde d’aujourd’hui dans lequel les genres se fondent les uns dans les autres, où les sons passent par des filtres qui les sculptent tels de la matière solide. Le rock de Charlie XCX n’est pas vraiment du rock mais un hybride parfois passionnant, parfois plus anodin qui manque un peu d’âme derrière le vernis de la production. On ne s’ennuie pas, on n’en a de toutes les façons pas le temps vu la brièveté des titres et d’un album jubilatoire et excitant.
En accéléré
J’aurais aimé parler du nouvel album des anglais de Yard Acts « You’re Gonna Need A Little Music » aux guitares en étendards, dont le post punk est contaminé par un groove puissant mais le temps manque. Il manque aussi pour aborder « I’m Dada » album foisonnant des Texans de Holy Wave. Vous en retrouverez des extraits dans la playlist Deezer ci-dessous. D’ici là bon été à tous et à la prochaine.
Playlist Deezer – En 4ème vitesse – Juillet 2026
Par :
Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.
Écrit par: Billars Christophe
Une playlist nocturne mêlant ballades rock et titres plus posés, idéale pour accompagner les nuits, les moments calmes et les ambiances introspectives.
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