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Belle and Sebastian une discographie sur 25 ans

rédigé par le 26 novembre 2022

"Fox In The Snow"fut le titre par lequel, un beau jour de 1996, je découvrais Belle and Sebastian, nom donné en hommage aux personnages de Cécile Aubry.

Il était au milieu d’une compile des Inrocks et j’avoue qu’au début, rien dans cette petite chanson mélancolique et fragile n’avait spécialement attiré mon attention. Mais au bout de quelques écoutes, son charme irrésistible fit son effet sur moi et bien vite je me retrouvais à la passer en boucle, bien décidé alors à en connaître un peu plus sur ce groupe écossais dont on n’avait jamais entendu parler jusqu’alors. "Fox In The Snow" est extraite du véritable premier album de la bande à Stuart Murdoch et Stuart Davis, l’extraordinaire "If You’re Feeling Sinister" (1996), perle de la pop anglaise des 90’s sur lequel je reviens plus loin.

Mais si l’on veut prendre les choses dans l’ordre il faut commencer par le commencement, à savoir un disque qui fut le projet de fin d’études à l’Université de Glasgow où les Stuart Murdoch/Davis et leurs comparses suivaient des études de marketing musical. L’objet ne fut tiré qu’en vinyle à l’époque avant de devenir culte. Il a été réédité par la suite en CD et a intégré ma discothèque.

"Tigermilk" (1996), c’est son nom, comporte en germes tout ce qui va faire la réussite de "If You’re Feeling Sinister", certains titres étant même du niveau de son successeur. Dès le fabuleux "State That I Am In" les bases du son estampillé Belle and Sebastian sont posées à savoir une pop légère, mélancolique et subtile, où de délicats arpèges s’entrecroisent pour tisser un cocon aux exceptionnelles mélodies de Stuart Murdoch qu’il interprète de sa voix de petit oiseau. De temps en temps des chœurs radieux, un violon, une trompette font rentrer la lumière dans ces chansons qui n’en manquent déjà pas à l’instar du merveilleux "Expectations" ou du titre suivant et tout aussi convaincant "She’s Losing It". "You’re Just A Baby" et ses claps poursuit sans faiblir. Plus loin "I Could Be Dreaming" est une autre perle et le disque, même s’il est inégal, est toujours intéressant.

belle and sebastian tigermilk
belle and sebastian sinister

Cependant on est loin du choc "If You’re Feeling Sinister" qui va apporter un grand bol d’air pur en ce milieu des 90’s au cours desquelles règnent en maître jusque-là le grunge outre Atlantique et la noisy pop initiée par The Jesus & Mary Chain puis portée à son point culminant avec My Bloody Valentine, Ride et autres Slowdive outre Channel. En d’autres termes, l’heure est plutôt aux guitares, aux murs de sons en ce début 1996 même si l’on n’a pas encore vraiment conscience que tout ça est déjà fini. Dans ce monde de brutes "If You’re Feeling Sinister" va tout illuminer de son charme à la fois intemporel et désuet et ouvrir les portes de la reconnaissance à Belle & Sebastian.

Comment en effet se lasser de ces perles de pop délicates et ciselées où les arpèges de guitares et le piano cristallin tissent un écrin aux mélodies parfaites. Bien sûr on est loin de ces grosses productions au son léché et travaillé car Belle and Sebastian, et c’est ce qui fait son charme, conserve le côté bricolé de chansons faites à la maison mais il n’y a pas un moment faible tout au long de ces 10 titres taillés pour la postérité bien malgré elles et dont il est bien difficile d’en isoler une plutôt qu’une autre. Depuis "The Stars Of Track And Field" en parfait réveil d’une journée idéale, en passant par le génial et enlevé "Seeing Other People" qui a le super-pouvoir de chasser tous les nuages noirs ou encore "Get Me Away I’m Dying" dont la simplicité s’impose comme une évidence.

Et que dire du piano limpide de "If You’re Feeling Sinister", la chanson, et de "Judy And The Dream Of Horses" qui termine l’album en beauté ? Celui-ci n’a pas pris une ride et n’en prendra pas, tant il est en dehors des modes et des tics de production et ne doit sa qualité qu’aux chansons qui le composent.

Dès lors la carrière du groupe est sur de bons rails même si ses prestations scéniques à l’époque ne sont pas à la hauteur. Les années 1997/1998 verront la sortie de plusieurs EPs 4 titres qui vont asseoir encore plus la réputation de Belle and Sebastian et sur lesquels je me précipite à l’époque.

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Pas grand-chose à jeter encore une fois. Belle and Sebastian fait du Belle and Sebastian et continue à balancer des titres imparables tels "Dog On Wheels", "Lazy Line Painter Jane" ou "Century Of Fakers". J’ignore si ces CD 4 titres sont encore faciles à trouver aujourd’hui mais il semble qu’ils aient été regroupés en 2016 dans une compilation intitulée "The Jeepster Singles Collection" du nom du label sur lequel officiait le groupe à l’époque. On trouve dans ces 4 EP la très ambitieuse "This Is Just A Modern Rock Song" qui s’étire sur 7 minutes, n’a pas grand-chose de rock mais se pose comme une clef de voûte de l’édifice en construction.

Et pourtant Belle and Sebastian va décevoir. Mais paradoxalement cette déception toute relative va s’accompagner d’un succès grandissant auprès du public. Les trois albums suivants vont donc reprendre la formule inaugurée dans " Tigermilk " et portée à son sommet sur "If You’re Feeling Sinister" d’une pop radieuse, acoustique aux mélodies limpides.

