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Keith Moon batteur des Who, l'artiste infréquentable - 2

rédigé par le 13 mars 2023

Le groupe anglais mythique The Who sera exceptionnellement à Paris le 23 juin 2023. L'occasion de revenir sur le parcours chaotique de son batteur Keith Moon.

Dans la deuxième partie de son article consacré à celui que l'on avait surnommé "Moon The Loon" (Moon le dingue), Daniel Lesueur raconte comment le mariage de Keith Moon a tourné au cauchemar et évoque les derniers mois de sa vie jusqu'à cette fameuse date du 7 septembre 1978.

[2ème partie]
L'auteur Tony Fletcher relate une terrible soirée avec leur agent américain Frank Barsalona (le 4 avril 1968) durant laquelle Keith, qui a trop bu, comme de coutume, se conduit comme un véritable malade... pour ensuite reprendre ses esprits et s'excuser après avoir réalisé qu'il était "hors de lui". Son ami John Entwistle explique avoir écrit la chanson « Dr Jekyll and Mr Hyde » en prenant Keith pour inspiration, et « Whisky Man » en souvenir de leurs soirées de beuverie, à lui et à Keith, dont le comportement outrancier de Keith ne nuit pas qu'à lui-même. Il gâche parfois la vie des trois autres Who...

En 1968, à New York, dans la même nuit, les musiciens et leurs proches seront chassés trois fois des hôtels les plus huppés. Inutile de dire qu'ils n'étaient pas frais, le lendemain matin, lorsqu'il s'agit d'être présents pour une importante séance de photos. On se souvient encore de celle prise au pied de Grant's Tomb et qui orne la pochette de l'album « The Kids Are Alright » : on voit les quatre Who, enveloppés dans le drapeau anglais ; ils font semblant de dormir. Semblant ? Non ! Ils dorment réellement, épuisés par la nuit sans sommeil, et il fallut les réveiller lorsque la photo fut prise.

pochette the kids are alright du groupe the who

Au début, il faisait rire

Au début, il faisait rire, Keith Moon : il avait élevé la grossièreté et le vandalisme à un niveau proprement "artistique". En janvier 1968, les Who, les Small Faces et Paul Jones (ex-chanteur de Manfred Mann) effectuaient une tournée en Australie (ainsi qu'en Nouvelle-Zélande). Une tournée émaillée d'incidents de toutes sortes… Hargneux plus que de coutume (mais, pour lui, ce genre de manifestation semble relever du domaine de l'humour) Keith entreprit de jeter par la fenêtre de son hôtel tout ce qui lui passait entre les mains. Cela commence par un tourne-disques, puis un téléviseur, les fauteuils et enfin tout le mobilier. Et cela deux fois dans la même soirée. Inutile de dire que les autorités australiennes ont un œil sur la joyeuse bande de musiciens britanniques. Du coup, lors d'un vol entre Adélaïde et Sydney, les jeunes gens, qui s'étaient mal conduits dans l'avion, sont arrêtés et, escortés par des policiers armés, conduits vers un autre vol. Et bien entendu Keith, qui jure de ne jamais plus remettre les pieds en Australie, met l'incident sur le compte "des autres".

Le mariage de Keith Moon : un véritable naufrage

La vie de rock star est généralement incompatible avec le statut de mari fidèle. Mais l'infidélité conjuguée à la violence constitue un cocktail qui conduit au désastre. Pourtant, pour Keith et Kim, tout avait commencé dans un rêve…

Aux dires de tous, Keith était le plus beau des quatre Who. Toutes les filles étaient dingues de lui. À peine avait-il célébré son 18e anniversaire qu'il rencontra Kim, de deux ans sa cadette. Kim (que ses parents appellent plutôt Patsy, puisque son prénom usuel est Patricia) est la plus belle fille dont ait jamais pu rêver Keith. Elle est si belle que la gérante du salon de coiffure où elle travaille suggère qu'elle devienne mannequin. Or Patsy, physiquement, ressemble énormément à un mannequin déjà fort célèbre : Patti Boyd (future épouse du Beatle George Harrison). Il faut donc éviter que leur ressemblance physique s'ajoute à la similitude de leurs prénoms... raison pour laquelle Patsy s'appellera désormais Kim. Lorsqu'elle rencontre Keith, elle est étonnée de la différence entre le performer omniprésent sur scène (au point d'accaparer l'attention du public sur sa propre personne au détriment des trois autres) et le jeune homme à la timidité presque excessive, au moins au début de leur relation.

