En 4ème vitesse

La sélection des albums du mois d’octobre 2026

today3 novembre 2026 33 3

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En 4ème vitesse – Les albums sortis en octobre 2026

La tentation est grande, en ce mois d’octobre 2026, de s’extraire d’un monde qui semble devenu fou et de se plonger dans la musique. Alors que la bêtise peu à peu étend son règne, que les discours haineux se multiplient jusqu’à provoquer les pires atrocités, elle est une valeur-refuge, un univers sensible, intelligent, multiculturel, ouvert aux autres, qui valorise les différences au lieu de les stigmatiser. Critiquer des albums peut sembler secondaire en ces temps troublés, je pense au contraire que là est l’essentiel, pas mes chroniques, mais la fréquentation des artistes et de leurs œuvres. Alors lisons, regardons des films, visitons les musées, écoutons de la musique : la sensibilité et la culture seront toujours les meilleurs remparts face à la connerie humaine.

Commençons notre traditionnel coup d’œil dans le rétroviseur, avant de nous plonger dans les nouveaux albums, par octobre 1966. Paul Simon & Art Garfunkel publient « Parsley, Sage, Rosemary And Thyme » une merveille de 3ème album, Otis Redding avec « The Otis Redding Dictionnary Of Soul » sort son 5ème et dernier album studio de son vivant ; un classique. Tous les titres sont de Ray Davies sur le 4ème album des Kinks « Face To Face », porté par le single « Sunny Afternoon ». Tim Buckley sur son 1er album éponyme révèle sa voix profonde dans un style encore très folk alors que c’est plutôt du côté de la country que navigue « Happiness Is You » du prolifique Johnny Cash. The 13th Floor Elevator ouvrent l’ère du rock psychédélique sur leur 1er album « The Psychedelic Sound Of The 13th Floor Elevator ». Pendant ce temps par chez nous, Georges Brassens est au sommet de son art sur « IX (Supplique Pour Être Enterré À La Plage De Sète) », Françoise Hardy compose et écrit sur « Françoise (La Maison Où J’ai Grandi) » et enfin Johnny Hallyday sur l’album « La Génération Perdue » fustige les « Cheveux longs idées courtes ».

En octobre 1976, les albums se ramassent à la pelle. Jugez-en plutôt et dans le désordre : ELO « A New World Record »; Patti Smith Group « Radio Ethiopia »; Donna Summer « Four Seasons Of Love »; Thin Lizzy « Johnny The Fox »; Kansas « Leftoverture »; Van Der Graaf Generator « World Record »; Graham Parker « Heat Treatment »; Frank Zappa « Zoot Allures »; ABBA « Arrival » ; Bob Seger & The Silver Bullet Band « Night Moves » ; Earth, Wind And Fire « Spirit »; Funkadelic « Hardcore Jollies »; Ted Nugent « Free-For-All »; Barclay James Harvest « Octoberon »; Bee Gees « Children Of The World »; Elton John « Blue Moves »; Robert Palmer « Some People Can Do What They Like »; Sparks « Big Beat »; Bernard Lavilliers « Les Barbares »; Can « Flow Motion ». Comme on le voit, les porte-monnaies de l’époque ont dû en prendre un coup.

Octobre 86. Ce mois-là voit quelques purges pointer le bout de leur nez. Dans cette catégorie on peut ranger Slayer et son « Reign In Blood », Boston avec « Third Stage » et Kim Wilde qui, avec « Another Step », est désormais largement dépassée par Madonna. De son côté James Brown sur « Gravity » sort la grosse artillerie funk pas toujours finaude, Debbie Harry sur « Rockbird » est tout de même bien loin de Blondie et le curieusement nommé « August » d’Eric Clapton a très mal vieilli. De son côté, après The Clash, Mick Jones a fondé Big Audio Dynamite qui sort son 2ème album « N° 10, Upping Street », avant de faire la 1ère partie de la tournée de U2. Le succès de Billy Idol ne faiblit pas avec « Whiplash Smile », ni celui d’a-ha – dont le 2ème album « Scoundrel Days » squatte les charts tout comme The Stranglers qui avec « Dreamtime » connaissent leur premier succès grand public. Autres habitués des charts, Frankie Goes To Hollywood sort « Liverpool » tandis qu’Iggy Pop cosigne les chansons de « Blah-Blah-Blah » avec son pote David Bowie. Alain Bashung publie un des ses moins bons disques « Passé Le Rio Grande » mais reste au-dessus de la mêlée. 7ème album pour les Talking Heads avec « True Story » et les oubliés Timbuk 3 sortent pourtant le délicat et réussi « Greetings From Timbuk 3 ». Enfin Andy Partridge et ses XTC décrochent la timbale avec le merveilleux « Skylarking », chef d’œuvre impérissable.

