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Qu’attendre d’un nouvel album des Rolling Stones en 2023 ?

Rédaction : Christophe Billars le 25 octobre 2023

"Hackney Diamonds", album studio des Rolling Stones - 2023

On avait déjà été quelque peu échaudés par le single « Angry », sa promo interplanétaire et son clip qui regardait dans le rétroviseur sous les yeux d’une bimbo se trémoussant en petite tenue dans sa voiture. Pas un titre indigne en soi, assez accrocheur mais plombé par une production lisse et clinquante et surtout teeeellement loin de ce qu’on pourrait attendre d’un groupe mythique qui revient après 18 ans sans nouvel album. Le dernier datait de 2005, le bien mal nommé et très faible « A bigger bang ». Voici donc aujourd’hui « Hackney diamonds » (le fiacre de diamants ??), dont la sortie a eu droit à une exposition médiatique inversement proportionnelle à l’intérêt que peuvent susciter les 12 titres qui le composent.

Car la vraie question est la suivante : qu’attendre d’un nouvel album des Rolling Stones en 2023 ?

Soyons clair, l’âge avancé de ses membres ne peut en aucun cas être un argument qui expliquerait cet album assez moyen, un de plus. Bob Dylan depuis 2005 a publié 3 chefs d’œuvres que sont « Modern times » (2005) ; « Tempest » (2012) et « Rough and rowdy ways » (2020), Bowie a sorti avec « Blackstar » (2016) un des grands albums de sa carrière et malheureusement le dernier, Neil Young semble éternellement jeune et ses derniers disques sont irréprochables. On pourrait aussi évoquer Leonard Cohen, pertinent jusqu’au bout, Bruce Springsteen, éblouissant sur « Western stars » (2019) et bien entendu Sir Paul McCartney toujours créatif et intéressant sur « Mc Cartney III » (2020). Alors oui Mick Jagger chante bien, oui les Stones ont encore de l’énergie à revendre, en particulier sur scène mais quand on regarde ce « Hackney diamonds » nouveau, comment ne pas être dépité par la faiblesse générale des compositions, par le manque d’ambition de la production qui pour faire « moderne » noie les chansons dans un son dont rien ne ressort, sans personnalité ni originalité ?

qu attendre d un nouvel album des rolling stones en 2023

Mais est-ce surprenant ? Car enfin, à quand remonte le dernier album des Stones digne de ce nom ? Je dirais « Tattoo you » (1981) - si on veut bien oublier la face 1 - voire même le pourtant décevant « Black and blue » (1976). Oui « Some girls » (1978) est acceptable mais « Emotional rescue » (1980) est une purge. Après « Tattoo you », c’est le naufrage dans les grandes profondeurs. Les 80’s sont indigentes et les albums ultérieurs justes quelconques. Il n’y a plus ni souffle, ni passion, ni frisson. Soyons honnêtes, quel titre de cette longue période est passé à la postérité ? Aucun. D’ailleurs le groupe lui-même ne s’y trompe pas puisqu’il ne joue sur scène quasiment que des titres antérieurs à 1981.
Mais venons-en au disque donc, je l’ai écouté 4 fois en entier pour écrire cette chronique avec l’espoir – déçu – d’y entendre de quoi frissonner, d’y trouver la flamme perdue depuis si longtemps.

Et pourtant, le deuxième titre livré en pâture à nos oreilles avides possède quelque chose, un truc qu’on n’avait pas entendu chez eux depuis la nuit des temps. Ce « Sweet sounds of heaven » avec le piano de Monsieur Stevie Wonder, le chant de Jagger enfin habité, ses cuivres qui enflent nous renvoient des effluves du passé et plus précisément de « You can’t always get what you want » ou de certains moment d’« Exile on main Street » (1972). Je ne suis pas persuadé que Lady Gaga soit la meilleure idée du titre et bien sûr on ne vole pas aussi haut que les modèles cités mais l’intensité émotionnelle est réelle. On n’en demande pas plus.