La timidité fit rapidement place à la jalousie. Keith craint la concurrence : le chanteur Rod Stewart (encore totalement inconnu) a, lui aussi, le béguin pour Kim. Il semble évident pour Keith que le seul moyen de ne pas, un jour ou l'autre, se faire "piquer" Kim est de l'épouser le plus rapidement possible. Les deux tourtereaux seront d'ailleurs presque obligés de se marier : Kim se retrouve enceinte alors qu'elle n'a que seize ans (Kim aura du mal à l'avouer à ses parents ; au même moment, sa mère est également enceinte ! Kim va donc avoir, à quelques jours ou semaines d'intervalle, un enfant  et... un petit frère ou une petite sœur !).
Après des années d'une conduite loin d'être irréprochable, Keith, excessivement violent lorsqu'il a trop bu, perdra tout crédit aux yeux de son épouse meurtrie. Mais il n'y eut nul besoin d'attendre que les années passent pour désagréger les fondations du couple : dès 1965, la presse s'en chargeait, annonçant les noces futures de Keith avec la go go dancer Sandra Sergeant, au moment même où celle-ci se glissait dans l'intimité de Ian McLagan, l'organiste des Small Faces. Le mariage de Kim et Keith, célébré le 17 mars 1965, est quelque peu empreint de tristesse : les parents de la jeune fille ont refusé d'assister à la cérémonie (le père changera néanmoins d'avis à la dernière minute)... Et du côté des Who, seul viendra John Entwistle. Quant aux invités, leur nombre sera volontairement restreint : si l'information avait circulé, la fête aurait risqué de tourner à l'émeute en raison de la célébrité du marié (leur mariage restera secret jusqu'en 1967).

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Avant la naissance de leur enfant, Keith est déjà jaloux du bébé. Il ne peut pas supporter l'idée que Kim pense à quelqu'un d'autre que lui. Durant les premières vacances du couple (sur la Costa del Sol), Kim devra subir la violence de Keith qu'exceptionnellement il ne peut reporter sur sa batterie. La semaine même de la naissance de leur fille Amanda Jane (Mandy), Keith découvre le LSD. Se rendant à la clinique, il est totalement incapable de reconnaître sa femme ni son bébé, ayant déjà bien du mal à savoir qui il est lui-même. Kim explose de douleur et de colère. C'est leur premier terrible conflit. Leur lune de miel n'avait guère été plus calme : un type ayant osé porter les yeux sur Kim, Keith coursa le bellâtre dans la rue, rapidement pourchassé par la police ibérique. Rentrés à l'hôtel, il reporta la responsabilité de l'incident sur son épouse qui dut s'enfermer dans la salle de bains dont Keith, armé d'un couteau, essayait de faire sauter la porte.

Ces manières de "brute épaisse" font de la vie de Kim un véritable calvaire. Lors d'un concert particulièrement "chaud" à Oxford, Keith dut subir une opération concernant une hernie. Hospitalisé plusieurs jours durant, l'humble Kim venait rendre visite à son mari en prenant le métro. Keith devint fou en apprenant que sa femme ne prenait pas le taxi, contrairement à ce qu'il lui avait ordonné. Au bout d'un an de mariage, Kim était partagée entre son amour (parfois, Keith était véritablement adorable) et l'instinct de conservation qui lui ordonnait d'abandonner un mari, soit absent, soit violent, passant son temps à lui jeter des objets à la figure, détruisant le mobilier tel un dément. Il racontera même avoir cassé le nez de Kim en lui donnant un coup de tête. Il semble que Keith, incapable de prendre conscience du mal qu'il fait autour de lui, ne soit jamais devenu adulte. Et sa consommation d'alcool et de drogue augmente de façon démesurée, ce qui aggrave encore son état… Lui considère ses frasques comme des traits d'humour et n'est pas loin de s'enorgueillir des horreurs qu'il commet. Ses notions de l'amour et de l'art se confondent avec sa démence. Une photo, publiée dans le monde entier, présentait une bouteille de champagne encastrée dans un mur, autour de laquelle Keith avait fait placer un cadre. C'était selon lui de l'art contemporain... mais il faut savoir que si la dite bouteille s'est fichée dans le mur, c'est qu'il l'avait projetée avec violence à la tête de Kim, son épouse qui, heureusement, avait pu l'éviter.

