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Coldplay, le groupe s'est-il définitivement perdu ?

rédigé par le 1 décembre 2021

J’ai aimé Coldplay. Il y a longtemps.

Car elle est loin l’époque du délicat « Parachutes » (2000) où l’on découvrait ce groupe à la musique mélancolique, riche en émotions, loin cependant des hauteurs où Radiohead avait survolé la concurrence avec « OK Computer », mais aux compositions de qualité qui promettait un avenir intéressant. Promesses tenues avec « A Rush Of Blood To The Head » (2002) sur lequel indéniablement le groupe passait un cap, porté par « In My Place » le single pourtant loin d’être le titre le plus intéressant de l’album. Je lui préfère, et de loin, le fantastique « Daylight ».

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Le succès public fut confirmé en 2005 avec « X&Y » même si l’album commençait à souffrir d’une certaine emphase. Mais la qualité des compositions restait suffisamment bonne pour pardonner certains écarts dans la production et les arrangements.

C’est alors que Coldplay croise la route du grand Brian Eno (dont on ne dira jamais assez l’immense musicien et producteur qu’il est et combien Bowie, U2 pour ne citer qu’eux lui sont redevables) et sort son « Achtung Baby » à lui avec « Viva la Vida Or Death And All His Friends » (2008). La collaboration s’avère ultra fructueuse car Coldplay ose enfin sortir des sentiers battus, flirtant parfois avec l’expérimentation tout en atteignant un niveau de composition que jamais plus le groupe n’approchera, même de loin. Eno joue avec cette tendance emphatique pour la magnifier, en faire l’essence même du groupe.

Mais depuis, Coldplay s’est perdu, s’est transformé en méga groupe de stade, aux refrains beuglés en chœur, a perdu son âme qui éclairait le « Parachutes » des débuts. C’est donc avec beaucoup de craintes que j’aborde ce nouveau « Music Of The Spheres » dont le titre même ne semble pas annoncer un retour à la simplicité, à la finesse.

On ne va pas faire durer le suspense ni y aller par quatre chemins : l’album est une catastrophe boursouflée. Il est loin le temps de la collaboration avec Eno, aujourd’hui Coldplay travaille avec le producteur de Britney Spears ou Katy Perry.

Passé le court instrumental ambient de départ dont le titre est un symbole et durant lequel des nappes synthétiques enflent sur des pulsations basses il faut affronter « Higher Power », affreux single qui renvoie au pire des 80’s avec ses claviers tellement laids qu’ils font frémir, son refrain sans âme. Ceux qui pensaient que Coldplay ferait à nouveau dans la dentelle ou investirait dans la porcelaine peuvent se rhabiller. On ne peut contester le potentiel tubesque du titre mais pour l’émotion on repassera. Mais « Humankind », avec sa rythmique gonflée à l’EPO et des claviers à la bourrine qui font regretter le titre précédent, enfonce le clou. Et ça fait mal. On dirait parfois du Asia, pour ceux qui se souviennent de cet affreux super groupe FM du début des 80’s. Coldplay ne semble plus considérer ses chansons et ses arrangements pour autre chose que les méga concerts en stade. Que dire de plus de ce morceau sinon que l’écouter jusqu’au bout est une épreuve ?

Passés ces deux morceaux, les 53 secondes de l’interlude ambient qui suit font un bien fou. Arrive alors « Let Somebody Go » en duo avec Selena Gomez (!), énième balade fade bourrée de clichés et d’ennui. Pas l’ombre d’un frisson mais au moins Coldplay nous épargne les arrangements à la truelle… ah non en fait, la fin est affreuse, les deux rivalisant de vocalises qui auraient fait le bonheur de Star Academy. On enchaîne avec un titre à plusieurs voix appelé « Human Heart ». On a à faire ici à une espèce de gospel en apesanteur, pas complètement désagréable mais pas qui ne donne pas envie qu’on le repasse en boucle non plus. Mais au moins on aura été détendu avant « People Of The Pride » qui ressort les gros sabots et le lyrisme de bazar. Gros riff + grosse batterie + Chris Martin qui en fait des tonnes = je fuis. Encore une douceur version Coldplay 2021 avec « Biutyful », titre aussi anodin, aussi terne et plat qu’un plat de pâtes à l’eau.