Et le reste ? On oscille entre le correct sans plus et l’oubliable. Dans la première catégorie on trouve « Get close » qui débute par un riff intéressant mais est plombé par un refrain qui réussit le tour de force de faire retomber l’intensité du morceau et un solo de saxophone bien plan-plan. Il n’en reste pas moins qu’on est dans le haut du panier de l’album.

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On en est réduit à trouver les balades « Depending on you » et « Dreamy skies » agréables alors qu’elles n’ont vraiment rien d’extraordinaire. Plus intéressant est le rageur « Live by the sword » sur lequel on retrouve Bill Wyman et Charlie Watts ainsi qu’un Elton John très inspiré au piano. On tient là sans doute le meilleur titre de l’album avec « Sweet sounds of heaven ».

Le reste de l’album voit les Stones en pilotage automatique. Paul McCartney doit encore se demander ce qu’il est venu faire sur l’affreux « Bite my head off », sur lequel pour le coup on dirait vraiment des vieux qui veulent montrer qu’ils sont encore des vrais rockers qui en ont sous le capot. Le résultat est sans intérêt. « Whole wide world » est oublié sitôt entendu, d’une platitude totale et plombé par sa production. « Mess it up » n’est pas beaucoup mieux et passe sans procurer la moindre once d’émotion en partie à cause d’un refrain taillé pour les FM. « Driving me too hard » fait illusion un quart de seconde avec son riff piqué à « Tumbling dice » mais comme le Canada Dry en son temps qui avait la couleur de l’alcool il n’est que l’ombre du chef d’oeuvre d’« Exile ».

C’est d’ailleurs un excellent morceau pour mesurer tout ce que les Stones ont perdu. Si l’emballage fait illusion, le contenu est insipide, sans caractère. Keith Richards s’en tire finalement honorablement avec « Tell me straight » qu’il chante d’une voix trainante. Enfin en guise d’énième retour aux sources, l’album se clôt sur la reprise correcte du « Rolling Stones blues » de Muddy Waters très roots avec Jagger à l’harmonica.

Il est possible que ces lignes indignent certains fans (mais les fans s’indignent toujours quand on touche à l’objet de leur vénération) car oui moi aussi je considère les Rolling Stones période 1966/1972 comme le concentré parfait de ce qu’a pu produire le rock, à la fois sulfureux, inspiré et la synthèse idéale de ses influences, en particulier le blues.  J’aime les Stones, j’adore les Stones et l’énergie dont ils font preuve pour continuer les tournées et c’est bien pour cela qu’il est d’autant plus douloureux de constater depuis plus de 40 ans que leur créativité semble s’en être allée pour toujours. Je ne critique pas les Rolling Stones, je les admire, je les remercie pour tout mais je constate simplement que leur dernier album, comme les précédents, et même s’il est sûrement leur meilleur depuis très longtemps, ne m’intéresse pas beaucoup, qu’il rejoindra cette partie de leur production que j’écoute 3 (4 en l’occurrence) fois et puis plus jamais. Malheureusement.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles

Auteur

Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.


Commentaires
  1. Sissel   Sur   26 octobre 2023 à 7 h 18 min

    Pathétique comme la meute française. Le frisson et l'énergie, l'évolution depuis Black and Blue, pourquoi avez vous 3 trains de retard. Le plaisir et l'étonnement. Un mur du son novateur. Excellente collaboration avec Andrew Watt. Mess it up, un miracle de plaisir. A noter d'excellents textes pleins d'humour, carnets de bord du passé récent et un brin poétiquement nostalgique. Jagger tient les manettes, Steve Jordan et son sang neuf. Bref, fantastique. Je ne dis pas tout cela parce sue je suis fan. Je suis fan, encore, à cause ou grâce à tout cela. Les Stones ne sont pas veaiment chanteurs ou musiciens, mais Artistes hors norme. Ouvrez les yeux, sinon les oreilles. Oubliez clichés et frustrations.

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