Les moments les plus heureux de la vie de Kim étaient lorsque son mari était au loin ! En 1967, elle reste dix semaines sans le voir. Menteur de génie, il lui écrivait qu'il n'avait pas mis le pied dans un night-club depuis le début de la tournée, ajoutant que, sans elle, il n'est qu'un misérable paquet de viande n'ayant pas goût à la vie. C'est certes touchant, mais Kim ne fut pas dupe lorsque son mari revint en Grande-Bretagne avec des maladies vénériennes.

Pour son 23ème anniversaire, Keith trouve le moyen de tomber dans son escalier, se fracturant le pied (et, paraît-il, se cassa le second durant son séjour à l'hôpital). Malgré la douleur, il lui est impossible d'annuler sa présence au Festival de Wight dont les Who sont la vedette (en même temps que Bob Dylan dont c'est le retour en Europe après trois ans d'absence). À cette époque, Kim et Keith sont entrés dans une période d'extrême violence. Tandis que Keith se produit à Wight, Kim est à l'hôpital : Keith l'a frappée au visage et elle doit se faire poser des agrafes. Sans doute aurait-il fallu demander à Keith de consulter un psychiatre car, durant ses rares moments de sobriété, il était charmant. Mais le problème est qu'à l'époque toutes les rock stars sont en permanence ivres ou défoncées. Et Keith encore plus que les autres ; mais un homme aussi adulé que lui (et cela dans le monde entier) ne pourra jamais admettre qu'il doit changer de façon de vivre.

Tragédie

Les goûts "mondains" de Keith le poussaient à assister à tous les cocktails. La moindre ouverture d'un night club lui donnait l'occasion d'être vu en public. Mais sans doute aurait-il dû un peu mieux sélectionner ses apparitions. L'une d'elles, en janvier 1970, tourna au drame... Ayant accepté sans rechigner d'assister à l'ouverture d'une discothèque réservée principalement aux skinheads, la soirée s'envenima. Au moment de quitter le club, la voiture de Keith et Kim fut harcelée par une bande de gars qui, visiblement, souhaitaient en découdre. Leur chauffeur Neil Bolland, bien qu'indiscutablement "baraqué", n'avait pas le sang-froid d'un véritable garde du corps. Au lieu de gentiment foncer, à allure modérée, parmi les assaillants qui se seraient certainement écartés, il commit l'erreur de descendre de voiture, pensant que ses muscles parviendraient à persuader les skinheads de les laisser passer. Au contraire, la nuée de bagarreurs fondit sur le pauvre homme. Dans la panique, Keith (qui n'a pas de permis de conduire), s'installa au volant et roula sur le crâne de son chauffeur et ami. L'affaire fut jugée : mort accidentelle, certes, mais il fut reproché à Keith d'avoir conduit sans permis et en état d'ivresse, de ne pas avoir assuré le véhicule (il sera relaxé, bien qu'ayant plaidé coupable des trois chefs d'inculpation). On constata durant quelque temps un changement d'attitude de Keith qui se reprocha toujours d'avoir tué son ami Neil.

« Ça devait arriver », pensèrent tous ceux qui savaient de quelle manière vivait Keith. Cela tenait déjà du miracle que toutes les sales blagues qu'il pratiquait depuis des années n'aient jamais encore déclenché mort d'homme. De même que la carrière des Who a basculé (dans le bon sens) avec la parution de Tommy, la vie de Keith Moon a basculé, quelques mois plus tard, après qu'il ait tué accidentellement son chauffeur (les cauchemars qui le hantent sont relatés dans I'm With The Band, le livre écrit par Pamela Miller, membre du groupe rock féminin The GTO's, qui fut à l'époque la maîtresse de Keith).

Mais rapidement le comportement immature de Keith reprenait le dessus. Nous sommes alors en septembre 1970... Kim a passé l'année à quitter, puis retrouver Keith. Lassée de ses frasques, meurtrie physiquement et moralement, elle décide une bonne fois pour toutes de retourner chez ses parents et d'y rester. Nul doute qu'elle agit également dans le but de protéger la petite Mandy qui, âgée de quatre ans, n'a quasiment jamais vu son père dans un "état normal de papa". Kim envisage de travailler pour gagner sa vie et rester indépendante. Mais elle réalise rapidement qu'elle a loupé le coche : elle a maintenant 22 ans, elle est trop âgée pour devenir le mannequin qu'elle aurait dû être à 16 ans...