Mais le pire est à venir avec « My Universe » en duo avec une star de la K-pop appelée BTS. On retrouve toujours la même recette difficilement supportable de claviers joués à la truelle et de refrains taillés pour être hurlés en stade. Coldplay aura son tube mondial.

Si l’instrumental qui suit n’a que peu d’intérêt, ma souffrance va enfin être récompensée sur le dernier et haut la main meilleur titre de l’album. Avec son intro apaisée au piano, son ruisseau de harpe, son couplet tout en retenue, « Colatura » est une vraie réussite, même si peut-être mon jugement est altéré par le reste de l’album. Ici, même le refrain un peu appuyé n’arrive pas à gâcher un morceau qui évoque parfois le Pink Floyd de la fin des 70’s. Les envolées de cordes, les arrangements au piano sont autant d’idées qui mettent en valeur le titre au lieu de lui servir de cache-misère, de le gonfler artificiellement. Ce n’est peut-être pas un chef d’œuvre mais il redonne un peu d’espoir dans un groupe qui n’a pas totalement oublié que la musique, avant d’être une démonstration de force stérile, doit être avant tout pourvoyeuse d’émotions.

Des émotions, « Music Of The Spheres » n’en inspire pas beaucoup sinon l’agacement voire l’irritation à l’écoute d’une musique qui se veut universelle mais n’est que le résultat d’un nivellement par le bas, d’un racolage éhonté visant à remplir des stades. Mais au final, ça marche, ce qui prouve indéniablement que j’ai tort.

Coldplay album parachutesÉcoutez les singles et les titres des différents albums de Coldplay dans la programmation de Poptastic Radio.

Retrouvez les chroniques de Christophe Billars également sur son blog Galettes Vinyles


Commentaires
  1. Fabre   Sur   13 décembre 2021 à 16 h 47 min

    Bonjour bonjour,

    Je partage votre sentiment global sur l'album... La collab avec BTS me rebute assez, même si je ne doute pas de son effet en concert.
    Concernant Higher Power, avoir écouté la version acoustique m'a fait pas mal de bien en faisant ressortir son côté sensible, pas si loin de Champions of the World que je trouve finalement de plus en plus excellent à chaque écoute !
    Mais selon moi le groupe a signé avec l'album précédent, Everyday Life, un album plus que réussi, et qui m'a offert des garanties rassurantes quant à l'évolution du groupe ! À voir si mon avis est partagé...

  2. Hardi   Sur   13 décembre 2021 à 16 h 48 min

    Bonjour bonjour,

    Je partage votre sentiment global sur l'album... La collab avec BTS me rebute assez, même si je ne doute pas de son effet en concert.
    Concernant Higher Power, avoir écouté la version acoustique m'a fait pas mal de bien en faisant ressortir son côté sensible, pas si loin de Champions of the World que je trouve finalement de plus en plus excellent à chaque écoute !
    Mais selon moi le groupe a signé avec l'album précédent, Everyday Life, un album plus que réussi, et qui m'a offert des garanties rassurantes quant à l'évolution du groupe ! À voir si mon avis est partagé...

  3. Laurent   Sur   25 janvier 2022 à 17 h 17 min

    Rien à redire, c'est (malheureusement) écrit de main (d'oreilles, plutôt) de maître... Il me font vieillir ces cons là. Il font de la musique pour les jeunes maintenant. Il est où le temps où je n'arrivais pas à retenir mes larmes, en immersion, casque vissé sur les oreilles. Quel gâchis... Et à mon avis, aucun retour à la normale possible, c'est trop tard. La nouvelle génération n'y comprendrait rien. Feu, Coldplay. Ne restent plus que les précieuses traces numériques et vinyliques du passé pour nous consoler, comme la triste mélancolie d'un couple séparé qui regarde ses anciens albums photos... Snif.

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