« The Clearing », 4ème album studio du groupe britannique Wolf Alice est sorti dans les derniers jours d'août, ne me laissant pas le temps d'en parler dans le « En 4ème Vitesse » précédent. Réparons cet oubli.
Le groupe britannique de la chanteuse Elli Roswell, mise en avant sur la pochette de « The Clearing », publie ici son 4ème album, le premier sur une major, avec des intentions manifestes de succès massifs. Ils sont allés chercher Greg Kurstin, producteur d'Adèle et d'Harry Styles, pas forcément excitant sur le papier, pour façonner le son d'un album ambitieux, au moins commercialement. L'est-il artistiquement parlant ? La réponse est mitigée, l'album étant constitué de titres parfois pesants, étouffés par une production sans âme, mais aussi d'autres somptueux, qui flirtent avec le Fleetwood Mac de la grande époque.
Dans la première catégorie, majoritaire au début du disque, on va trouver par exemple le très pénible « Bloom Baby Bloom », summum de laideur, qui tient plus du semi-remorque que de la Formule 1, sur lequel Elli Roswell force le trait sur un rythme mastoc. Un peu plus loin « Leaning Against The Wall » n'emballe pas tellement non plus avec ses faux airs de ballade country acoustique qu'un emballage soigné ne parvient pas à tirer de la banalité. Le rythme s'accélère sur « Bread Butter Tea Sugar » mais on est déçu par ce que promettait le menu alléchant tant le morceau encore une fois emballé à la sauce californienne ne sort pas de la futilité.
Heureusement, le reste de l'album est bien au-dessus du lot allant du bon à l'excellent. Difficile de ne pas fondre devant ce « Thorns » en or massif placé en ouverture, ce piano, ces cordes, cette voix majestueuse qui tutoie les merveilles rencontrées ailleurs chez Weyes Blood par exemple. « Just Two Girls » n'atteint pas les mêmes sommets mais ce mid tempo de pop californienne ensoleillée tient sacrément la route, sûrement la Pacific Coast Highway, la même route qu'emprunte le tubissime « Passenger Seat », irrésistible soft rock à bord duquel on aimerait être au volant quand Elli Roswell chante « In The Passengear Seat / I'M Your Girl ». La jolie ballade au piano qu'est « Play It Out » ne tombe jamais dans la mièvrerie mais c'est assurément dans la dernière ligne droite de l'album que Wolf Alice est à son meilleur.
Elli Roswell y enchaine des performances vocales d'une grande qualité, toujours dans la sobriété, au service de chansons d'une qualité supérieure. Que ce soit sur le très beau « Safe In The World » modèle de soft rock, sur « Midnight Song » somptueuse ballade acoustique digne du Fleetwood Mac des grands jours, avec ses traits de violoncelle, ses harmonies vocales parfaites. On monte encore d'un cran pour le meilleur titre de l'album qu'est « White Horses » qui ne déparerait pas sur le double album du Mac « Tusk » (1979) pour situer le niveau. Impossible de se lasser de ce refrain monumental, qui vient conclure un titre en perpétuelle évolution, aux trouvailles mélodiques innombrables et sur lequel le batteur Joey Amel vient accompagner Elli Roswell au chant, rappelant Lindsey Buckingham et Stevie Nicks.