Que d’albums encore en octobre 1996! Pour commencer, le folk-rock indie de Wilco sur « Being There », des Silver Jews avec « The Natural Bridge », le folk mâtiné d’électro de Beth Orton sur « Trailer Park », le velours de la voix de Jennifer Charles avec ses Elysian Fields sur « Bleed Your Cedar » ou encore les acoustiques « Baja Sessions » de Chris Isaak et l’indie rock de Luscious Jackson avec « Fever In Fever Out ». Mais le rock n’est pas en reste, parfois lourdingue comme Marilyn Manson sur « Antichrist Superstar », puissant chez Motörhead sur « Overnight Sensations », plus psychédélique avec The Brian Jonestown Massacre et « Thank God For Mental Illness », sauvage et engagé sur « Stoosh » de Skunk Anansie, punk et sale sur « Now I Got Worry » du Jon Spencer Blues Explosion. Enfin, un OVNI qui n’a rien perdu de sa force de frappe « #3 (Ce N’est Pas Perdu Pour Tout Le Monde) » des Toulousains de Diabologum.

En octobre 2006, force est de constater et même si je n’y ai jamais été sensible, que l’album qui marque est celui d’Amy Winehouse « Back To Black ». De son côté, Beck publie « The Information » produit par Nigel Godrich, l’ex Fleetwood Mac Lindsay Buckingham désormais en solo sort « Under The Skin », The Killers explosent avec « Sam’s Town » et on découvre Beach House sur un 1er album éponyme qui annonce déjà une suite prometteuse. Par ailleurs John Legend fait du R&b sur « Once Again », DJ Mehdi sur « Lucky Boy » mêle l’électro de la french Touch avec le rap et le hip hop. Électronique également est « Days To Come » de Bonobo mais dans un genre bien différent tout comme LCD Soundsystem sur « 45:33 ».

Octobre 2016 enfin, est marqué par le dernier album, crépusculaire, de Leonard Cohen, le somptueux « You Want It Darker ». Le spoken word percutant de Kae Tempest sur « Let Them Eat Chaos » peint l’Angleterre d’aujourd’hui loin de la pop symphonique de la danoise Agnes Obel sur « Citizen Of Glass », sur « From Row Seat To Earth » Natalie Laura Mering alias Weyes Blood réalise un album magnifique avec pas grand-chose, les frangins D’Addario de The Lemon Twigs déclarent leur amour aux sixties sur « Do Hollywood » alors qu’Archive propose un « The False Foundation » par trop boursouflé. Enfin c’est Julien Doré qui touche le jackpot avec le très réussi « & ».

Choix cornélien comme d’habitude pour extraire un seul album de ce lot mais « Skylarking » d’XTC se pose comme un monument des 80’s.

skylarking xtc

 

Dès le magnifique « Summer’s Cauldron » on pressent que cet album sera un pic dans la carrière du groupe d’Andy Partridge. En effet, le groupe y réalise son ambition d’une pop parfaite qui hybriderait les Beatles et les Beach Boys. Mélodies, arrangements, production de Todd Rundgren, rien n’est à jeter. L’atmosphère y est globalement acoustique et pastorale et on n’en finit toujours pas de découvrir les trésors cachés, les subtilités de cet album. On est loin de l’électricité de « Black Sea » (1980) mais XTC a su évoluer pour accoucher d’un nouveau chef d’œuvre. « Earn Enough For Us » en guise de démonstration.

Mais il est temps de nous consacrer à l’actualité musicale la plus brûlante.

Album du mois Fontaines D.C. – Dopamine Chamber

fontaines dc dopamine chamber

 

Seulement 2 ans après l’excellent « Romance » (2024) nos Irlandais préférés reviennent au front avec « Dopamine Chamber », 5ème album en seulement 7 ans. Sauf que depuis le dernier album « Romance » (2024), le groupe a changé de statut, passant de groupe indie ovationné par ses fans et la critique à un succès grand public, devenu têtes d’affiche des festivals, jouant dans des salles de plus en plus grandes. Et ce n’est pas terminé car il y a de fortes chances pour que ce nouvel opus l’emmène tout en haut, que les salles deviennent des stades. Le danger est bien entendu que Fontaines D.C. soit le nouveau U2 ou le nouveau Coldplay, bref que le groupe y perde son âme.

