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En 4ème vitesse - Les albums sortis en septembre 2026
En écrivant cette chronique, alors que je fouillais pour lister les albums sortis dans les mois de septembre des années en 6 passées, je me suis rendu compte à quel point ce mois n'était pas seulement celui de la rentrée des classes, de la rentrée littéraire, de la rentrée politique, des vendanges et autres événements incontournables qui rythment notre vie, mais aussi celui manifestement de la rentrée musicale. En effet, quelles que soient les époques, le nombre d'albums qui sortent en septembre est tout simplement pléthorique et cette année 2026 n'échappe pas, comme on va le voir, à la règle. Comme les feuilles mortes, les bons albums se ramassent à la pelle et c'est tant mieux. Il ne nous manque finalement plus que la pluie...
En septembre 1966, Bert Jansch déroule son folk mélancolique accompagné de sa guitare sur « Jack Orion », l'affreux Ike Turner mène sa femme Tina à la baguette sur le classique soul « River Deep, Mountain High », The Mamas & The Papas publient leur 2ème album éponyme, The Spencer Davis Group annonce la saison avec « Autumn '66 » et Tom Jones reprend des standards sur « From The Heart ».
En septembre 1976, Stevie Wonder enregistre un chef d'oeuvre absolu, sommet de sa discographie, le double album « Songs In The Key Of Life ». En France, Christian Vander et Jannick Top inventent un langage et une musique au sein de Magma qui publie son 6ème album « Üdü Wüdü ». Sur « Albedo 0.39 » et son célèbre single « Pulstar », Vangelis utilise synthétiseurs et percussions contribuant à la démocratisation de la musique électronique. Tom Waits sur son 4ème album « Small Change », fait se rencontrer le jazz et le blues, JJ Cale publie son classique « Troubadour » qui contient le célèbre « Cocaïne », AC/DC son 2ème album « Dirty Deeds Done Dirt Cheap » et Black Sabbath sombre un peu dans la routine avec « Technical Ecstasy ». Au même moment et dans des genres bien différents Jeff Lynne et son Electric Light Orchestra explose avec « A New World Record », Hall And Oates rencontrent un vif succès avec « Bigger Than Both Of Us », Bryan Ferry réarrange certains titres de Roxy Music en plus de reprises sur « Let's Stick Together » et enfin Funkadelic emmené par George Clinton fait funk de tout bois sur « Tales Of Kidd Funkadelic ».
Déferlante d'albums également en septembre 1986 et pas des moindres. Le décès de Catherine Ringer a remis au goût du jour les Rita Mitsouko qui allaient exploser les compteurs avec « The No Comprendo » et ses singles imparables. De nombreux artistes prennent des chemins de traverse, explorant de nouvelles directions passionnantes comme The Chameleons avec « Strange Times », The Fall sur « Band Sinister », This Mortal Coil avec le très beau « Filigree & Shadow » ou The Durutti Column sur le délicat « Circuses And Bread ». New Order poursuit son parcours impeccable avec « Brotherhood », Ric Ocasek s'échappe de The Cars sur « This Side Of Paradise », Elvis Costello & The Attractions livrent un brillant et punchy « Blood And Chocolate » alors que les toujours pas très finaux d'Iron Maiden font le job sur « Somewhere In Time ». En 86, Tina Turner n'est plus sous la coupe d'Ike et connait un succès immense malgré la piètre qualité de « Break Every Rule », carton plein aussi pour Cindy Lauper et son multiplatiné « True Colors ». Enfin n'oublions pas l'immense Miles Davis qui, drive par Marcus Miller, touche le jackpot avec « Tutu ».
Avalanche d'albums également en septembre 96, qu'on en juge. On en trouve des fantastiques comme « Nine Objects Of Desire » de Suzanne Vega, « Londinium » d'Archive pour un premier jet qu'ils n'ont jamais égalé par la suite, comme le somptueux « Dolorès » de Jean-Louis Murat. On en trouve des très réussis dont « Illadelph Halflife » de The Roots, « Coming Up » de Suede, « Bilingual » des Pet Shop Boys, « In A Bar, Under The Sea » des Belges de dEUS. Il y en a de bons même si un tantinet décevants comme « New Adventures In Hi-Fi » de R.E.M, « C'mon Kids » des Boo Radleys, « Pinkerton » de Weezer et puis des très pénibles comme l'album éponyme de Sheryl Crow et son rock ricain sans grâce, « Traveling Without Moving » de Jamiroquai que je ne supporte pas et enfin le rock progressif des Porcupine Tree sur « Signify ».
