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On écoute Wall of Eyes dernier album de The Smile

Rédaction : Christophe Billars le 5 mars 2024

Il est bien difficile de définir la musique de The Smile sur « Wall  of eyes » qui n’est plus vraiment de la pop, encore moins du rock.

En 2022 sortait « A light for attracting attention” le premier album du trio The Smile. Il convient de prime abord de rappeler que ses membres ne sont pas nés de la dernière pluie. Qu’on juge sur pièces. Tom Skinner est le batteur de jazz du groupe Sons Of Kemet, il apporte ici son jeu toujours original, souple et discret, fondamental dans les architectures complexes des 8 titres qui composent l’album. Jonny Greenwood, membre éminent de Radiohead, n’est plus à présenter. Guitariste, multi instrumentiste, compositeur de musiques de films pour Paul Thomas Anderson, Jane Campion ou encore Pablo Larrain, c’est également lui qui a écrit les arrangements somptueux pour le London Contemporary Orchestra qui officie ici sur 4 titres. Enfin, Thom Yorke bien entendu, une des signatures vocales les plus célèbres de l’histoire de la pop music.

The Smile avait déjà il y a deux ans, comblé les fans en manque de Radiohead – « A moon shaped pool » le dernier album en date remontant déjà à 2016. Thom Yorke on le sait est, depuis pas mal d’années, coutumier de ces échappées hors du groupe qui lui permettent d’explorer un territoire plus électronique que celui défriché par Radiohead. D’explorations, d’expérimentations il est question ici, peut-être encore plus loin vers l’inconnu et l’inédit. Car il est bien difficile de définir la musique de The Smile sur « Wall  of eyes » qui n’est plus vraiment de la pop, encore moins du rock tout en conservant de ces genres le format de chansons dont une seule passe sous le seuil des 5 minutes et dépasse même les 8 minutes pour « Bending hectic ». Cette longueur leur permet d’être aventureuses, explosant bien entendu le format couplet/refrain pour évoluer, pour progresser sans cesse et donc être toujours surprenantes. À une époque où le formatage musical règne en maître, cette démarche est salutaire. Cependant il est erroné de penser qu’expérimentation et émotions sont incompatibles. Ni pop, ni rock, ni jazz, ni musique contemporaine mais un peu tout cela à la fois, The Smile ne laisse jamais en route ses auditeurs et construit un univers sonore d’une grande beauté, multipliant les couleurs, à l’instar de sa pochette. Un mur d’yeux et d’oreilles est donc nécessaire pour appréhender cet album exigeant mais passionnant.

the smile album 2024

« Wall of eyes » l’album débute par …. « Wall of eyes » le morceau. Quelques accords de guitare acoustique façon bossa se font entendre puis la voix mélancolique de Thom Yorke entre en scène sur un tapis de percussions sourdes et de gimmicks électroniques discrets. C’est alors au tour des cordes du London Contemporary Orchestra de faire passer le titre dans une autre dimension par vagues successives dont le flux et le reflux font comme une houle majestueuse. Les paroles de Thom Yorke sont toujours aussi cryptiques, suggérant plus qu’elles ne signifient. On entre dans cet album tranquillement par un morceau tout en courbes douces et imposantes. Il est passionnant d’entendre à quel point Tom Skinner fait preuve d’inventivité et de subtilité sur cet immense titre qu’est « Teleharmonic ». Toujours en rondeur et douceur, il est à la fois omniprésent et presqu’en retrait derrière les merveilles vocales de Thom Yorke, la ligne de basse chaude, la flute de Pete Wareham qui emmènent « Teleharmonic » vers des sommets de beauté.

Read the room” est plus torturée, plus anguleuse, débutant sur un riff de guitare acidulé, bien plus heurtée et hachée que les deux titres précédents, elle s’échappe au bout de trois minutes vers un rock instrumental progressif inattendu, aux accents psychédéliques. Elle est à ce titre caractéristique de la capacité de The Smile à changer de route au cours d’un même morceau, à emmener l’auditeur là où il n’aurait pas songé aller, dévoilant à chaque instant des paysages inédits. Même variété sur « Under our pillows » qui nous perd durant son écoute tant le morceau évolue, chacune de ses parties ne ressemblant pas à la précédente. En son milieu, après que Greenwood ait tissé un écheveau complexe avec sa guitare, le morceau s’autorise une échappée krautrock puis se termine avec des superpositions de nappes électroniques ambient. La liberté des musiciens est totale. C’est ainsi que se termine une face A quasi parfaite.

La B débute par « Friend of a friend » et son intro basse / voix rejoints bien vite par un piano et la batterie de Skinner. C’est une ballade à la fois nocturne et lumineuse, sous la pleine lune, qui cependant enfle, prend une ampleur impressionnante grâce aux cordes qui ne sont pas sans rappeler la célèbre montée Beatlesienne dans « A day in the life ».

L’intro de « I quit » semble constituée de boucles discrètes, Skinner fait encore une fois des merveilles puis Thom Yorke d’une voix plus blanche que d’habitude chante « This is the end of the trip », alors qu’il ne fait que commencer, tant le titre est encore un grand voyage sonore, atmosphérique, cinématographique par sa capacité à évoquer des paysages.

Arrive alors « Bending hectic », le plus long titre de l’album. On a l’impression de débarquer au beau milieu d’un groupe de musiciens qui s’accordent, se cherchent, se mettent à jouer après une nuit blanche alors que le jour se lève. Petit à petit, les choses se mettent en place, les cordes s’invitent et Thom Yorke s’envole vers les sommets. Après une longue montée de cordes toujours façon « A day in the life », un riff de guitare puissant surgit qui renvoie au Radiohead période « The bends » (1995) pour une dernière partie en apothéose. Mais l’album déjà se referme sur « You know me! » comme un rêve éveillé, avec un murmure de Thom Yorke sur un piano tout simple et un tapis de bruits étranges. Les cordes ne dépassent pas. Et le morceau, somptueux, s’éteint doucement.

« Wall of eyes » ne se donne pas facilement. Sa complexité, son goût d’aventures et de liberté en font un album qui d’abord intrigue, surprend puis finit par impressionner. Il serait dommage de ne pas se laisser envahir par sa magie, et de le suivre à haute altitude. Souriez !

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles

Auteur

Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.


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