Alors bien entendu, et peut-être encore plus qu’avec « Romance », les puristes vont hurler mais vous savez désormais ce que je pense des puristes. Ce ne sont rien d’autres que des conservateurs, rétifs au moindre changement, à la moindre évolution de leur groupe chéri qui n’aimeraient rien tant qu’entendre toujours et encore le même album. Pas de chance avec Fontaines D.C. car Grian Chatten et sa bande refusent de se laisser enfermer dans un style dont ils seraient prisonniers, à savoir le rock tout en tension et électricité des premiers albums. Jusque dans la pochette, Fontaines D.C. prolonge l’ouverture pop plus grand public amorcée avec bonheur dans l’album précédent. Avec à nouveau James Ford à la production, l’album met les guitares en retrait au profit d’une instrumentation riche et variée. Au menu synthés en tous genres, chœurs, cordes, boites à rythmes viennent élargir la palette sonore du groupe.

Le synthétique et très sombre « Six Shot Morning » ouvre le bal et donne le la d’une face A ténébreuse à souhait. Grian Chatten y prend sa voix la plus caverneuse sur un rythme martial et des nappes synthétiques superposées. On pense évidemment à Depeche Mode, référence qui reviendra plusieurs fois à l’esprit à l’écoute de l’album. Une face A très noire donc que ce soit avec les pulsations de « Marianne » au refrain entêtant, les rythmes quasi industriels (Depeche Mode encore) du superbe « Mimesis », les trouées électriques de l’intense « Happy For You », « Demolition » taillé pour les stades (peut-être un peu trop!) et enfin l’extraordinaire « Tongue » qui débute comme une comptine de films d’horreur dont la BO aurait été écrite par Massive Attack avant de monter en intensité jusqu’à un final diabolique. Jamais les Fontaines D.C. ne s’étaient autant éloignés de leur son originel.

Retour avec le couplet de « You Miss Me » dans un univers sonore proche de Depeche Mode alors que le refrain tranche nettement par son côté solaire. Les faces A et B réunies sur le même morceau en somme et toujours l’extraordinaire voix de Chatten qui n’a sans doute jamais aussi bien chanté que sur cet album. « Japan » est encore une chanson fantastique, en mid tempo, dont la guitare acoustique enrobe la mélodie merveilleuse de légèreté. On croirait par moment entendre The Cure dans ses côtés les plus pop et lumineux. Pour terminer « Intimate » qui opère un retour vers des contrées désolées et sombres, Grian Chatten retrouvant le spoken word des débuts sur fond d’apocalypse.

Fontaines D.C. avance sans se retourner et marque encore plus de son empreinte avec « Dopamine Chamber » le territoire musical contemporain, osant tout, réussissant tout, sans se renier, sans se répéter, pour devenir l’immense groupe moderne de la décennie car peu ont réussi à conjuguer succès grand public et intransigeance artistique.

Girls In Hawai – Eldorado

girls in hawai – eldorado

 

Mettons tout d’abord les choses au point : Girls In Hawaï ne comporte aucune femme en son sein et n’est absolument pas originaire d’Hawaï mais de Belgique. Leur 5ème album est-il – comme l’annonce son titre – un nouvel « Eldorado » ? C’est ce que nous allons voir.

Je les ai découverts en 2013 à l’occasion de la sortie de l’album « Everest », un un sommet de pop sophistiquée (il fallait la faire!) mais n’ai curieusement entendu aucun autre de leurs disques. « Eldorado » marque leur retour 9 ans après leur dernier album « Nocturne » (2017).

La longue et très belle introduction instrumentale de « It Is Happening Right Now » donne le ton d’un disque soyeux, d’une pop aux superbes mélodies mélancoliques qui jamais ne tombe dans l’emphase. Le groupe maîtrise les arrangements qui mêlent l’électrique à l’acoustique, laissent une place à des sons électroniques qui donnent à ses chansons de l’ampleur suivant ainsi l’exemple du Radiohead de « OK Computer » (1997). Les très belles harmonies vocales y contribuent également grandement. Écoutez les montagnes russes du refrain d’ « Eldorado » (la chanson-titre), les cuivres (un tuba? Des sons électroniques ?) sur « Angles » , les nappes de clavier sur le somptueux « Goddess », les arpèges de « Drifting On The Summer Rain » et on pourrait ainsi citer tous les titres de l’album jusqu’au magnifique « Who’s To Blame » final.