Nous voilà en septembre 2006. Beyoncé triomphe avec « B'day », Justin Timberlake également sur « Futuresex / Lovesounds », deux albums vendus par millions. Elton John tente de retrouver le son de ses 70's sur « The Captain & The Kid » et on découvre que John Lennon a plusieurs fils musiciens dont Sean Ono Lennon qui sur « Friendly Fire » a de troublantes intonations de son papa. Par ailleurs de nombreux artistes confirment leur talent. C'est le cas de Sparklehorse avec « Dreamt For Light Years In The Belly Of Mountain », de Yo La Tengo sur « I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass ». D'autres sont à l'orée d'une carrière qui s'annonce prometteuse comme Grizzly Bear avec « Yellow House » ou Bat For Lashes et son 1er album « Fur And Gold ». Il faut également citer les fous furieux The Mars Volta et leur gargantuesque « Amputechture ».
Plus près de nous, en septembre 2016, ce sont bien des artistes francophones qui se distinguent. Le duo français Paradis publie « Recto Verso » son premier album tout comme le rappeur belge Damso avec « Batterie Faible » alors que le double « Dans La Légende » est déjà le deuxième du duo PNL. Enfin c'est la consécration pour La Femme avec l'excellent « Mystère ». « Skeleton Tree » de Nick Cave & The Bad Seeds est hanté par la mort du jeune fils de 15 ans. L'australien Bon Iver sur « 22, A Million » perturbe son folk avec de l'électronique alors que Solange Knowles alias Solange sort « A Seat At The Table » acclamé par la critique.
Il ne faut en choisir qu'un alors qui se souvient aujourd'hui qu'Archive fut, à ses début en 1996, un groupe de trip hop ? « Londinium » fut le premier et à mon sens le meilleur album du groupe qui marchait sur les pistes ouvertes par Massive Attack, Tricky et Portishead. Il en résulte un disque fascinant, toujours inspiré, sur lequel se croisent la voix féminine et aérienne de Roya Arab et des passages hip-hop de Rosko John. Dès leur 2ème album, Darius Keeler et Danny Griffiths prendront une autre route, radicalement différente et rencontreront le succès. Il reste donc cet OVNI, unique dans leur discographie, à la pochette étrange et aux morceaux envoutants comme cet « Headspace » somptueux.
Pas une demi-seconde d'hésitation ce mois-ci pour décerner le label d'album du mois à Elias Dris pour son merveilleux « Pearl ». En effet, voilà longtemps qu'un album ne m'avait pas d'emblée bouleversé à ce point, jusqu'à entrer dans mon Panthéon personnel aussitôt découvert.
Ce qui caractérise la musique de ce jeune homme, androginé jusque dans sa voix sublime, c'est d'abord la simplicité et l'évidence des mélodies des 8 titres de « Pearl ». Beaucoup d'artistes signeraient pour n'avoir composé qu'une seule de ces 8 chansons exceptionnelles, d'une beauté sombre à couper le souffle. Elles sont habillées de peu, de l'essentiel, Elias Dris joue avec les silences, lui qui est parti du folk pour aboutir ici à ce travail d'orfèvre, à ces arrangements d'une délicatesse absolue. Il est extraordinaire d'entendre ces titres presque nus - une boite à rythmes ou une batterie minimaliste au tempo lent, quelques arpèges de guitares et notes de piano, des effets discrets de temps en temps sur la voix, – produire une impression aussi intense, remplir l'espace sonore de façon aussi totale que mystérieuse.
Depuis longtemps un titre d'ouverture ne m'avait pas transporté comme ce « Los Angeles » sur lequel, de sa voix d'ange, le franco-américain (il a grandi et passé une grande partie de sa vie en France) Elias Dris avoue des désirs simples « All I wanna do is / To lie down next to you in Los Angeles / Tout ce que je veux / c'est m'allonger à tes côtés à Los Angeles. » Mais c'est le Los Angeles de David Lynch auquel on a affaire ici, fascinant de beauté et inquiétant à la fois. Il sera d'ailleurs également question de David Lynch sur le sublime et délicatement électronique « Bad Movie » : « Trapped in the emotion / David Lynch commotion / No answers only questions / Piégé par l'émotion / L'effervescence autour de David Lynch / Pas de réponses seulement des questions ».