"The Boy With The Arab Strap" sort en 1998 et s’il a donc du mal à soutenir la comparaison avec son prédécesseur c’est plutôt parce que ce dernier plane trop haut et non pas parce que l’autre volerait trop bas. En effet, l’album reste bien au-dessus de la moyenne de la production pop de l’époque, malgré ses baisses de régime, avec des titres tels que "It Could Have Been A Brilliant Career" ou la perle pop qu’est "Sleep The Clock Around" tellement représentative du style du groupe.

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En 2000, Belle and Sebastian réussit avec "Fold Your Hands Child, You Walk Like A Peasant" un joli 3ème album plein de chansons délicates, aux mélodies fragiles mais on commence à comprendre que le chef d’œuvre initial risque de ne jamais être égalé. Et pourtant des titres tels que "I Fought In The War" ou le plus-que-parfait "The Model" font partie des meilleurs du groupe, "Waiting For The Moon To Rise", superbe balade nocturne à deux voix est impeccable ainsi que plusieurs autres morceaux mais l’album est encore une fois inégal et l’effet de surprise ne joue plus hors réussites citées plus haut.

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Du coup je suis passé à l’époque à côté de l’album suivant "Dear Catastrophe Waitress" sorti en 2003 et au titre tellement merveilleux avant de le redécouvrir plus tard. Cependant il est évident avec le recul que le groupe commençait à tourner sérieusement en rond et se devait de se renouveler. Ce constat ne fait pas de "Dear Catastrophe Waitress" un mauvais disque, car il contient quelques bonnes chansons pop bien tournées, aux envolées de violons radieuses mais la magie n’apparait plus qu’épisodiquement, en particulier sur cette merveille absolue qu’est "Piazza, New York Catcher", chef d’oeuvre que n’auraient pas renié Simon & Garfunkel.

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Le salut arrive en 2005 avec l’album " The Life Pursuit", magistrale collection de 13 chansons d’une qualité irréprochable et nouveau pic qui enfin tutoie "If You’re Feeling Sinister", la fragilité en moins.
On retrouve ici les mélodies fabuleuses qui sont l’essence du groupe mais sublimées par des arrangements et une production qui le font changer de dimension. C’est comme si après une série de films à petits budgets en noir et blanc, un réalisateur découvrait le Technicolor et les effets spéciaux. La production de l’album donne à ces chansons leur véritable dimension sans les étouffer. Le disque respire le soleil et enchante du début à la fin avec ses orchestrations luxuriantes et inspirées, pleines de cuivres, de chœurs. Depuis les merveilleux "Act Of The Apostle" et "Another Sunny Day" placés en ouverture, les titres s’enchaînent sans aucun faux pas, entrainants et vivifiants "Sukie In The Graveyard", "We Are The Sleepyheads", le tubissime "Funny Little Frog", "To Be Myself Completely" ou encore l’extraordinaire "For The Price Of A Cup Of Tea".

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D’autres sont plus mélancoliques comme "Dress Up In You" voire le plus jazzy "The Act Of The Apostle II" ou, pour finir, le très beau et apaisé "Mornington Crescent". Après quasi 10 ans d’existence, Belle and Sebastian abordait ainsi la deuxième partie de sa carrière de la meilleure manière qui soit, en se renouvelant sans rien céder à l’identité propre de sa musique.

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En 2010, la formule était rééditée dans le très réussi, même si un poil plus inégal que son prédécesseur "Write About Love". Si certaines balades ne sont pas impérissables, il contient une formidable brochettes de chansons pop, radieuses et enjouées, dont les mélodies sont encore une fois excellentes. Il suffit pour cela de jeter une oreille à "Come On Sister", "I Want The World To Stop" ou encore aux trompettes de "I Can See Your Future" pour s’en convaincre.

J’avoue honteusement être passé à côté de "Girls In Peacetime Want To Dance" (2015) et ne pas m’être procuré le dernier petit nouveau sorti cette année "A Bit Of Previous" (2022) mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. En revanche, il n’en va pas de même pour l’excellent "How To Solve Our Human Problems" (2017), album hyper cohérent et inspiré qui prouve que Stuart Murdoch et sa bande sont loin de la panne d’essence.
En 15 titres, et même s’ils ne révolutionnent rien, Belle And Sebastian convainc sans peine avec ses mélodies subtiles et souvent mélancoliques, ses arrangements légers qui font la part belle aux claviers. On retient la formidable "We Were Beautiful" et sa rythmique élastique qui fait suite à l’introductif "Sweet Dew Lee".

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Plus loin "The Girls Doesn’t Get It" a la tête dans les étoiles, "Show Me The Sun" est un vrai rayon de soleil, "I’ll Be Your Pilot" de facture plus classique fait entendre des chœurs enchanteurs, les voix se répondent dans le très beau "A Plague On All Other Boys" à la basse noueuse tandis que les fantômes de Simon and Garfunkel hantent la magnifique balade folk qu’est "There Is An Everlasting Song".

Que de chemin parcouru depuis "Tigermilk". Plus de 25 ans plus tard Belle and Sebastian est toujours là, le groupe est toujours créatif tout en ayant conservé la grâce des débuts. Une telle longévité est rare et la bande à Murdoch a acquis le statut de valeur sûre. Une raison de plus de se replonger ou de découvrir une discographie exemplaire.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


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