Peut-être faut-il émettre une réserve – et encore – sur le refrain un peu trop forcé de « Not Your Fault » mais ce serait chercher la petite bête. En effet, « Eldorado » est bien trop précieux, trop superbement taillé pour ne pas en apprécier la finesse. Il lui manque sans doute un je ne sais quoi de folie, d’imprévu, de risque mais laissons la petite bête là où elle est.

Eels – Cookie Happened

eels – cookie happened

 

On ne présente plus Mark Oliver Everett alias E, seul maître à bord du navire Eels dont il tient la barre depuis le premier album « Beautiful Freak » (1996) et ses tubes en or massif. Depuis, malgré un parcours de vie accidenté, E a gardé le cap tout au long des 16 albums avec ce nouveau « Cookie Happened » que compte sa discographie irréprochable.

Cette nouvelle collection de chansons douces amères, souvent dépouillées se situent dans le droite lignée de ce qu’Eels propose depuis maintenant 30 ans. On pense souvent à Dylan bien entendu mais l’univers d’E est immédiatement reconnaissable en partie grâce à sa voix légèrement voilée. Les instruments sont classiques : guitares, basse, batterie, un piano par ci, un clavier par là même s’ils sont finalement assez rarement utilisés tous en même temps. La mélancolie qui en résulte est poignante et chaleureuse en même temps même si, à travers ses paroles elle est tempérée par l’ironie et l’auto-dérision « Got clobbered and laid bare / There’s nothing left to lose, I’m coming through / I know it’s crazy, but I built this house on crazy / I should’ve gone to reboot camp / Ja’i pris des coups, je me retrouve à nu / Je n’ai plus rien à perdre, je passe en force / Je sais, c’est de la folie, mais j’ai bâti ma vie sur cette folie / J’aurais dû aller dans un camp de « remise à zéro » sur « Clobbered » le morceau introductif et enlevé de l’album.

Parmi les grandes réussites de l’album « Cap In Hand » se pose là, au message subtilement politique : « Open the door, see all the broken people / Does it make much sense to build another fence / When no one is knocking on the door? Ouvre la porte, regarde tous ces êtres brisés / Est-il bien sensé d’ériger une nouvelle barrière / Alors que personne ne frappe à la porte ? » même s’il est difficile de sortir un morceau du lot.

On se laisse emmener jusqu’au bout de l’album, clos par « The Way I Was Made » en forme d’autoportrait magnifique, dépouillé à l’extrême guitare-voix et un synthé (ou des cordes ?) fantomatique en arrière. C’est beau à pleurer, on en redemande.

Accélérons dans la dernière ligne droite pour un album supplémentaire.

Teenage Fanclub – Do Not Dare To Dream

teenage fanclub – do not dare to dream

 

On est en terrain connu avec ce 13ème album des écossais de Teenage Fanclub. Pourtant il est loin le temps où le rutilant « Grand Prix » (1995), carrossé comme une Formule 1, tournait à plein régime. Cependant Norman Blake et Raymond McGinley n’ont rien perdu de leur talent de songwriters comme en témoignent les 10 titres de ce « Do Not Dare To Dream » nouveau.

Au menu pop songs solaires et lumineuses, aux mélodies subtiles et accrocheuses dont le groupe a le secret depuis longtemps. Rien de radicalement nouveau bien entendu mais la garantie d’un plaisir comme celui que l’on peut ressentir avec les choses simples que l’on retrouve avec bonheur. Teenage Fanclub respire le grand air, les horizons dégagés. Guitares claires, basses rondes et chaudes, harmonies vocales (somptueuses sur « Over And Over »), claviers, orgues enrobent leurs chansons. Le single « Day In The Sun » est un exemple parfait du savoir-faire du groupe.


Cet album automnal est réussi de bout en bout, il respire l’artisanat de précision, un classicisme racé qui ne s’embarrasse pas des modes et donc reste indémodable.

(Lire aussi l’article de Chris PHP sur le concert des Teenage Fanclub au Marché Gare à Lyon, le 19 octobre)

Restons-en là pour ce mois d’octobre même si nombre d’autres albums auraient mérité leur place ici dont vous retrouverez quelques extraits dans la playlist Deezer ci-dessous.

Playlist Deezer – En 4ème vitesse – Octobre 2026

Par :

  • Christophe Billars

    Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.

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Écrit par: Billars Christophe

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