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Bjork – le temps des expérimentations

Rédaction : Christophe Billars le 20 juillet 2023

Après la consécration artistique mondiale d’« Homogenic » , Björk ne se repose pas sur ses lauriers et publie en 2001 « Vespertine » .

Et c’est à nouveau une expérience sonore d’une originalité folle. Pénétrer dans « Vespertine » c’est parcourir un monde de cristal, de dentelles de glace, fragile et délicat. On y entend des rythmes électroniques liquides et dépouillés, démultipliés, semblant provenir de stalactites dans une cathédrale, une harpe limpide, et Björk qui chante divinement des mélodies souvent complexes. « Vespertine » peut se traduire littéralement pas l’adjectif « vespéral » qui signifie « du soir, du couchant » mais renvoie aussi à une connotation plus religieuse, renvoyant aux prières du soir. On parle par exemple d’une messe vespérale. Et en effet c’est peut-être à cet aspect mystique du mot que renvoie l’album par ses sonorités étranges qui pourraient être la bande son d’une cérémonie païenne célébrant l’amour charnel, thème omniprésent sur l’album ainsi que dans les clips de « Cocoon » ou « Pagan poetry » dans lesquels Björk apparait quasi nue.

bjork vespertine

Depuis l’inaugural « Hidden place » en guise d’introduction somptueuse jusqu’au délicat et crépusculaire « Unison » c’est un sans-faute et on a bien du mal à isoler des titres tant les perles se succèdent du fragile et merveilleux « Cocoon » en passant par « It’s not up to you » qui s’envole littéralement sur le refrain ou encore l’immense « Pagan poetry » aux sonorités asiatiques.

Plus loin l’atmosphérique « An echo, a stain » fascine, tout comme le plus enlevé « Crabcraft », îlot pop dans une seconde partie d’album beaucoup plus expérimentale mais jamais ennuyeuse. Et si c’était, au risque de contredire mon article précédent, le meilleur album de Björk ? C’est un des avantages que de réévaluer certains disques après les avoir en quelque sorte redécouverts.

Après « Medulla » (2004), un album quasi exclusivement composé de voix humaines, que je ne possède pas, voici que sort en 2007 « Volta » à la pochette d’une laideur incommensurable.

bjork voltaMais le contenu en est passionnant même si depuis « Vespertine » Björk ne caresse plus le public dans le sens du poil et continue d’expérimenter à chaque nouvelle livraison. « Volta » ne fait pas exception. Il est marqué par de nombreuses collaborations (Timbaland, Anthony) et la prédominance des percussions, des cuivres et d’instruments issus de la world music (Kora, luth chinois). Il en résulte un album qui varie les atmosphères, passant des rageurs « Earth intruder » et « Declare independence » aux soubresauts d’« Innocence », vole à haute altitude avec « Wanderlust », voyage avec le magnifique « Hope » jusqu’aux cuivres majestueux de « Vertebrae by vertebrae ». On ne s’ennuie jamais dans ce disque fourmillant d’idées où Björk, à l’instar de Radiohead, prouve que l’on peut toucher le public comme sur « The dull flame of desire » en duo avec Anthony Hegarty sans jamais cesser d’avancer, d’ouvrir des horizons nouveaux parfois déstabilisants. Ci-dessous une terrible version live d’« Earth intruder » à Paris en 2009.

En 2011, Björk sort « Biophilia » , une espèce de concept album en partie composé sur Ipad, dont chaque chanson, consacrée à la Nature, comporte une extension sous la forme d’une application pour que chacun puisse composer de la musique à partir de « Biophilia« , le tout dans un univers 3D appelé « Cosmogony ».

bjork cosmogonyVous avez compris quelque chose à ce gloubi-boulga pour bobos new age? Moi non plus. Et la musique dans tout ça? Dépassée par son concept, Björk semble pour la première fois de sa carrière en panne d’inspiration. S’il n’est pas foncièrement mauvais, certains titres pris séparément présentant un réel intérêt, l’album ennuie sur la distance et peine à faire naître quelque autre émotion que ce soit. Sa voix, jusque-là ensorcelante, irrite, prenant beaucoup de place devant des arrangements assez pauvres pour interpréter ce que l’on a bien de la peine à appeler mélodies. Björk est devenue une artiste contemporaine qui recherche l’art total et cette fois-ci elle semble avoir vu un peu trop grand. Mais il y a de beaux moments dans « Biophilia » comme par exemple ce très réussi « Mutual core » au clip étonnant qui alterne le calme et la tempête ci-dessous :

En 2015 dans l’album « Vulnicura » , Björk raconte en musique l’histoire de sa rupture amoureuse depuis ses prémices jusqu’aux mois qui l’ont suivie. Comme seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, je dois dire que j’ai mis 3 ans à apprécier ce disque qui m’avait rebuté à sa sortie. Sûrement est-ce dû au fait de m’être replongé dans la discographie de l’islandaise, de m’être en quelque sorte préparé à le réécouter d’une oreille nouvelle. Comme quoi il faut toujours revenir sur les disques qu’on a un temps pu ne pas apprécier. Musicalement l’album est à la frontière de l’ultra moderne et expérimental, avec les rythmes extraterrestres du musicien électronique Arca, et du classique, avec des arrangements de cordes très présents. Dans cet environnement, Björk pose des mélodies souvent mélancoliques, loin de l’ennui de « Biophilia« , très belles. Bien sûr, le format pop n’est plus, depuis longtemps d’actualité chez Björk et « Vulnicura » n’est pas toujours simple d’accès, comme souvent chez les artistes qui ne se contentent pas de répéter encore et toujours la même formule. Le très beau « Lionsong » ici en live donne une très bonne idée de l’album et montre à quel point Björk est une artiste unique.

J’avoue n’avoir pas fait l’effort de me procurer les deux derniers albums studio de Björk à savoir « Utopia » (2017) et « Fossora » en 2022, rebuté par la tournure parfois rebutante qu’ont pris ces dernières années ses disques. J’ai bien évidemment tort et devrai faire l’effort de m’y plonger. Revisiter sa discographie se révèle tellement passionnant malgré la difficulté à apprivoiser certaines de ses œuvres, qu’il serait dommage de ne pas insister et de céder à la facilité. Les grands artistes se méritent et Björk en fait à n’en pas douter indubitablement partie.

Auteur

Passionné de musique, lui-même musicien, compositeur et parolier. Sur Poptastic, Christophe livre régulièrement des critiques affûtées sur les albums d'artistes britanniques ou en rapport avec la scène musicale britannique.