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Mes disques de A à Z : No Head du groupe anglais Battant

rédigé par le 4 septembre 2021

Battant avec l'album "No Head" sorti en 2009

On pouvait lire en 2011 le communiqué suivant émanant du label Kill The DJ:

"Nous avons appris avec une immense tristesse la disparition de Joel Dever à 25 ans. Joel était un artiste talentueux et la moitié emblématique du groupe Battant aux côtés de Chloé Raunet, dont l'album devait sortir le 3 octobre prochain. Il quitte le monde, et la famille Kill the DJ, bien trop prématurément. Il restera pour toujours dans nos cœurs battants."

Battant perdait alors l’une de ses têtes pour de bon après avoir, 2 ans plus tôt, joué sur les mots à travers le titre et la pochette de leur premier album « No Head » (2009). Tout le monde a oublié que cette année-là, Battant fut à la mode, propulsé sur le devant de la scène pour son électro rock minimal accompagné de riffs de guitares assez cradingues et son esthétique noir et blanc. La voix énervée et saccadée de la Franco-canadienne Chloé Raunet menait ce groupe Londonien composé par ailleurs de Tim Fairplay à la guitare et donc du regretté Joël Dever aux synthés qui allait deux ans plus tard se donner la mort.

Battant album No Head

C’est sans doute à cause de la hype du moment, du fait de quelques articles de la presse spécialisée, je ne me souviens plus, que je me retrouve à chroniquer cet album qui, il faut bien l’avouer, ne semble pas être passé à la postérité. Pourtant à l’époque j’ai dû craindre de manquer un groupe important, la curiosité ne se contrôle pas. Cependant, le principe de cette rubrique étant, outre l’ordre alphabétique, de me replonger dans ma discothèque sans rien trier, replongeons-nous donc dans ce « No Head » de Battant version 2009. Comme je le précise plus haut, la musique de Battant trouve ses influences dans le punk garage avec ses riffs de guitares souvent sales mais pas toujours tranchants, dans le post punk de la fin des 70’s quand des groupes tels que Siouxsie and The Banshees ou encore Wire faisait entrer le rock anglais dans une période de glaciation et que les synthés prenaient progressivement leur place aux côtés des guitares.

Il est cependant bien ancré dans le 21ème siècle par l’utilisation de boucles électro souvent simples voire minimales qui évoquent fréquemment le son des jeux vidéo. « No Head » peut faire penser à The Kills, parfois aux Yeah Yeah Yeah pour situer l’album dans un paysage plus actuel. Voilà pour les généralités, passons aux détails.

L’album s’ouvre sur « Mark Twain » qui donne la tonalité de ce que sera l’album à savoir une basse noueuse traversée de riffs de guitares sur lesquels Chloé Raunet balance ses lyrics d’une voix énervée et tendue. Cependant, la réussite n’est pas au rendez-vous sur ce titre peu original, pataud et heureusement court. Une boucle électro aux allures de beeep de jeux vidéos court tout au long de « Highway Hopeful » qui reproduit la formule du titre précédent et qu’on ne quittera plus. L’alternance couplets calmes et refrains qui envoient est assez prévisible. Le pénible « Rerinse » ne me convainc pas plus malgré la diction saccadée de Chloé Raunet. Enfin l’album devient plus intéressant avec « The Lurker » et sa boucle foldingue. Les claviers new wave semblent arriver directement des 80’s et la voix fait furieusement penser à Siouxsie Sioux. Pour l’originalité on repassera mais le titre, qui maintient la tension jusqu’au bout, a le mérite de ressortir un peu du lot.

Sans être exceptionnel « Yokohama Rc », reprenant toujours la même recette est un peu accrocheur. Il est suivi par « The Butcher » lézardé par de gros riffs de guitare et semblant accélérer en cours de route qui ouvre la voie à « Radio Rod » meilleur titre du disque pouvant faire office de single, sans être exceptionnel pour autant. Chloé mord dans son texte sans forcer le trait, la rythmique trouve enfin sa place de façon efficace et le refrain est très accrocheur.

L’efficace “Socket” fait taper du pied et confirme que nous sommes dans un bon passage du disque avant qu’avec “Human Rug” l’ambiance retombe lourdement comme si une sombre machine maléfique venait rythmer ce titre sombre, lacéré de bruits sur lequel Chloé chante de manière torturée et rageuse. L’album se termine sur « Bruise » où Chloé semble se prendre pour Patti Smith alors qu’une boucle court à perdre haleine. C’est finalement le rock adolescent du plus sautillant « Kevin » placé en titre bonus que l’on retient pour terminer même si on a l’impression d’avoir entendu ça déjà un million de fois.

En 2011, alors que Joël Dever mettait fin à ses jours, l’album « As I Ride With No Horse », deuxième réalisation de Battant était prêt à sortir. Je ne l’ai jamais écouté, je ne sais pas ce qu’est devenu le groupe. De la hype de 2009, que reste-t-il ? Pas grand-chose si ce n’est ce « No Head » perdu dans les limbes de l’histoire du rock.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


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