Mais par quelque bout qu'on le prenne, « Pearl » est inattaquable. Que ce soit sur des titres comme « Bitches Like Us » ou « The Void » qui laissent entrer l'air du temps par le biais de sons électroniques qui jamais n'entament l'émotion bien au contraire, ou sur les plus acoustiques et magnifiques « Killed My Fun » et « California Blue ».
« Pearl » dure seulement 28 minutes mais ce sont les 28 minutes les plus intenses entendues depuis pas mal de temps alors il n'y a pas à hésiter, la beauté est à portée de vos oreilles.
Sous cette belle pochette luxuriante, se cachent deux quinquas qui se sont associés pour produire ce magnifique album sous le nom de Dragonflies. Le premier est Dhani Harrison, fils de George, membre des Beatles pour l'éternité. Le second est Nigel Godrich, le « George Martin » de Radiohead, immense producteur et co-inventeur du son des années 2000. Ce dernier avait déjà eu maille à partir avec un authentique Beatle, à savoir Paul McCartney, à qui, en tant que producteur de son album « Chaos And Creation In The Backyard » (2005), il avait demandé de remettre à plat sa façon de travailler et de jouer de tous les instruments. Le résultat fut sans appel puisqu'il s'agit du plus grand album de Sir Paul en solo.
Les deux compères jouent ici de tous les instruments à part sur 4 morceaux où Joey Waronker, membre d'Atoms For Peace avec Thom Yorke, qui a joué pour R.E.M., Beck, Oasis entre autres d'occupe de la batterie et des percussions. Un ensemble de cordes est également convoqué sur l'album d'une richesse instrumentale impressionnante. Ce sont 8 titres d'une musique à la fois sophistiquée dans ses arrangements et très sensuelle et atmosphérique qui n'est pas sans rappeler Radiohead dans ses moments les plus planants. Si on rajoute à cela la voix haut perchée de Dhani Harrison et des sons électroniques qui apportent des textures variées, on obtient un des albums les plus passionnants de l'année.
Rien à jeter depuis le subtilement psychédélique « Slower » placé en introduction jusqu'à « End Of The World » qui clôt l'album en beauté en passant par ce « Setting Sun » impeccable.
Déjà plus de 30 ans que Beck a sorti son premier album « Mellow Gold » (1994) et son fameux single je m'en foutiste « Loser » condensé de hip hop feignasse et de slide guitar. De l'eau a coulé sous les ponts ainsi que 12 albums pour celui qui est devenu une figure incontournable de la musique américaine. Beck, désormais quinquagénaire, a abordé des genres différents tout en gardant son identité musicale et ce 13ème album, un très bon cru, intitulé « Ride Lonesome » possède la sienne de bout en bout.
C'est un album à la forme classique, délaissant les expérimentations électroniques du précédent « Hyperspace » (2019), Beck renoue avec l'acoustique de la guitare folk, du piano et enveloppe de cordes et de nappes de synthés ces chansons au tempo lent à l'atmosphère mélancolique et intimiste. Les titres ont été enregistrés à l'ancienne, les musiciens jouant tous ensemble, ce qui leur confère une chaleur bienvenue mais aussi une ampleur incroyable. Il y aborde le thème de la tristesse amoureuse conséquence de la séparation, de l'abandon comme dans la superbe chanson-titre « She is gone / And you can't put your arms 'round a memory / You know it's wrong / To turn your heart / Et l'on ne peut pas serrer un souvenir dans ses bras / Tu sais que c'est une erreur / De faire de ton cœur ton pire ennemi / Tu dois faire route en solitaire ».
Le tour de force de Beck est de livrer un album lent, sur un thème convenu sans que quasiment jamais l'intérêt ne retombe ni que l'ennui n'apparaissent. C'est réussi d'un bout à l'autre que ce soit avec la magnifique « Run Away » et ses choeurs nébuleux, sur « In The Night » ballade crépusculaire avec un violoncelle soyeux ou « Bleed » sur laquelle Beck monte dans les aigus ou un « For Your Love » en apesanteur sur un tapis de cordes ou encore sur « Slow Canyon » et sa slide guitar. Peut-être pourra-t-on, et encore, reprocher son conformisme à un « If You Don't Know What Love Is » soporifique mais « Ride Lonesome » occupera et réchauffera sans nul doute vos longues soirées d'hiver.
