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Tame Impala, jamais là où on l'attend

Rédaction : le 17 mars 2020

“All music is written, performed, produced and mixed by Kevin Parker”. Cette note de pochette sur “The Slow Rush” se trouvait à l’identique sur les albums de Prince, sorcier fou dans son repère de Paisley Park, auquel on peut comparer l’australien Kevin Parker, cerveau de Tame Impala, par sa volonté de contrôle absolu sur sa musique et d’expérimentations incessantes, cherchant toujours à surprendre l’auditeur, à ne jamais se trouver là où on l’attend.

On ne peut sur ce point qu’approuver la démarche. Quoi de plus ennuyeux qu’un artiste qui commet exactement l’album attendu, forcément en moins bien que ceux qu’il aura fait par le passé ? L’histoire de la Pop music est riche de ces Beatles, Bowie, Prince, Radiohead, … dont la carrière est grande en raison de ces prises de risques artistiques incessantes, de cet art du contre-pied et de la surprise dont ils ont fait la clé de voute de leur œuvre, là où d’autres, peut-être par incapacité, cultivent celui du surplace. Bien entendu, rares sont ceux qui parviennent malgré ces virages artistiques, à conserver une identité sonore immédiatement reconnaissable. Tame Impala, enfin Kevin Parker, en fait partie.

Je fais partie de ceux qui ont adoré le virage pop, parfois disco, opéré par Tame Impala avec "Currents" (2015) leur troisième et énormissime album. Ils s'éloignaient alors du rock psychédélique à guitares qui avait fait leur renommée sur deux premiers albums, que je trouve pour ma part bien inférieurs à "Currents". Sur le nouveau "The Slow Rush", Kevin Parker enfonce le clou. Le disque est très pop, souvent assez expérimental, basé sur des boucles, des claviers omniprésents et les guitares ont cette fois quasiment disparu. Le travail de production est un élément essentiel du disque mais prend malheureusement parfois un peu trop de place au détriment de la spontanéité de l’ensemble. Les morceaux ne respectent que très peu la structure classique couplet/refrain.

Le disque débute par des voix trafiquées, tout en échos, sur des nappes de claviers ouatés avant qu’une batterie mid tempo et métronomique fasse son entrée, suivie d’une grosse basse ronde puis d’une guitare funk d’une discrétion absolue. Le son est compact, resserré, formant un bloc assez opaque et cotonneux. Le titre « One More Year » démarre ainsi et ne variera quasiment plus jusqu’à son terme, la voix de Parker se promenant dans les tessitures haut perchées qui le caractérisent. L’impression est mitigée. Autant il est difficile de reprocher quoi que ce soit à ce morceau, autant il est difficile de s’enthousiasmer. On est loin de l’odyssée extraordinaire de « Let It Happens » qui ouvrait « Currents » et contrairement à ce dernier, « One More Year » semble ne jamais vraiment démarrer. Cette impression caractérise souvent « The Slow Rush » pour en faire un album typiquement déceptif, et non pas décevant. Quoique.

On retrouve plus loin sur « Instant Destiny » ces claviers très en avant, un refrain un peu forcé presqu’irritant à la longue mais on se réveille tout de même sur « Borderline » avec son rythme binaire, sa flute et sa mélodie accrocheuse. Mais le titre confirme que l’album est définitivement plus contenu, plus retenu, extravagances et débordements semblant bridés. « Posthumous Forgiveness » prend pourtant le contrepied de ma dernière phrase car si le titre débute au ralenti, comme une ballade sereine et mélancolique aux poussées de fièvre intermittentes, où la voix de Parker est haut perchée et trafiquée, il prend en son milieu un virage radical. C’est après un court interlude, un deuxième titre enchainé au premier qui débute. Changement radical avec l’excellent et disco « Breathe Deeper » qui devrait être un tube assuré. Hyper entrainant avec ses claviers tournoyants, son refrain aérien et ses voix superposées, le morceau rentre immédiatement en tête. Nouveau changement d’atmosphère avec le très folktronica « Tomorrow’s Dust » qui conjugue électro et guitare folk cristalline avant de s‘envoler dans l’espace pour un trip qui constitue un des sommets du disque, et dont Parker a le secret, que survolent et galvanisent ce dont on ne sait pas bien s’il s’agit de claviers, de guitares voire de cuivres. Avec ce morceau, l’album prend définitivement sa vitesse de croisière et répond aux attentes de sensations fortes. C’est aux expérimentations merveilleuses d’Animal Collective que fait irrésistiblement penser « On Track » à la fantastique introduction en apesanteur, quelque peu alourdie par la suite par des claviers clinquants et appuyés. « Lost In Yesterday » ramène le disque à plus de légèreté et à une mélodie à nouveau hyper accrocheuse. Nouveau hit en perspective avec ce morceau à la structure plus classique avant une nouvelle incursion vers le disco avec « Is It True » et sa grosse basse élastique. Le morceau fait irrésistiblement taper du pied mais peine cependant à convaincre totalement tant les références sont visibles : on se croirait presque parfois chez Earth, Wind and Fire. Même chose pour « It Might Be Ttime » qui malgré ses sirènes nous renvoie en territoire déjà foulé récemment par MGMT. Le son est par ailleurs un peu trop mastoc, la batterie et les claviers pachydermiques. Pas grand-chose à retenir non plus de « Glimmer », certainement le titre le plus anodin, d’une banalité et d’une fadeur jamais entendues chez Tame Impala. Et je suis enfin très partagé sur le dernier titre de l’album « One More Hour » qui va chasser sur des terres presque progressives mais surtout et malheureusement du côté d’horribles groupes tels Toto avec ces riffs de guitares qui pèsent des tonnes. Le morceau cultive cependant une vraie complexité, alternant les ambiances, évoquant même parfois Supertramp dans ces instants les plus en suspens. L’indigestion n’est cependant jamais loin et il faudra attendre les deux dernières fantastiques dernières minutes du titre pour faire passer la pilule.

« The Slow Rush » remplit donc seulement en partie mes attentes. Il est incontestablement le témoin de la volonté de Parker d’avancer, d’évoluer, quitte à décevoir ou à se planter. Et s’il n’est qu’en partie réussi, je préfère mille fois un artiste qui ose, qui avance, plutôt qu’un qui se cache derrière des recettes éprouvées. Incontestablement en deçà de « Currents » (mais peut-on faire mieux que Currents » ?), il recèle cependant suffisamment de sources de plaisirs pour que je continue à accorder toute mon admiration au sorcier Parker.

Nouvel album Tame Impala - The Slow RushRetrouvez des extraits du dernier album de Tame Impala "The Slow Rush" dans les playlists de Poptastic Radio.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


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