En ce moment

Titre

Artiste

Emission en cours

Summer Rock

07:00 19:00

Emission en cours

Summer Rock

07:00 19:00

Background
Logo Poptastic Radio

Beyond The Pale (Jarv Is ex-Pulp) parmi les meilleurs disques anglais de 2020

rédigé par le 31 décembre 2020

  • Home
  • /
  • UK Rock & Pop
  • /
  • Beyond The Pale (Jarv Is ex-Pulp) parmi les meilleurs disques anglais de 2020

Et si Pulp était tout simplement le plus grand groupe anglais des 90’s ?

Car enfin ce ne sont quand même pas les régressifs frères Gallagher qui peuvent prétendre au titre, ni même Blur puisque c’est plutôt dans la décennie suivante que Damon Albarn laissera éclater tout son génie, tout comme Radiohead qui devra attendre le chef d’œuvre absolu « Kid A » (2000) pour s’imposer définitivement et laisser « OK computer » (1997) dans le rétroviseur. Portishead et Massive Attack partagent la médaille mais qui mieux que la bande à Jarvis Cocker peut prétendre avoir emmené la pop anglaise aussi haut, aussi loin dans l’extravagance, la finesse mélodique, les envolées pop, le tout accompagné d’une plume aussi acérée qu’acerbe ? Pulp et son leader charismatique ont marqué les 90’s depuis l’incroyable « Separations » (1992) en passant par les multiplatinés « His’N’Hers » (1994) et « Different Class » (1995) jusqu’au chef d’œuvre définitif « This Is Hardcore » (1998). La flamboyance des arrangements et de l’interprétation était mise au service de chansons comme autant de bijoux d’une pop racée et inventive.

ette flamboyance, Jarvis Cocker a eu, depuis la séparation de Pulp après le dernier album « We Love Life » (2001) déjà en deçà des précédents, du mal à la retrouver dans ses deux albums solos « The Jarvis Cocker Record » (2006) et « Further Complications » (2009). La créativité de notre homme y semblait bridée, comme retenue par d’inexplicables liens lui qui nous avait habitués à l’exact opposé.

Mais voici que depuis quelques temps, Cocker est devenu Jarv Is, du nom de son nouveau groupe composé de six musiciens. Cette union a porté ses fruits sous la forme d’un album intitulé « Beyond The Pale » et c’est avec un vrai bonheur qu’il tourne sur ma platine faisant surgir le fantôme de Pulp tout au long des sept titres de haute volée qui le composent. Le titre – traduire « dépasser les limites » est un programme en soi puisque c’est exactement ce que Jarvis Cocker a peiné à réussir durant les 20 dernières années. D’ailleurs ce sont ces mots qui sur la pochette intérieure sont placés en évidence « …& remember. You’ve got to move beyond the pale ». L’album va à l’essentiel donc, sept titres en tout et pour tout et 40 minutes qui suffisent à Jarv Is pour convaincre de la nécessité de l’entreprise. On retrouve ici beaucoup de ce qui a fait le succès de Pulp : richesse mélodique, inventivité des arrangements et suffisamment de folie pour faire tourner les têtes et bouger les jambes.

Et pourtant c’est avec la somptueuse mais sombre « Save The Whale » que débute le disque. Le morceau fait irrésistiblement penser à Léonard Cohen avec la voix grave de Jarvis Cocker qui nous incite à sortir de notre confort par de nombreuses injonctions et ses chœurs féminins mais dépasse son modèle par de magnifiques arrangements de synthétiseurs et de violons qui donnent à la chanson un aspect presque inquiétant. Après cette ouverture introspective, Jarv Is nous embarque dans une extraordinaire odyssée pop de presque 7 minutes qui aurait toute sa place sur n’importe lequel des grands disques de Pulp. Pulsations et spirales de synthés, claps, chœurs répétés en échos infinis, expirations, orgue quasi psychédélique à la Doors, montée en puissance dramatique parfaitement maîtrisée caractérisent « Must I Evolve ? », cet immense titre qui s’arrête pour mieux repartir et atteindre des sommets que n’avait plus tutoyés Jarvis Cocker depuis plus de 20 ans. Le titre est étourdissant et magnifié par la fantastique interprétation de Jarvis Cocker qui rappelle l’immense chanteur qu’il est, capable de parcourir toute la gamme entre le murmure et la grandiloquence mais jamais lourdingue ni pompeuse ; l’exact opposé de Muse par exemple. Un des grands titres de l’année.

On repart ensuite encore pour presque 7 minutes avec « Am I Missing Something ? » plus calme mais tout aussi passionnant. Séparé en deux parties distinctes le titre évolue tranquillement dans la première avec son gimmick de clavier, son rythme imperturbable et sa mélodie impeccable avant de prendre de la hauteur et de la densité dans la deuxième sous un déluge de cordes et de chœurs démultipliés que domine la voix de Jarvis Cocker. Troisième réussite d’affilée qui clôt la première face de la plus belle des façons.

La face 2 s’ouvre sur « House Music All Night Long » qui approche encore les 6 minutes et qui pourraient être la musique de fin de soirée, celle qui résonne alors que les lumières se rallument et que les derniers fêtards l’air hébété s’accrochent encore à la piste de danse sous la boule à facettes. C’est un titre aux synthés parfois tournoyants, parfois en à plats qui exprime une mélancolie tenace sous des faux airs de musique de danse. Jarvis se fait des airs de Bowie sur « Sometimes I am Pharaoh », le titre le moins évident de l’album, sorte de messe noire et caverneuse dans lequel la voix du chanteur est parfois passée dans un filtre qui la rend carrément flippante. C’est à un sabbat de sorcières en furie qu’il nous convie dans ce morceau que l’on pourra selon sa sensibilité trouver pénible ou fascinant. Les multiples écoutes m’orientent plutôt vers la deuxième des impressions. « Swanky Modes » juste après, change radicalement de registre. C’est une balade nocturne et cotonneuse, aux notes de piano rondes et chaudes qui s’appuient sur un coussin de violon, une batterie qui arrondit les angles et qui vous place dans un cocon de douceur. Rien de tel avant d’aborder le dernier titre et autre sommet de l’album : « Children Of The Echo ». Le titre débute par une basse ronde, des bruits d’expiration, de « bouches » puis devient céleste, voire angélique avec ses chœurs et synthés cristallins mais en apparence seulement car derrière ce sont des sons bizarres, intrigants qui grouillent sous la surface. La fin est proprement époustouflante alternant entre une mélodie à la Pulp et des passages parlés sur des pulsations de synthés. Du grand art.

Tous les nostalgiques de Pulp qui désespéraient de revoir Jarvis Cocker à ce niveau peuvent se précipiter sans crainte sur « Beyond The Pale » avec lequel il s’offre une renaissance inespérée. Quant aux autres c’est une bonne occasion pour eux de le découvrir. Un album à consommer sans modération donc qui se place parmi les meilleurs disques anglais de l’année.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles

Jarv is beyond the paleÉcoutez des extraits de l'album de Jarv Is dans la programmation de Poptastic Radio.