J’avoue être passé relativement à côté du premier album "An Awesome Wave" (2012) du trio de Leeds Alt-J, qui fut assez unanimement salué et du coup du deuxième plus décrié et pourtant paradoxalement plus ambitieux.
La sortie de ce "Relaxer" (2017), troisième album du groupe anglais, dont la superbe et étrange pochette est signée par Osamu Sato, un artiste japonais, a donc été l’occasion de quelques séances de rattrapage avant de me plonger dans cette livraison d’il y a déjà trois ans.
À réécouter "An Awesome Wave", je comprends ce qui ne m’a pas accroché dans cet album qui témoigne pourtant d’un talent indéniable avec des tubes en or mais quelque peu uniforme et qui peine à susciter véritablement l’émotion. L’archétype du premier album annonciateur de potentielles futures merveilles, en particulier sur le titre « Taro », à condition d’être dépassé. Le second "This Is All Yours" (2014) est d’une autre ampleur, d’une ambition évidente, même si le disque souffre peut-être d’un manque de concision. Le groupe y déploie des arrangements somptueux comme sur « Bloodflood pt II ». C’est peu dire que Alt-J était attendu au tournant de ce "Relaxer" qui devait être l’album de la confirmation.

Quelques arpèges de guitare clairs, une basse bien ronde, à peine un soupçon de percussions et l’intro du magnifique « 3WW » nous transporte quelque part dans de vastes étendues sous la voute étoilée. Pas de doute, le groupe a évolué, semble plus adulte, plus sûr de son fait et son univers musical élargit ses frontières et explore une espèce de folk légèrement psychédélique que ne renierait pas les Fleet Foxes. On entend même crépiter les flammes du feu de camp quand au milieu de la chanson, le silence s’installe avant que la voix de la chanteuse Ellie Roswell ne prenne le relais. À ce stade, il s’agit tout simplement de la plus belle chanson enregistrée par le groupe et l’album commence à peine. Si les fans du premier album risquent d’être sacrément déroutés, le single « In Cold Blood » les ramènera en train plus connu. C’est le titre le plus immédiatement accrocheur de l’album, un des plus rythmés aussi avec des montées en intensité, des cuivres imposants. Il se révèlera qu’il ne sera cependant pas le plus intéressant après plusieurs écoutes, ni le plus complexe mais un excellent sas d’entrée. Car la suite va être époustouflante. À commencer par la reprise magistrale et pourtant méconnaissable du classique des Animals « House Of The Rising Sun ». C’est d’une réinvention plus que d’une reprise dont il s’agit ici. On entend, et ce ne sera pas la dernière fois, les doigts glisser sur les cordes de guitares pour un titre d’une beauté stupéfiante, sans batterie, en suspens du début à la fin. Fantastique. Quel contraste avec les cris de singe qui ouvrent le débridé et presque punk dans l’esprit « Hit Me Like That Snare ». Une chanson potache donc mais qui cependant a toute sa place en cette fin de face 1. En effet, l’album ne comporte que 8 titres, 4 par face, alt-J ne rééditant pas l’erreur du trop long 2ème album et c’est la face 2 qui va propulser celui-ci vers les hauteurs.