On dit souvent que c'est dans les vieux pots.... S'il ne faut surtout pas prendre ce proverbe à la lettre, force est de constater que ces dernières années des artistes ayant atteint voire dépassé les 80 ans sont encore en forme si ce n'est physiquement - les Stones - et même artistiquement – Paul McCartney, auteur d'un album plus que digne – Bob Dylan dont les derniers disques marquent un des pics de sa carrière.
Il en va de même pour le loner qui, imperturbable depuis plus de 50 ans, continue de sortir des albums, d'écrire de nouvelles chansons même si ici 2 d'entre elles – le countrysant « Casting Me Away From You » et « I'll Love You Forever » sont des titres repêchés de ses tiroirs pour notre plus grand bonheur.
L'album comporte 7 titres et alterne titres courts avec 3 morceaux qui approchent ou dépassent les 10 minutes, dont le massif et central « Second Song » qui donne son titre à l'album. Neil Young prend donc son temps, adopte un tempo ralenti, voire alangui pour une collection de balades acoustiques magnifiques. Batterie soyeuse, guitare folk, harmonica, choeurs légers constituent l'essentiel de l'instrumentation, l'électricité ne faisant que de brèves apparitions sur « Soon I Might Be Going », une des pièces maîtresses de l'album. Mais par-dessus tout, règne la voix inimitable et haut perchée de Neil Young. Si celle-ci se fait parfois plus fragile, un peu chevrotante et enrouée, elle n'a rien perdu de sa grâce, servie par la qualité des compositions qu'en retour elle magnifie.
J'en veux pour preuve ce somptueux « Day After Day » dont les 7 minutes pourraient durer le double et qui rappellent « Harvest » (1972), chef d'oeuvre de folk orchestral.
En été 1983, alors que, jeune adolescent, j'effectuais un séjour dans une famille de Chester, une petite ville au sud de Liverpool, des adolescents, anglais eux, ne cessaient d'évoquer une groupe totalement inconnu pour moi et qu'ils vénéraient comme un secret d'eux seuls connu : Echo And The Bunnymen. Depuis, la notoriété du groupe de Ian McCulloch a dépassé les frontières et les époques. Pour ceux qui ne les connaitraient pas, on peut sans erreur les considérer comme un des groupes phare des 80's et en particulier cette merveille absolue qu'est l'album « Ocean Rain » (1984). À la fin des 80's, le groupe se met en veilleuse pour revenir en 1997 avec le somptueux et inattendu « Evergreen » en forme de come-back rêvé et idéal. Depuis, les albums sortent avec plus ou moins de bonheur jusqu'à cet « Apples For Isaac » nouveau.
Du groupe originel ne restent que le guitariste Will Sargeant, pièce essentielle du son Echo et bien entendu Ian McCulloch aussi mégalo qu'immense chanteur, peut-être le plus grand chanteur britannique de ces dernières décennies tant sa voix, reconnaissable entre mille transcende des titres qui sans lui seraient restés moyens.
Alors pas de nouvel « Ocean Rain » ici mais un disque d'une grande qualité, un peu inégal cependant et à la tonalité assez rock. Will Sargeant fait des merveilles derrière un McCulloch toujours aussi transcendant. Si l'on excepte quelques chansons assez quelconques telles que « Can't Be Sold » un peu forcée, « Hijacked » peu inspirée, « Lab Rats Ran » qui cède à la facilité et à un saxophone pénible ou encore l'assez banal « Asimov », les 7 autres titres sont tous assez enthousiasmants. En particulier le single « Brussels Is Haunted » à la mélodie irresistible, la balade dorée « I'll Be Your Sunshine » enveloppée de cordes et portée par la voix de McCulloch. Mention hyper spéciale également à l'enchainement « The Honey », « An Unstoppable Force » et surtout l'excellent « The Light That Surrounds You » possible sommet de l'album.
Celui-ci se termine par la très belle « We Prayed In The Dark », superbe conclusion d'un album qui, s'il n'a pas la puissance d'un autre retour, celui de Robert Smith et de The Cure, témoigne d'un talent intact qui vaut vraiment le détour.
Il ne vous reste plus qu'à aller jeter une oreille sur la playlist Deezer ci-dessous qui regroupe des extraits des albums chroniqués plus haut et d'autres encore. En attendant portez-vous bien et à bientôt pour le prochain « En 4ème vitesse » du mois d'octobre. En plus, la pluie est enfin arrivée...
Par :
Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.
Écrit par: Billars Christophe
Une playlist nocturne mêlant ballades rock et titres plus posés, idéale pour accompagner les nuits, les moments calmes et les ambiances introspectives.
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