Malgré toutes ses mauvaises actions, Keith restait profondément amoureux de Kim. Mais au lieu de se calmer, de devenir sérieux pour essayer de regagner la femme qu'il aimait, Keith continua de délirer, buvant toujours plus, continuant de pratiquer ses terribles farces ou lamentables exhibitions. Or ce qui amusait les médias par le passé semblait consternant depuis la mort de Neil Bolland.

keith moon ne fait plus rire personne
Image extraite de la vidéo "Keith Moon's Craziest Antics" (Ultimate Classic Rock)

Désormais, Keith Moon ne fait plus rire personne.

En 1976-1977, l'entourage de Keith s'accorde à reconnaître qu'il n'est plus le même. Ses blagues et son langage se sont dégradés. Désormais, il ne fait plus rire personne. Il n'est plus invité nulle part ; au contraire, il est fréquemment jeté des lieux publics où il se conduit comme un lamentable vandale. N'ayant plus les moyens de dédommager les propriétaires des lieux qu'il dévaste, on se méfie de lui comme de la peste. À Los Angeles, Keith n'a pas pu, et on le conçoit, se faire accepter par la société ; il en est même véritablement exclu. Et sa carrière professionnelle en solo est un lamentable échec. Restent les Who. De temps à autre, Keith retourne en Angleterre, notamment pour le tournage ou le montage du documentaire TheKids Are Alright. Le 12 septembre 1977, après deux années plutôt pitoyables en Californie, Keith et Annette décident de quitter Malibu, tout en y conservant néanmoins leur propriété.

keith moon et ses voitures
Image extraite de la vidéo "Keith Moon's Craziest Antics" (Ultimate Classic Rock)

Devenu immensément riche, Keith dépensa en permanence des sommes monumentales. En Grande-Bretagne, il avait acheté plusieurs propriétés et, hobby coûteux, collectionnait les voitures. Pas n'importe lesquelles ; il affectionnait tout particulièrement les Rolls. Mais Keith est le genre de gars qui ne s'embarrasse pas de possessions. Il lui arrive fréquemment, en tournée, d'abandonner ses valises dans un hôtel... pour se racheter une garde-robe dans la ville suivante. Lorsqu'il quitte définitivement l'Angleterre, il fait à peu près pareil : il va brader son patrimoine, faire des cadeaux aux amis. Il est généreux... mais "panier percé", criblé de dettes. À tel point que Kim renoncera à demander, par voie de justice, une pension à laquelle elle aurait eu droit, sachant trop bien que Keith aurait été incapable de la payer intégralement et régulièrement ; elle se contenta d'un arrangement à l'amiable consistant en un seul et unique versement de 40 000 livres, une somme tout de même assez confortable au moment du divorce, en avril 1975. Un grave désaccord étant intervenu entre les Who et leur management, leurs avoirs (principalement les droits sur les ventes de disques publiés par le label Track) sont gelés tant que la situation n'est pas clarifiée. Cet état de fait, gênant pour Townshend, Daltrey et Entwistle qui, sur place en Angleterre parviennent quand même à gérer leur budget, s'avère dramatique pour Keith, furieusement dépensier et, de plus, exilé en Californie. Certaines semaines, il n'a plus le moindre dollar en poche... alors qu'il consomme quotidiennement pour 2 000 dollars de cocaïne.

De retour au pays, Keith a la volonté de se sevrer pour reprendre sa place de batteur des Who. Mais, comme on aurait pu le prédire, en manque d'alcool, il se trouve victime de crises d'épilepsie. Il est une nouvelle fois conduit à l'hôpital. Le médecin qui l'examine conclut qu'il est perdu. Ce n'est pas le cas, mais il est désormais dépendant du valium, qui calme ses crises.

1977 – 1978 : les derniers mois de Keith Moon

Le célèbre batteur n'était plus que l'ombre de lui-même. Il n'avait pas joué depuis des mois. Que ce soit sur scène ou en studio d'enregistrement, son état délabré (physique et moral) l'empêchait d'être à la hauteur. Lors des premières séances de l'album Who Are You, il est incapable de reprendre ses baguettes. Le seul moyen de retrouver son jeu inimitable consiste à replonger dans l'alcool. Après avoir passé des heures à minutieusement régler sa batterie, il s'y effondre, réduisant à néant les efforts passés. C'est ainsi que la première journée de travail fut ruinée, d'autant que, rendu furieux par la mésaventure, il mit le feu au studio.

Il n'avait plus l'énergie ou l'envie de travailler

Pire, il avait pris du poids, et cela l'empêchait de retrouver ses capacités de meilleur batteur de rock. Les autres Who craignaient d'ailleurs qu'il ne soit pas à la hauteur si, d'aventure, le groupe se produisait en concert (ce sera malheureusement le cas le 15 décembre 1977 ; Keith n'avait pas joué en public depuis quatorze mois). Ce soir-là, le teint cireux, les gestes lents, il a bien du mal à assurer, derrière sa batterie.

