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Fat White Family n'hésite pas à rendre « sale » sa propre musique

Rédaction : le 25 juin 2019

On ne peut pas toujours être à la page et je ne découvre la Fat White Family qu’avec leur troisième album « Serf’s Up » sans aucun doute nommé ainsi en référence au « Surf’s Up » (1971) des Beach Boys.

Le groupe anglais originaire de Londres dont la triple tête pensante est composée de Lias et Nathan Saoudi et de Saul Adamczewski traine, après leurs deux premiers albums, une réputation à la fois sulfureuse et de garants d’une attitude rock. Mais le rock anglais est plein de ces nouveaux meilleurs groupes de l’histoire, sombrés dans l’oubli quelques mois plus tard alors jugeons sur pièce car au bout du compte, seule la musique reste.

Fat White Family 3ème album Serf's UpL’album débute par le single « Feet » qui, il faut bien l’avouer, est une bombe relativement inclassable. Sur un synthé basse disco, des chœurs aussi sombres que mystérieux apportent un contraste étonnant pendant que la batterie métronomique ne sera brisée que durant un refrain en élévation par des percussions folles. Si on ajoute des violons aériens, une voix grondante et parfois passée au vocoder, on a là le plus étonnant des alliages, alliance des contraires pour un résultat en tous points remarquable et accrocheur. « I Believe In Something Better » débute presque n’importe comment avec cette batterie qui semble débarquée comme un cheveu sur la soupe avec que le titre d’inspiration dub prenne son rythme de croisière. Grande réussite à nouveau sur ce titre lézardé de toutes parts de sons inquiétants, de guitares grinçantes, porté sur son refrain par des nappes de claviers qui encore une fois allègent la noirceur sous-jacente. Changement radical de registre avec « Vagina Dentata » qui nous emporte à la dérive sous des Tropiques alanguis, à l’heure de la sieste. Sur un rythme chaloupé, les pieds en éventail, on se laisse bercer par un saxo et la voix de Saoudi qui dépasse à peine le murmure. « Kim’s Sunset » qui suit nous maintient dans une ambiance cotonneuse, une douce torpeur hallucinatoire par son empilement de chœurs ouatés, de claviers nuageux jusqu’à ce qu’une guitare vrillée nous taquine sur la fin. Superbe enchaînement de deux titres à la fois hyper travaillés et respirant pourtant le détachement et le je m’en foutisme. La complètement barrée « Fringe Runner » fait le grand écart et termine la face A en conjuguant un beat quasi industriel et des giclées d’affreux claviers 80’s tandis que la basse semble ronger son frein.

La face B peut alors débuter avec « Oh Sebastian » aux classieux arrangements de cordes virant presque à la grandiloquence. Cette sucrerie encore une fois surprenante pourrait presque se retrouver sur un disque de Divine Comedy, n’était encore une fois la noirceur inquiétante apportée par la voix de Lias Saoudi. Que dire alors en matière de surprise de « Tastes Good With Money » aux chœurs quasi religieux de l’intro ? Avec Baxter Dury en guest star crooner, le titre semble toujours au bord de la sortie de route mais passe au final la rampe haut la main. « Rock Fishes » est une ballade nocturne aux airs délicieusement surranés, enrobée de chœurs et de cordes, comme un rêve éveillé. Mais voici que déboule l’extraordinaire « When I Leave » incontestable sommet du disque, B.O rêvée d’un western des grands espaces, mais dont le décor ne serait peuplé que de fantômes, de villes abandonnées et sur lequel planeraient des vautours guettant la défaillance du héros solitaire. Au gré des flux et des reflux hypnotiques des refrains comme autant de sueurs froides, le morceau est un véritable petit monde à lui tout seul. C’est par le déglingué et claudiquant « Bobby’s Boyfriend » que l’album se termine, à l’image du saxo baryton qui donne l’impression que le disque ne tourne pas à la bonne vitesse.

La noirceur de Fat White Family irrigue tout l’album. Pas un titre dont les arrangements ne soient là pour perturber la bonne marche de mélodies par ailleurs excellentes. Le groupe ne prend jamais l’auditeur dans le sens du poil, le surprenant en permanence, le malmenant et n’hésitant pas à rendre « sale » sa propre musique. À l’image de la pochette de l’album, une peinture intitulée « Le Grand Eiger vu de la Wengeralp » par le peintre suisse Maximilien de Meuron qui vise les sommets les pieds bien ancrés au sol, « Serf’s Up » lui aussi joue sur l’alliance des opposés.

Christophe Billars.
Retrouvez ses chroniques également sur le blog Galettes Vinyles

Poptastic Radio - Fat White Family - When I LeaveÉcoutez "When I Leave" des Fat White Family dans la programmation musicale de Poptastic Radio.