En lui-même, Keith se dégoûtait

Quelques jours plus tard, dans sa salle de bains, il se tailladait les poignets. Sa petite amie Annette survint à temps pour panser les plaies et lui éviter un "x" ième séjour à l'hôpital.

En septembre 1978, l'entourage de Keith reconnait qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même

Annette, elle, pense qu'il semble avoir changé dans le bon sens : il boit beaucoup moins, il est moins agressif; il envisage même le futur sans inquiétude, envisageant d'avoir un enfant et une vie rangée. Pourtant, le 6 septembre, il replonge dans la cocaïne avant de se rendre à une soirée huppée organisée par Paul McCartney, soirée durant laquelle on pouvait rencontrer Eric Clapton, des membres de Roxy Music etc.

Bien sûr, il but, ce soir-là

Rentré au 12 Curzon Place (appartement n° 9), son domicile du moment prêté par son ami Harry Nillsson, il ingurgita, avant de se coucher, une certaine dose d'hémineurine, son nouveau "péché mignon", un médicament qu'on lui avait prescrit récemment et dont on aurait malheureusement dû prévoir qu'il ne convenait pas à son état. L'hémineurine est un produit si puissant qu'il dispense le sujet de consommer toute drogue, un composé du chlométhiazole, utilisé pour le traitement de l'èpilepsie, de l'insomnie, de la psychose et du sevrage d'alcool. En théorie, ce traitement devait convenir parfaitement à Keith... s'il avait été sous observation, à l'occasion, par exemple, d'une cure de désintoxication. Mais toute autre forme d'utilisation pouvait se montrer dangereuse, notamment si le patient conjuguait son utilisation avec la consommation d'alcool. Dans ce cas précis, il risque, entre autres, une insuffisance respiratoire ; la circulation sanguine risque également d'être affectée.

Keith s'éveilla le 7 septembre à 7 h 30 du matin

D'après Annette, il consomma à nouveau de l'hémineurine en même temps que du brandy avant de se rendormir en visionnant depuis son lit la vidéo du film L'Abominable Docteur Phibes.
Il ne s'éveillera plus.
L'autopsie révéla que son estomac contenait 32 pastilles du produit, dont 26 n'étaient pas encore dissoutes par les sucs. Le taux d'alcool et de drogue contenus dans le sang correspondait à deux fois la dose mortelle. En revanche il fut établi que Keith n'avait pas consommé de cocaïne.

Annette découvrit son cadavre dans l'après-midi

Elle appela une ambulance, pratiqua le bouche-à-bouche en attendant l'arrivée du docteur. La défibrillation électrique fut pratiquée (chocs électriques au niveau du cœur) mais la vie avait indiscutablement quitté Keith. En apprenant la nouvelle par téléphone un peu plus tard dans l'après-midi, son ex-épouse Kim aurait, paraît-il, perdu ses cheveux.

Moon the Loon fut incinéré le 13 septembre 1978. Pratiquement personne ne remarqua que Keith était mort dans l'appartement même où sa camarade Cass Elliott (des Mamas and Papas) était décédée quatre ans plus tôt.

Keith n'avait pas laissé de dernières volontés

Il avait, certes, rédigé un testament quelques mois auparavant en faveur d'Annette, mais il l'avait déchiré la fois où celle-ci l'avait quitté durant quelques jours. Elle put néanmoins tirer une somme substantielle de sa longue relation avec Keith en vendant le récit de ses souvenirs début 1981 à l'hebdomadaire britannique Sunday Mirror... ce qui mit fin à ses relations jusqu'alors très amicales avec la mère de Keith.

Signalons que si Keith n'était pas mort, les Who seraient restés le groupe le plus soudé, sinon le seul, de toute l'histoire du rock : les Beatles s'étaient séparés en 1970 et les Rolling stones avaient changé de guitariste dès 1969. Les Who, eux, tinrent tels quels jusqu'à 1978….

Daniel Lesueur
Première partie de l'article consacré à Keith Moon à découvrir en cliquant ici.

À lire également, "Keith Moon La Bombre Humaine du Rock", un livre de Tony Fletcher aux éditions Camion Blanc, avec une traduction de Daniel Lesueur et disponible sur Amazon (cliquez sur l'image).


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